Alors que la piraterie est en baisse dans le golfe de Guinée, la région reste le point sensible mondial de la pêche illégale, non déclarée et non réglementée (INN), et elle est fréquemment prise pour cible par les contrebandiers, les trafiquants, les voleurs de pétrole et d’autres groupes criminels organisés. La nouvelle Force maritime combinée (CMTF) vise à confronter ces menaces.
La CMTF créée le 1er juin par la Côte d’Ivoire, la Gambie, le Ghana, le Liberia, le Nigeria et la Sierra Leone est le premier effort de sécurité maritime combiné, conduit par l’Afrique, qui inclut une force de réponse rapide. On anticipe que d’autres pays se joindront à cette force opérationnelle qui patrouillera un littoral de 6.000 km, de l’Angola au Sénégal. Le quartier général de la force sera établi à Lagos et on s’attend à ce qu’il conduira des opérations de renseignement, des interdictions, des patrouilles maritimes et des missions de surveillance, de recherche et sauvetage, et autres opérations de sécurité maritime.
« L’objet de la force opérationnelle est de s’ajouter à, et de combler une lacune importante dans, l’architecture [de Yaoundé] en fournissant des capacités rapides, cinétiques et de surveillance 24/7 », déclare le commodore Mohammad Shettima, commandant de la CMTF, à ISS Today, publication de l’Institut d’études de sécurité. Le Code de conduite de Yaoundé adopté en 2013 est une structure qui aide les marines ouest-africaines à préserver leur sensibilisation situationnelle et combattre la criminalité maritime dans le golfe de Guinée.
On anticipe que la force opérationnelle atteindra finalement des effectifs de 1.500. Sa flotte possédera des ressources aériennes et maritimes de surface, ainsi que des capacités de surveillance maritime. Selon l’ISS, le Nigeria est jusqu’à présent le seul pays qui ait contribué à la flotte avec un hélicoptère, deux fourgonnettes, deux pick-ups, trois navires et trois camions militaires. La force travaillera étroitement avec le Centre régional de sécurité maritime de l’Afrique de l’Ouest et son homologue de l’Afrique centrale.
Les chercheurs Martin Ewi et Timothy Walker écrivent sur le site web de l’ISS : « Le fait que le Nigeria ait fourni des ressources pour le lancement des opérations de la CMTF est un signe encourageant. Toutefois, il faudra faire beaucoup plus et la force opérationnelle devra démontrer sa valeur dès que possible pour maintenir son élan et intensifier la participation régionale. »
La force opérationnelle est le fruit de cinq années de discussions au sein de l’Union africaine, la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest, la Communauté économique des États d’Afrique centrale et la Commission du golfe de Guinée. En tant que partenaire neutre, l’ISS a facilité ces discussions en engageant toutes les parties pendant cinq ans.
M. Ewi déclare sur le site web de l’ISS : « Malgré de multiples initiatives régionales, il existe jusqu’à présent des lacunes concernant la mise en application et la capacité de coordination des ripostes physiques aux menaces maritimes complexes du golfe de Guinée. La CMTF représente l’engagement des états régionaux pour assumer la titularité, la responsabilité et la sécurité de leur environnement maritime. »
Selon les deux chercheurs, la mise en œuvre du Code de Yaoundé a aussi été paralysée par l’insuffisance de volonté politique et l’échec des pays membres pour assumer leurs responsabilités. Ces facteurs pourraient saper la force opérationnelle s’ils ne sont pas confrontés. Les chercheurs suggèrent que la force pourrait solliciter le soutien de l’UA et de l’ONU.
Ils écrivent sur le site web de l’ISS : « À mesure que la CMTF établit les fondations politiques, juridiques et opérationnelles nécessaires, les partenaires externes peuvent continuer à soutenir la formation, le financement et l’assistance technique. Mais le but à long terme est que les états régionaux fournissent les capacités requises. Cela renforcera la titularité et le leadership africains de l’initiative. »
Les deux chercheurs ont mis en lumière les efforts dans l’océan Indien, par exemple la Force opérationnelle combinée 151 sous l’égide des Forces navales combinées, et l’opération Atalanta de la Force navale de l’Union européenne, comme modèles de plateforme de sécurité maritime collaborative qui bâtit la confiance tout en partageant les informations et les pratiques opérationnelles.
Une coalition de pays a créé la Force opérationnelle combinée 151 en janvier 2009 pour conduire des opérations anti-piraterie dans le golfe d’Aden et au large des côte de Somalie. Elle comprend des navires de guerre et des ressources de 30 pays, et elle couvre 2,85 millions de km carrés. L’opération Atalanta est une opération anti-piraterie dans la Corne de l’Afrique et l’océan Indien occidental, notamment dans les Seychelles, la République de Maurice et les Comores. Elle a été lancée en décembre 2008 et couvre 8,7 millions de km carrés. Les deux forces ont aidé à réprimer la piraterie en Somalie.
Les chercheurs écrivent : « La CMTF montre que les états du golfe de Guinée sont prêts à adapter » les principes utilisés dans les opérations « à une initiative conduite par l’Afrique. Les partenaires externes peuvent toujours jouer un rôle de soutien important par le biais de la formation, du transfert de technologie, des réformes juridiques et de la fourniture de capacités spécialisées telles que la surveillance par satellite. Mais ce soutien devrait compléter la responsabilité régionale plutôt que de se substituer à elle. »
Ils écrivent que l’obtention d’un « aval politique continu de la part de l’ONU, l’UA et autres institutions internationales, continentales et régionales est vitale » pour le succès de la force opérationnelle.
