LeGroupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM) affilié à Al-Qaïda a conduit une attaque coordonnée importante de sept emplacements militaires dans l’Ouest du Mali, y compris près des frontières avec le Sénégal et la Mauritanie, vers la mi-2025.
Ce groupe terroriste était à l’époque responsable d’une hausse du nombre d’attaques dans plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest, en particulier au Burkina Faso, au Mali et au Niger. Le groupe est devenu un agent principal de l’instabilité régionale et a été utilisé comme justification des coups d’État militaires dans ces trois pays sahéliens au cours des cinq dernières années.
Le GSIM est simplement l’une des franchises terroristes africaines de l’organisation Al-Qaïda basée au Moyen-Orient. Son rival est l’État islamique ou Daech, aussi basé au Moyen-Orient et similairement doté de franchises.
Le GSIM a été fondé en mars 2017 lorsque quatre groupes terroristes du Mali ont fusionné et se sont rangés aux côtés d’Al-Qaïda. Les autorités hésitent de spéculer sur le nombre de combattants dans les rangs du GSIM, mais elles déclarent qu’il pourrait s’élever à plusieurs milliers, selon la BBC.
Bien que de telles franchises proviennent du Moyen-Orient, cette région n’est plus le refuge terroriste qu’elle était auparavant. À un certain moment, Al-Qaïda et Daech dominaient la région ; en son point culminant, Daech avait environ 80.000 terroristes, y compris plus de 42.000 combattants étrangers provenant de 120 pays, selon le consultant du terrorisme Adrian Shtuni. Les chercheurs estiment que seulement 1.500 à 3.000 combattants de Daech restent présents au Moyen-Orient, notamment dans des îlots de combattants en Syrie et en Irak.

mer Rouge pour détecter les terroristes de l’État islamique. REUTERS
Depuis qu’ils ont perdu du terrain au Moyen-Orient, les deux réseaux terroristes ont tourné leur attention vers l’Afrique. Le terrorisme est considéré aujourd’hui comme la menace la plus importante pesant sut la paix, la sécurité et le développement durable sur le continent, et l’Afrique subsaharienne est aujourd’hui responsable pour près de 60 % de tous les décès dus au terrorisme dans le monde. Le Sahel est le « point zéro » de la violence terroriste, avec plus de 6.000 morts sur trois années consécutives.
Le fanatisme religieux, l’instabilité politique chronique, les doléances locales, la pauvreté et la gouvernance inefficace ont poussé la création des franchises africaines, selon les experts.
Le terrain difficile et l’éloignement des centres de population permettent aux opérations terroristes de prospérer. Le Nigeria est tourmenté par des groupes qui attaquent les villes et les villages, puis battent en retraite vers la forêt de Sambisa. Les zones reculées du Sahara et du Sahel, du lac Tchad, de la République démocratique du Congo et de la province mozambicaine du Cabo Delgado offrent des cachettes aux terroristes, selon les Nations unies. Certaines régions africaines sont pratiquement inaccessibles pendant la saison des pluies.
Certaines franchises émergent lorsque des groupes d’insurgés locaux attirent l’attention de Daech ou d’Al-Qaïda. Les groupes les rejoignent pour le prestige apparent, la formation et les ressources que les deux organisations peuvent offrir. La fidélité des groupes extrémistes fluctue ; certains groupes changent de camp à cause de l’excès de violence ou du manque de soutien et d’argent.
Al-Qaïda et Daech utilisent un « modèle de franchise décentralisé » pour gagner des sympathisants et transformer les doléances locales « en projets djihadistes régionaux, en misant plus ou moins sur la légitimité de la marque », déclare à ADF le Dr Sergio Altuna, associé de recherche principal pour le programme sur l’extrémisme à l’université George Washington. « Les chefs locaux disent qu’ils reçoivent ce capital symbolique, un nom mondial, une marque mondiale. »

Dans les deux organisations, les franchises ont une latitude considérable dans la façon dont elles agissent. Bien qu’ils emploient le nom de l’organisation-mère pour se donner une certaine légitimité, les affiliés s’adaptent aux conditions locales, notamment la politique ethnique et les doléances. Sans structure centrale, ils sont moins vulnérables aux attaques par les forces anti-insurrectionnelles.
Les groupes de recherche tels que la Hoover Institution déclarent que les marques Al-Qaïda et Daech ont une valeur pratique et symbolique pour leurs affiliés. Mais les groupes individuels ont des objectifs et des stratégies différents.
Un examen des conflits armés de 2023 conduit par l’International Institute for Strategic Studies conclut : « Les revendications de fidélité à Al-Qaïda ou Daech cachent le fait que les groupes d’insurgés en Afrique sub-saharienne sont essentiellement des insurrections locales, qui reçoivent peu de soutien externe, ou pas du tout. Il existe peu d’indications qu’Al-Qaïda ou Daech ait une capacité quelconque de fournir un soutien important à ces franchises auto-proclamées. Au contraire, ces groupes djihadistes sont en grande mesure auto-financés. »
Bien que les deux groupes utilisent la violence pour renverser les gouvernements et contrôler la société en utilisant une interprétation stricte de la charia, leurs méthodes et leurs tactiques peuvent diverger. Contrairement à Daech, Al-Qaïda met l’accent sur une insurrection à long terme avec des alliances locales et des lieux de refuge, selon la Brookings Institution.
