Les cartels de drogue mexicains se sont développés et produisent de plus en plus la méthamphétamine en Afrique. Ceci a été souligné à la mi-mai lorsque les autorités nigérianes ont arrêté trois ressortissants mexicains et six autres personnes dans un laboratoire de méthamphétamine d’échelle industrielle dans la forêt d’Abidagba, État d’Ogun. Les responsables ont saisi des produits chimiques et des drogues d’une valeur de 363 millions de dollars.
Ces arrestations ont été effectuées alors que des mises en garde avaient été émises sur les cartels mexicains finançant les terroristes, les groupes armés et les groupes criminels du continent, qui les aident à fabriquer et transporter la drogue. Les analystes déclarent que ces liens se renforcent. Oluwole Ojewale, expert en matière de crime organisé chez l’Institut pour les études de sécurité au Sénégal, note que la saisie effectuée au Nigeria s’est produite près de Lagos, ville portuaire majeure du Nigeria. Il dit que les flux de drogue vers l’Afrique de l’Ouest suivent un parcours transatlantique ayant pour origine le Mexique et d’autres pays d’Amérique latine.
Le Dr Ojewale a déclaré à Deutsche Welle (DW) : « Cela n’est pas [unique] au Nigeria. Ça se produit le long du golfe de Guinée et sur les routes du Cap en Afrique du Sud, où ces cartels de drogue originaires d’Amérique du Sud, originaires du Mexique, ont trouvé un lieu vulnérable qu’ils explorent. Cela indique un cartel profondément ancré. »
On sait que le cartel mexicain de Sinaloa est actif en Afrique de l’Ouest, et ainsi qu’au Kenya et en Afrique du Sud. Le cartel de Jalisco Nouvelle Génération (CJNG) est également actif sur le continent. L’Afrique de l’Ouest a des antécédents de plateforme de transit pour la cocaïne, mais le Dr Ojewale déclare que l’ajout des installations de production locales signifie que les marchés criminels se diversifient en présence d’une demande croissante pour les matériaux illicites, la contrebande et les drogues qui sont de plus en plus consommées localement.
Il a dit à DW : « Il y a aussi la montée des groupes criminels qui doivent être intoxiqués pour conduire leurs opérations néfastes ; à cela s’ajoute le fait que la sécurité poreuse et la sécurité maritime servent probablement de facilitateurs pour cela, peut-être avec d’autres réalités socio-économiques telles que le chômage. ».
Les analystes déclarent que les cartels fabriquent les drogues en Afrique de l’Ouest pour éliminer les coûts de logistique et éviter l’interdiction maritime. Ils sont souvent actifs dans des zones rurales à couverture forestière dense pour éviter les drones et autres moyens de surveillance aérienne et pour aider à masquer la forte odeur liée à la production de méthamphétamine. Ils fournissent en général leur propre personnel de fabrication de drogue. Le chercheur sur le crime organisé Julian Rademeyer a dit à Al Jazeera que ceci équivaut au « franchisage » des opérations des cartels mexicains.
Le Dr Ojewale dit à DW que les cartels mexicains versent des taxes aux groupes terroristes armés locaux et aux bandes criminelles pour assurer « le mouvement libre des drogues » vers l’Afrique du Nord avant qu’elles n’atteignent l’Europe et le Moyen-Orient.
Toutefois Andy Mashaile, expert de la sécurité et ambassadeur d’Interpol à la retraite, a déclaré à l’organe de presse sud-africain SABC News que les cartels passent en contrebande de plus en plus fréquemment les matériaux bruts par l’Afrique de l’Ouest pour la fabrication des drogues en Afrique du Sud.
Quelques jours avant la descente au Nigeria, les autorités sud-africaines ont arrêté quatre Mexicains, sur un total de 11 personnes, dans une installation de production de crystal meth de pointe dans une petite localité rurale de la province du Nord-Ouest. Les autorités ont saisi 481 kilos de méthamphétamine, des conteneurs de produits chimiques et des armes à feu. C’était le quatrième laboratoire de drogue découvert en Afrique du Sud et soupçonné d’avoir des liens avec le Mexique.
En 2024, la police sud-africaine a conduit une descente sur une installation d’une valeur de 110 millions de dollars dans une ferme du Limpopo, et une autre d’une valeur de 6 millions près de Tshwane. L’an dernier, cinq ressortissants mexicains ont été arrêtés dans un labo de crystal meth sur une ferme de Volksrust, où les autorités ont saisi des drogues d’une valeur de 20 millions.
L’accroissement de la production locale a coïncidé avec une augmentation de la consommation de meth. Ceci est dû aux taux de chômage élevés pour les jeunes, aux lacunes dans la mise en application des lois, à la forte puissance de la drogue, à son coût faible et à d’autres facteurs. L’Afrique du Sud est considérée comme l’un des plus gros marchés de consommation mondiaux pour le crystal meth, et la toxicomanie de meth est en hausse au Kenya depuis 2020, selon un rapport de 2025 publié par l’organisme Eastern and Southern Africa Commission on Drugs.
Au Nigeria, l’accroissement de la consommation de meth a été lié aux homicides et autres crimes violents, en particulier dans les petites communautés où la drogue est produite.
Le Dr Ojewale déclare à DW : « En fin de compte, les communautés de ces lieux sont les premières à souffrir directement de ces activités, à la fois les drogues et les activités violentes qu’ils encouragent en fait dans ces communautés. Cet impact se propage dans le tissu social et conduit à la destruction de la vie familiale, la destruction des commerces et l’oblitération totale [des autres activités économiques] dans ces communautés. C’est un effet en chaîne montrant comment ces communautés deviennent instables. »
