L’attaque des Chebabs contre la prison de Godka Jilacow à Mogadiscio en octobre dernier s’est produite avec l’assistance des combattants étrangers provenant d’Afrique de l’Est, signale le groupe terroriste dans une vidéo qu’il vient de diffuser.
L’attaque contre l’une des prisons les mieux sécurisées du pays a choqué toute la région. Les Chebabs affirment avoir tué plus de 40 gardes de sécurité somaliens. Toutefois, le gouvernement dit que l’attaque a échoué et que les attaquants sont morts.
Il semble que certains attaquants venaient d’Éthiopie, du Kenya et de Tanzanie, selon la vidéo des Chebabs. Les Chebabs ont des antécédents de recrutement kamikaze des combattants auprès des pays voisins mais la vidéo est la première fois que le groupe encourage publiquement la présence des combattants étrangers dans une opération majeure, selon l’analyste Ayaan Abdullahi.
Celle-ci écrit dans Somalia Today : « La nouvelle vidéo suggère que, même si une attaque manque de réaliser les objectifs de bataille déclarés, le groupe reconnaît toujours une valeur stratégique dans l’après-vie de l’opération : grâce à la production d’images, au contrôle du récit et à la projection d’un mouvement qui reste régionalement connecté et idéologiquement indéfectible. »
Les combattants étrangers sont aussi devenus une composante majeure de la stratégie de l’État islamique en Somalie dans la région septentrionale du Pount. Les combattants utilisent des routes de contrebande traversant la mer Rouge pour arriver dans la chaîne de montagne Cal Miskaad du Pount, où l’EI-Somalie est basé.
Vers la fin 2024, 12 combattants ont participé à une attaque de l’EI-Somalie contre les forces de sécurité basées à Dharjaale, mais aucun des combattants n’était somalien.
Certains analystes considèrent que la présence des combattants étrangers parmi les Chebabs et l’EI-Somalie est une tentative d’établir leur crédibilité en tant que groupes terroristes internationaux, et pas seulement en tant que menaces régionales.
Toutefois, le recrutement des combattants étrangers pourrait aussi indiquer autre chose : le fait qu’après une vingtaine d’années d’insurrection, les Chebabs ont des problèmes de recrutement auprès des communautés somaliennes.
Le groupe a perdu des milliers de combattants dans les combats avec l’Armée de terre nationale somalienne (SNA) et les milices régionales au cours des dernières années, alors que la SNA aidée par les forces multinationales a augmenté la pression exercée sur les combattants du groupe et leurs repaires.
Au début avril par exemple, les forces de sécurité nationales et régionales ont tué 27 combattants chebabs dans la région de la vallée du fleuve Jubba. Des frappes aériennes vers la mi-avril ont fait plus de 80 morts parmi les combattants chebabs dans les régions de Hiiraan, Shabeellaha Hoose, Bay et Jubbada Hoose. En 2025, les forces de sécurité somaliennes ont tué près de 300 combattants chebabs à l’occasion de plusieurs campagnes, selon des rapports.
De ce fait, les Chebabs ont exigé que les communautés qu’ils contrôlent fournissent des combattants pour leurs bataille contre les forces de sécurité somaliennes. Le groupe prend pour cible les jeunes garçons et les hommes entre 15 et 30 ans.
Toutefois, il recrute aussi les enfants orphelins de moins de 15 ans dans les camps pour déplacés et les communautés. Il recrute les enfants des écoles religieuses qu’il gère sur son territoire.
« Les parents qui envoient leurs enfants dans ces écoles pourraient ne pas se rendre compte que l’école est utilisée pour la formation militaire. Lorsqu’ils découvrent la vérité, c’est trop tard », ont écrit les analystes du site web Human Rights Experts dans un article récent.
Ils ajoutent : « Ce système exerce une pression énorme sur les familles. Les parents doivent choisir d’envoyer leurs fils au combat ou de soumettre toute la famille à une punition. De nombreuses familles essaient d’envoyer leurs enfants ailleurs avant que les Chebabs ne viennent. »