DES GROUPES FRAGMENTÉS
À mesure que les franchises des groupes terroristes évoluent, leur programme peut changer, selon l’examen des conflits armés de 2023.
L’éditrice Irene Mia a écrit sur le site web de l’institut à l’occasion de la publication de la revue : « Les groupes djihadistes de la région ont évolué, ils sont devenus beaucoup plus localisés et imbriqués dans les conflits communautaires et ethniques. Leurs liens internationaux à l’État islamique et Al-Qaïda se sont affaiblis et les contacts entre les groupes d’insurgés semblent aujourd’hui être limités à des collaborations intrarégionales. »

Malgré les différences et les rivalités entre Daech et Al-Qaïda, les deux organisations veulent établir des gouvernements avec « un régime religieux inébranlable et [où] tout ce qui est moderne et libéral est interdit », déclare le Dr David Doukhan dans un rapport de 2025 intitulé « La naissance d’un État djihadiste est plus proche que jamais en Afrique de l’Ouest ».
Il dit qu’en Afrique de l’Ouest, les organisations ne sont pas satisfaites par les zones qu’elles contrôlent déjà, et qu’elles « s’orientent vers les pays du golfe de Guinée ».
La Coalition mondiale contre Daesh a été créée en 2014 pour combattre Daech et ses affiliés. Cette coalition de 85 pays a affaibli considérablement Daech en Irak et en Syrie, déclare le Centre international de lutte contre le terrorisme (ICCT), et elle tourne aujourd’hui son attention vers les groupes terroristes d’Afrique. Elle qualifie ces groupes de « menace en évolution ».
La coalition dit qu’il existe cinq approches bien établies pour prendre des mesures anti-terroristes :
- Vaincre et détruire Daech par l’action militaire.
- Confronter les infrastructures financières et économiques du groupe.
- Empêcher les combattants terroristes étrangers de franchir les frontières.
- Soutenir la stabilisation et la restauration des services publics essentiels.
- Contrecarrer la propagande des groupes.
L’ICCT a signalé en 2022 : « Avec la propagation sans précédent du djihadisme violent sur le continent africain, la coalition est justifiée pour faire de l’Afrique sa nouvelle priorité. Mais, d’une façon importante, les efforts de la coalition visant à dégrader l’État islamique en Afrique ne peuvent pas être une simple répétition de ses activités précédentes dans d’autres régions du monde. Les objectifs, les capacités et les modes de violence des affiliés de l’État islamique en Afrique présentent de nouveaux défis qui doivent faire l’objet de nouvelles perspectives stratégiques. »
GROUPES ACTUELS
Le suivi des groupes terroristes est difficile. Les loyautés changent constamment et les groupes changent régulièrement de nom et de tactiques. L’ONU, les groupes de recherche sur le terrorisme et des organisations telles que le Centre national de lutte contre le terrorisme des États-Unis pensent que les groupes suivants restent actifs sur le continent :
- Le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM) est basé au Mali et actif dans une grande partie de l’Afrique de l’Ouest, notamment certaines régions du Burkina Faso et du Niger.
Il exploite les doléances et les différences locales pour accroître son soutien dans la région. Il finance ses opérations en exigeant des rançons d’otage, en taxant les habitants, en pratiquant la contrebande des armes et en extorquant les trafiquants de personnes et de drogues.
À la fin 2025, il a lancé ses premières attaques au Nigeria.
- Les Chebabs ont affirmé leur loyauté à Al-Qaïda en 2012, Le groupe veut renverser le gouvernement somalien et expulser les forces étrangères. En date de 2025, le groupe est la composante la plus riche d’Al-Qaïda.
On estime qu’il a entre 7.000 et 12.000 membres. Il est devenu particulièrement habile à utiliser les émissions de radio, les sites web et les réseaux sociaux pour diffuser sa propagande aux auditoires locaux et mondiaux. Les Chebabs maintiennent un bastion au Sud de la Somalie et y conduisent principalement leurs opérations, mais parfois ils attaquent aussi le Kenya et l’Éthiopie.
- Ansaru, appelé aussi Al-Qaïda dans les terres au-delà du Sahel, était initialement conçu pour jouer le rôle de branche spéciale de Boko Haram engagée dans les enlèvements contre rançon. Il s’en est séparé en janvier 2012 pour s’aligner sur Al-Qaïda, en protestant contre les attaques sans distinction de Boko Haram. Le nombre de ses membres est inconnu.
Il est actif dans le Nord-Ouest du Nigeria et la région des trois frontières entre le Bénin, le Niger et le Nigeria. Il recrute auprès des populations locales en fournissant des services et une protection dans les zones mal servies par les gouvernements nationaux.
