Lorsque les terroristes ont attaqué des camions citernes dans la localité de Diboli en 2025, à quelques mètres de la frontière Ouest du Mali, la violence sahélienne redoutée depuis longtemps a semblé s’être propagée à la porte du Sénégal.
La gendarmerie nationale a répondu en avril 2026 en envoyant des unités de surveillance et d’intervention rapide dans les régions de Kédougou et Tambacounda en bordure du Mali. Mais les experts conviennent que des approches non militaires sont aussi nécessaires pour renforcer la résilience des communes frontalières.
Boucar Baba Ndiaye a passé plus de dix ans à participer à des initiatives de pacification communautaires dans la région indocile de Casamance au Sud du Sénégal. Cet ancien coordinateur national du Dialogue sur la justice et la sécurité au Sénégal pense que son pays peut profiter de ces succès en Casamance, pour qu’ils servent de plan directeur afin de développer la confiance dans les terres frontalières orientales.
Il a écrit dans une analyse du 21 avril pour le Centre d’études stratégiques de l’Afrique : « La question n’est pas de réagir à une insurrection qui a déjà pris racine, mais d’empêcher qu’une se produise en premier lieu. L’expérience du Sénégal en Casamance offre des leçons instructives sur la façon dont l’engagement axé sur la confiance entre les communautés et les forces de sécurité peut aider à contenir les risques émergents. »
L’insurrection en Casamance, qui remonte à 1982, est l’un des conflits armés d’Afrique qui ont duré le plus longtemps. Les résidents de cette région culturellement distincte, séparée du reste du Sénégal par la Gambie, se plaignent depuis longtemps d’être négligés par les services de l’État et de perdre des opportunités de croissance économique, ce qui a conduit certains à soutenir une insurrection séparatiste armée conduite par le Mouvement des forces démocratiques de Casamance (MFDC).
Dans le cadre des efforts de réforme politique et sécuritaire du Sénégal dans cette région, M. Ndiaye a aidé à lancer en 2019 des forums pour le Dialogue sur la justice et la sécurité, initiative de résolution de conflit conçue pour renforcer la cohésion entre les communautés locales et les forces de sécurité de l’État.
« [Un] changement est devenu évident en quelques mois après les sessions de dialogue initiales, reflétant un sentiment croissant de responsabilité partagée pour la sécurité locale, écrit-il. À mesure que la confiance s’est améliorée, les communautés sont devenues plus désireuses de s’engager proactivement avec les forces de sécurité, en fournissant des informations qui ont aidé à empêcher les incidents, plutôt que de simplement y répondre. »
Un pacte de 2022 et un accord de paix entre le gouvernement et la faction MFDC principale en février 2025 ont introduit des mesures d’amnistie et de réintégration et ont provoqué un sentiment tangible de désescalade.
« Bien que les factions n’aient pas toutes signé, ces développements, conjointement aux efforts de stabilisation soutenus, ont réduit considérablement l’insécurité dans de nombreux secteurs de la région. »
Susanna Eusebi, analyste associée de Control Risks (cabinet de conseil spécialisé dans le renseignement sécuritaire et stratégique) et basée à Dakar, déclare que les groupes militants continuent à présenter une menace grave pour radicaliser et recruter les Sénégalais dans les communautés près de la frontière avec le Mali.
« Il est probable que les groupes islamistes militants soient motivés pour renforcer leur présence au Sénégal dans le cadre d’une stratégie plus vaste visant à sécuriser un accès logistique au littoral Atlantique », écrit-elle dans un briefing de septembre 2025, en ajoutant que les groupes terroristes cherchent à exploiter les doléances socio-économiques persistantes dans ces régions frontalières.
« Si au cours des prochains mois les autorités résolvaient les différends d’une façon qui soit perçue comme favorisant un groupe plutôt qu’un autre, les groupes islamistes militants pourraient exploiter les sentiments d’injustice et d’abandon pour accroître le recrutement, propager leur idéologie et créer un élan dans ces zones vulnérables. »
Le Dr Bakary Sambe, directeur régional du Timbuktu Institute à Dakar, déclare qu’il est crucial d’engager le dialogue et de renforcer la sensibilisation sur la menace du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM) dans les terres frontalières sénégalaises.
Il a écrit dans un article de 2025 : « Le gouvernement devrait former un partenariat avec les chefs religieux, les chefs traditionnels et les autorités locales pour conduire des campagnes qui mettent en lumière les tactiques violentes et l’intolérance du GSIM, en notant la différence avec les valeurs sénégalaises de tolérance et de cohésion. Les chefs traditionnels et les réformateurs peuvent jouer un rôle central. Former ces chefs dans les stratégies de communication amplifiera la légitimité et la portée du gouvernement, en encourageant une réponse communautaire collective aux tentatives d’infiltration du GSIM. »
