La loi sur la Prévention des terroristes du gouvernement nigérian a reclassifié les groupes de bandits violents, les gangs criminels et les syndicats du kidnapping comme terroristes en 2022. L’objet était de permettre aux agences de sécurité des états et du gouvernement fédéral de déployer des mesures contre-terroristes et militaires plus sévères.
Mais aujourd’hui le Nigeria est soumis à une crise croissante de banditisme de plus en plus interconnectée aux activités des militants extrémistes, à mesure que les gangs et les groupes terroristes établis coopèrent et estompent la démarcation entre les crimes d’opportunité et les conflits idéologiques.
« Ce qui avait commencé par des attaques sporadiques s’est aujourd’hui transformé en campagnes coordonnées de terreur affectant des communautés entières », écrit le chercheur nigérian Onyedikachi Madueke pour The Conversation.
La crise remonte à 2010 et a ses racines dans les conflits tribaux liés à la terre et aux ressources limitées entre les cultivateurs et les pastoraux nomades. Entre 2010 et 2023, on a recensé 13.485 décès liés au banditisme dans les sept états de la région nigériane du Nord-Ouest, selon l’organisme de surveillance des conflits ACLED.
Il n’existe aucun indication que la crise diminue d’intensité. En 2025, le pays a relevé 599 incidents de banditisme et 2.742 victimes, presque le double des chiffres de l’année précédente, selon les chercheurs du groupe nigérian Nextier.
On estime que 30.000 membres des gangs de bandits sont actifs dans les vastes territoires du Nord du Nigeria où la police est absente ; ils incendient des villages entiers et ils massacrent, violent et torturent les civils. Les bandits montés sur des motos entrent dans les villages pour pratiquer le pillage et les enlèvements ; ils n’hésitent pas à tuer tous ceux qui résistent. Les groupes sont soutenus par ces attaques et d’autres activités criminelles lucratives telles que le trafic d’armes et le vol de bétail.
« L’insécurité transforme désormais la vie quotidienne dans les campagnes du Nigeria. Les familles abandonnent leur foyer. Les chaînes d’approvisionnement alimentaire sont perturbées. Les taux d’assiduité scolaire sont en baisse. La montée du banditisme alimente la pauvreté, ce qui érode la confiance dans l’État et contribue à l’émigration au Nigeria », écrit le Dr Madueke.
Certains experts déclarent que les États de Zamfara et Sokoto sont à l’épicentre de la violence, là où des groupes armés pratiquent la contrebande de l’or, du cuivre et du lithium et maintiennent des arsenaux grâce à des descentes sur les armureries d’état. La longue frontière non protégée entre le Nigeria et le Niger offre un accès crucial aux couloirs de contrebande sahéliens et aux groupes terroristes affiliés à Al-Qaïda et l’État islamique.
« La crise, caractérisée par l’insurrection criminelle, l’institution des seigneurs de la guerre et la violence intercommunale, et fréquemment désignée par la vaste étiquette de “banditisme”, s’est dramatiquement aggravée au cours des derniers mois », écrit l’organisation de recherche Soufan Center dans un briefing de renseignement en août 2025.
Les gangs et les groupes terroristes s’alignent souvent pour chevaucher les mêmes objectifs et les mêmes territoires et utiliser les mêmes espaces non gouvernés pour se cacher, garder les personnes enlevées et attaquer les forces de sécurité. On signale que Boko haram, basé dans l’État de Borno et appelé aussi Groupe sunnite pour la prédication et le djihad, a envoyé du matériel militaire, des conseillers et des fabricants d’explosifs aux bandits alliés dans l’État de Kaduna au cours des derniers mois.
Certains groupes de bandit dans le Nord-Ouest et le Centre-Nord du Nigeria affirment avoir formé des alliances avec Boko Haram, la Province d’Afrique de l’Ouest de l’État islamique (PAOEI) et des affiliés d’Al-Qaïda au Sahel. D’autres groupes nigérians tels qu’Ansaru, Sadiku et Lakurawa semblent chevaucher la ligne qui séparent les gangs criminels et les extrémistes violents.
« La convergence militante a amplifié an grande mesure l’environnement de menace, écrit le Soufan Center. Les factions djihadistes, notamment Ansaru lié à Al-Qaïda et des éléments de la PAOEI, ont cultivé des alliances pragmatiques avec les réseaux de bandits, en offrant la formation tactique, la structure idéologique et les armes en échange de garanties de sécurité pour les mouvements et l’accès aux ressources. Cette convergence a étendu la portée opérationnelle et intégrée une influence extrémiste au sein des conflits locaux. »
Lakurawa a été créé et a évolué sur une période de plusieurs années dans le Nord du Nigeria en tant que milice d’autodéfense pour défendre les communautés contre les bandits. Mais en 2023, il a présenté des caractéristiques mixtes de gang criminel et de groupe religieux qui impose des taxes aux citoyens en échange de la protection.
Malik Samuel, chercheur basé à Abuja au groupe de réflexion Good Governance Africa, a examiné récemment l’insurrection hybride du groupe et conclu qu’elle était « essentiellement criminelle et non pas djihadiste ».
Il écrit dans un rapport du 7 mai : « Lakurawa obtient l’acceptation des communautés en offrant la sécurité contre les bandits. » Cette acceptation fournit au groupe une légitimité locale et une autorité sociale et religieuse ; il ajoute que cette « autorité est ensuite monétisée par le biais du zakât, des taxes, du vol de bétail et des demandes de rançon ».
Samuel dit que Lakurawa a des liens historiques et opérationnels avec Al-Qaïda et qu’il a développé des relations profondes avec le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM), affilié d’Al-Qaïda au Sahel, dans l’État de Kwara, où il a reçu un « prêt » de 100 combattants au début 2026.
« L’évolution de la connexion Lakurawa-Boko Haram-GSIM représente une menace croissante, alors que le GSIM a établi une présence dans l’État de Kwara et que, selon des rapports, il projette son expansion dans les États de Benue et Plateau. Cet écosystème militant fluide, rendu possible par les frontières poreuses et les couloirs de forêts denses, risque de transformer le Nord-Ouest et le Centre-Nord du Nigeria en plateforme stratégique reliant le bassin du lac Tchad et le Sahel central. »
