De nouveaux reportages montrent le travail minutieux de collecte des renseignements, surveillance et coopération qui a permis d’éliminer un cadre de haut rang de l’État islamique (Daech) au Nigeria en mai.
L’analyste nigérian de la sécurité Zagazola Makama a couvert les événements liés à la mission conjointe du Nigeria et des États-Unis le 16 mai dans la zone de Metele, État de Borno, ayant conduit au décès d’Abu-Bilal al-Minuki, commandant en second de Daech dans le monde. À l’aide d’interviews avec les responsables de la sécurité du Nigeria et des sources sur le terrain, il a été capable de reconstruire le récit de la traque et l’assassinat du terroriste.
Makama dit que la mission avait été planifiée plusieurs mois auparavant et a bénéficié d’une collaboration étroite entre les services du département d’État, la National Intelligence Agency et la Defence Intelligence Agency du Nigeria, des éléments du service de renseignement militaire de l’opération Hadin Kai, et l’état-major unifié des États-Unis pour l’Afrique. Il souligne l’emploi du renseignement d’origine humaine et électromagnétique, de la surveillance, de la filature technique, des observations de champ de bataille et de l’exploitation des détenus pour construire une image des déplacements de M. al-Minuki en temps réel.
Il déclare que la coopération interagences et inter-gouvernementale a été cruciale.
« Ce qui différencie cette opération était la capacité pour ces agences d’excéder la simple collecte parallèle du renseignement et d’agir au sein d’une structure synchronisée où les informations provenant de sources différentes étaient continuellement fusionnées et analysées et faisaient l’objet de réactions », déclare M. Makama à ADF dans un e-mail.
Les professionnels du renseignement ont découvert que le sujet se déplaçait entre Kano, Damaturu, Maiduguri et d’autres lieux tout en restant en contact avec de multiples associés et commandants de la Province d’Afrique de l’Ouest de l’État islamique (PAOEI). Alors qu’il était placé sous surveillance, il s’est réuni avec un agent de la PAOEI appelé Ismail Dan-Hajia et un autre associé appelé Umar. Ces deux personnes sont censées avoir contacté Ibrahim Ayuba, alias Abu Ayuba, un commandant de la PAOEI actif dans la zone tristement célèbre au Sud-Ouest de Maiduguri parfois appelée le « Triangle de Tombouctou ».
L’ampleur des activités du commandant terroriste est devenue claire rapidement. Les analystes ont découvert qu’il participait à des opérations de propagande, des transferts financiers, des acquisitions d’armes, la fabrication des explosifs et l’emploi des drones par les terroristes en Afrique de l’Ouest.
« Al-Minuki ne fonctionnait pas simplement comme commandant de champ de bataille, mais comme coordinateur stratégique au sein du réseau international plus vaste de Daech », écrit Adekunle Yusuf pour le journal nigérian The Nation.
Makama dit que le fait que les agents passent du temps dans les zones métropolitaines révèle un effort de recrutement des jeunes hommes urbains et de développement des réseaux de soutien logistique de la PAOEI. Les officiels ont aussi été capables d’identifier un immeuble de Maiduguri utilisé par les terroristes. Les responsables du renseignement ont choisi de prendre leur temps pour réunir de plus amples informations sur les réseaux de la PAOEI.
« Plutôt que d’agir immédiatement sur des renseignements précoces, les agences de sécurité signalent qu’elles ont choisi de maintenir leur surveillance sur une période prolongée afin de mieux comprendre le réseau plus vaste, d’identifier les associés additionnels et de cartographier les relations opérationnelles. Cette patience a fini par permettre aux enquêteurs de développer une compréhension beaucoup plus exhaustive du réseau entourant la cible. »
Makama signale que la descente au petit-matin du 16 mai n’a pas tué seulement M. al-Minuki, mais aussi son gendre et commandant de haut rang sur le terrain Abou Huraira, l’agent Ba Yuram responsable de la logistique et des réseaux d’acquisition d’armes, et Mallam Haruna, censé diriger la sécurité personnelle de M. al-Minuki.
Les évaluations des dégâts de bataille au Nigeria ont révélé que la mission avait détruit des véhicules, des centres logistiques, des dépôts d’approvisionnement et autres installations liées à la PAOEI.
Makama pense que l’événement aura un impact symbolique aussi bien que pratique sur la capacité d’attaque du groupe terroriste.
« D’un point de vue symbolique, l’élimination d’un personnage de haut rang tel qu’Abu-Bilal al-Minuki démontre que même les chefs terroristes les mieux protégés restent vulnérables face aux opérations soutenues axées sur le renseignement. D’un point de vue pratique, les évaluations des renseignements suggèrent que l’opération a perturbé une partie importante de la structure de commandement de la PAOEI. »
Les observateurs sont optimistes concernant les répercussions de la mission dans la région.
Adekunle Yusuf écrit dans The Nation : « La frappe a remodelé instantanément la conversation sur la sécurité en Afrique de l’Ouest. [Elle] a été qualifiée dans les cercles officiels comme un moment décisif dans la guerre longue et terrible de l’Afrique de l’Ouest contre l’extrémisme. C’est le genre d’opération que les gouvernements tendent à caractériser comme des tournants : précise, coordonnée, décisive et historique. »