- Boko Haram veut établir un État islamiste au Nigeria, dépourvu d’éducation et d’influence occidentale. Depuis sa fondation en 2002, il a été associé parfois à Al-Qaïda et parfois à Daech, mais il n’est pas affilié à ces groupes, selon les chercheurs.
Il est principalement actif au Nord-Est du Nigeria mais conduit aussi des attaques au Cameroun, au Niger et au Tchad. Depuis 2021, Boko Haram a perdu un grand nombre de ses combattants et une partie de son territoire au profit d’un groupe rival de Daech, mais il continue à conduire des assauts dans la région du lac Tchad. Il a environ 1.500 membres.
- L’État islamique en Afrique centrale (IS-CA) était initialement un groupe insurrectionnel anti-gouvernemental en Ouganda. Il est devenu une branche de Daech en 2019. C’est l’un des groupes terroristes les plus meurtriers en Afrique, avec des milliers de civils assassinés. Daech vante les attaques de la branche dans sa propagande.
Il est actif principalement dans les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri de la République démocratique du Congo et il conduit aussi des attaques dans l’Ouganda. On pense qu’il a entre 1.000 et 1.500 membres.
- L’EI en Libye est l’un de plusieurs groupes terroristes qui se sont manifestés dans le sillage des deux guerres civiles libyennes, pour essayer d’établir un califat anti-occidental. Le groupe a conduit des attaques, des enlèvements et des exécutions contre une grande variété de cibles en Afrique du Nord. Il a aussi essayé de propager Daech vers d’autres pays africains.
Il avait jadis jusqu’à 6.000 membres, dont la plupart avaient été des combattants étrangers en Syrie. On signale qu’il a aujourd’hui entre 100 et 500 combattants, actifs dans des brigades de désert décentralisées de type guérilla et des cellules réseautées. Certains chercheurs disent que l’organisation est inactive depuis un certain temps.
- Ansar al-Sunna (Daech au Mozambique) veut renverser le gouvernement mozambicain et expulser les influences étrangères. Le Dr Altuna déclare que le groupe avait commencé « simplement comme une insurrection islamiste non liée à une organisation djihadiste mondiale quelconque », mais qu’il est devenu suffisamment important pour être « plus ou moins accepté sous l’égide du califat ». Daech a reconnu officiellement la branche en 2019 et lui fournit une assistance technique et un soutien financier, et met en avant ses attaques dans sa propagande.
Il a environ 300 combattants et il est principalement actif dans la province du Cabo Delgado au Nord du pays. Depuis 2021, il menace les projets de gaz naturel liquéfié dans la région, ce qui a forcé certaines sociétés à cesser leurs opérations.
- L’État islamique dans le Grand Sahara est principalement actif au Burkina Faso, au Mali et au Niger. Il était initialement associé à un groupe lié à Al-Qaïda et s’en est séparé en 2015 pour se ranger aux côtés de Daech, lequel l’a reconnu comme branche en 2022. Il a considérablement élargi son domaine territorial dans certaines zones rurales, notamment la région du Liptako-Gourma aux frontières du Burkina Faso, du Mali et du Niger.
M. Shtuni déclare qu’il possède 2.000 à 3.000 combattants. « À titre de comparaison, les effectifs de cet affilié étaient estimés à 425 combattants à la fin 2018 », déclare-t-il.
- L’État islamique en Somalie soutient les opérations mondiales de Daech en collectant des fonds, en recrutant des combattants internationalement et en planifiant des attaques hors de l’Afrique. Il a été fondé par des transfuges des Chebabs, s’est rangé au côté de Daech en 2015 et a gagné sa reconnaissance en tant que branche en 2018.
C’est l’une des branches de Daech les plus rentables, qui gagne des millions de dollars chaque année grâce aux extorsions. Il possède entre 700 et 1.500 combattants et il est principalement actif dans les monts Golis de la région de Bari, dans l’État somalien semi-autonome du Pount.
- La Province d’Afrique de l’Ouest de l’État islamique (PAOEI) est l’une des branches les plus grandes et les plus meurtrières de Daech. Elle contrôle de vastes territoires et a tué ou déplacé des milliers de personnes au Nigeria et dans les pays voisins. La branche a été créée en 2015 après s’être séparée de Boko Haram. Elle collabore avec l’État islamique dans le Grand Sahara.
On estime qu’elle a entre 4.000 et 7.000 combattants. Elle est principalement active au Nord-Est du Nigeria, avec des îlots dans la région du lac Tchad à la frontière du Cameroun, du Niger, du Nigeria et du Tchad.
Données cartographiques du Centre d’études stratégiques de l’Afrique montrant les événements violents impliquant les groupes énumérés, du 1er juillet 2024 au 30 juin 2025, et de l’ACLED montrant d’autres attaques. Les attaques du GSIM incluent aussi des assauts attribués à des groupes terroristes liés.

