PERSONNEL D’ADF
La forêt de Sambisa s’étend sur 60.000 km carrés au Nord-Est du Nigeria. C’était jadis une réserve naturelle florissante, populaire auprès des touristes, mais aujourd’hui la plupart des animaux ont disparu ; ils ont été remplacés par deux groupes militants qui se battent, et par les soldats qui les poursuivent.
Le Groupe sunnite pour la prédication et le djihad (JAS) et la Province d’Afrique de l’Ouest de l’État islamique (PAOEI) se battent pour le contrôle de la forêt depuis 2016, lorsque Boko Haram s’est scindé en ces deux factions. Des rapports récents indiquent que les combats s’intensifient.
Du fait de sa vaste étendue et sa végétation dense qui offre une canopée pour les repaires, Sambisa est un lieu stratégique désirable pour lancer les attaques et contrôler les routes de trafic.
Malik Samuel, chercheur senior pour Good Governance Africa, déclare à ADF : « Pour le JAS, le conflit a commencé en tant que lutte pour survivre. Malgré leur rivalité, les deux factions ont récupéré remarquablement bien et conservent leur capacité de lutte contre les forces d’état, notamment l’armée nigériane et la Force multinationale mixte. »
L’analyste de la sécurité Zagazola Makama basé à Borno, en citant des sources locales, a signalé de multiples batailles dans et autour de la forêt de Sambisa. Les deux belligérants affirment avoir infligé des pertes lourdes.
« Bien que ces affirmations ne soient pas vérifiées, elles indiquent l’intensité de la rivalité entre les deux groupes, qui a évolué en conflit parallèle à leur insurrection au sens large contre les forces d’état », écrit-il dans un rapport du 2 mai sur son site web.
Depuis que Boko Haram a lancé son insurrection en 2009, le conflit s’est propagé dans les pays voisins du Cameroun, du Niger et du Tchad, ce qui a conduit à la mort de plus de 40.000 civils et au déplacement de plus de 2 millions, selon les Nations unies.
Alors que le JAS est connu pour les enlèvements, le pillage et les attaques meurtrières, la PAOEI se concentre sur le contrôle du territoire, la perception des impôts et l’établissement d’une alternative de gouvernement locale, bien qu’elle démontre un mépris vicieux pour la vie humaine. La forêt de Sambisa et les îles du lac Tchad sont depuis longtemps des bastions stratégiques pour les deux factions.
- Makama écrit : « Les derniers reportages suggèrent que les insurgés, malgré la pression de contre-terrorisme exercée, continuent à maintenir des réseaux de communication actifs et des capacités opérationnelles au sein de ces enclaves. Les combats entre Boko Haram et la PAOEI sont de plus en plus considérés à la fois comme un défi et une opportunité : un défi à cause de l’imprévisibilité qu’ils introduisent et une opportunité car ils pourraient affaiblir la cohésion d’ensemble des forces d’insurgés dans la région. »
Les forces nigérianes et multinationales étant focalisées sur la riposte à la campagne de la PAOEI contre les installations militaires, le JAS a eu le temps et la place nécessaires pour se regrouper, selon le chercheur Taiwo Adebayo, spécialiste de Boko Haram à l’Institut pour les études de sécurité d’Afrique du Sud.
« Les stratégies de sécurité doivent être rééquilibrées pour traiter le JAS comme une menace indépendante et adaptative, plutôt qu’un simple rival de la PAOEI qui a été affaibli », a-t-il écrit dans une analyse de 2025.
Malik Samuel prédit une impasse à long terme entre les deux groupes militants rivaux.
« Il est difficile pour la PAOEI d’accéder au bastion du JAS à Barwa, où [son chef] est basé. Cela complique le lancement d’une opération du type Sambisa pour éliminer le leadership du JAS. En second lieu, la proximité des deux groupes dans les îles rend la confrontation inévitable, puisqu’ils se font concurrence pour le territoire et les ressources. ».
« Toutefois, hors des îles, le JAS n’est pas à la hauteur de la PAOEI à cause du plus grand nombre d’effectifs, de la portée territoriale, de la couverture et de l’expérience de cette dernière, en plus de la présence des combattants terroristes étrangers. »
