L’avenir du déploiement militaire rwandais dans le Nord du Mozambique est mis en doute car Kigali a lié la continuation de sa mission dans la province du Cabo Delgado, tourmentée par une insurrection, à l’obtention d’un financement durable.
Le président Paul Kagame a récemment averti que les forces rwandaises pourraient se retirer dès le mois de mai, lorsqu’il est prévu que le soutien financier de l’Union européenne prendra fin. Le Rwanda cherche un soutien financier à long terme pour poursuivre ses opérations de contre-insurrection au Mozambique.
Le ministre des affaires étrangères Olivier Nduhungirehe a déclaré dans un article du 14 mars affiché sur les réseaux sociaux : « Ce n’est pas que le Rwanda pourrait se retirer, c’est que le Rwanda retirera ses troupes du Mozambique si un financement durable n’est pas assuré pour ses opérations de contre-terrorisme à Cabo Delgado. »
En 2024, l’UE a approuvé une assistance de 23 millions de dollars pour les Forces rwandaises de défense (FRD) au Mozambique, somme égale à ce qu’elle avait fournie près de deux ans auparavant. Ce financement, sous les auspices de la Facilité européenne pour la paix, a été attribué pour rembourser les frais d’équipement du personnel et de logistique, selon le Conseil européen. Mais les officiels ont déclaré à plusieurs chaînes médiatiques en mars que l’UE ne fournirait pas d’autre financement pour la mission du Rwanda lorsque le financement actuel expirerait en mai.
Dans un article séparé sur les réseaux sociaux, la porte-parole du gouvernement rwandais Yolande Makolo a déclaré que le coût de déploiement des soldats et des policiers au Mozambique était au moins dix fois plus que les quelque 23 millions de dollars versés par l’UE.
Borges Nhamirre, chercheur à l’Institut pour les études de sécurité d’Afrique du Sud et expert en matière de sécurité mozambicaine, déclare que les chiffres avancés par le Rwanda sont difficiles à vérifier et incluent des frais nébuleux tels que l’utilisation de la compagnie aérienne d’état RwandAir. Mais Mme Makolo dit que la continuation du déploiement dépend d’un « financement suffisant et prévisible ».
« Si le Commandement des FRD déterminait que les efforts effectués par les Forces de sécurité rwandaises au Cabo Delgado n’étaient pas appréciés, elles auraient raison de recommander vivement au gouvernement de mettre fin à cet accord de contre-terrorisme bilatéral et de se retirer », a-t-elle écrit.
Le groupe d’insurgés appelé État islamique au Mozambique a terrorisé les résidents de la province septentrionale du pays. Les insurgés ont paralysé les troupes mozambicaines, saisi d’importantes zones telles que Mocímboa da Praia et attaqué la ville de Palma sur la côte.
Depuis le début de l’insurrection en 2017, approximativement 6.500 personnes ont trouvé la mort et 1,3 million ont été déplacées, selon les statistiques d’ACLED (Armed Conflict Location and Event Data) et des Nations unies.
Lorsque le gouvernement mozambicain a demandé une assistance étrangère, le Rwanda a déployé en 2021 environ 1.000 soldats et policiers, qui ont reconquis rapidement Mocímboa da Praia et sécurisé d’autres régions. Près de cinq ans plus tard, le groupe terroriste continue son insurrection sanglante et le déploiement rwandais a atteint plus de 4.000 soldats.
Nhamirre a déclaré à Deutsche Welle pour un article du 16 avril : « Le conflit met en lumière les limites d’une approche concentrée principalement sur la protection militaire de l’infrastructure. Les causes fondamentales de la violence, c’est-à-dire la pauvreté, l’exclusion et le manque d’opportunités, restent non résolues. »
Les forces rwandaises sont bien entraînées et efficaces ; essentiellement, elles donnent le temps aux forces armées mozambicaines de développer une capacité interne. Un accord signé en 2025 sur l’état des forces entre le Rwanda et le Mozambique note le transfert graduel des responsabilités de sécurité au Mozambique.
En 2024, le Rwanda a intensifié sa présence pour aider à combler le vide laissé par le retrait de la mission de la Communauté de développement d’Afrique australe (CDAA), qui avait été déployée en juillet 2021 et faisait face à des problèmes de financement, entre autres.
La chercheuse géopolitique Kaitlyn Rabe écrit dans une analyse du 14 avril pour le site web The Conversation : « Le Mozambique pourrait inviter la CDAA à revenir dans le cadre d’une mission multilatérale. Toutefois, elle serait affectée par les mêmes obstacles logistiques et politiques qui avaient tourmenté la première mission. »
Le Shaf Center, organisation de recherche indépendante basée en Égypte, déclare que la décision de l’UE concernant la suspension du financement soulève d’importantes questions sur l’avenir de la sécurité au Cabo Delgado.
L’organisation écrit dans un rapport du 27 avril : « Bien que la présence militaire soutenue par l’UE ait contribué à contenir relativement l’expansion des groupes armées, la réduction de ce soutien provoque des inquiétudes réelles sur l’émergence d’un vide sécuritaire qui pourrait être exploité par les organisations affiliées à Daech afin de se regrouper et d’intensifier leurs activités. La question se pose toujours : la suspension du financement européen indiquera-t-elle un tournant pour retracer la carte des menaces, ou le commencement d’une phase plus complexe d’instabilité régionale prolongée ? »
Bien que le Nord du Mozambique et la régions environnante restent instables, M. Nhamirre et d’autres analystes caractérisent le retrait possible du Rwanda comme un outil de négociation plutôt qu’une menace.
« Le scénario le plus probable est que les troupes rwandaises y resteront, d’une façon ou d’une autre. »
