Réunions secrètes, faux documents, campagnes de diffamation, acteurs influents rémunérés. Ce sont quelques-uns des outils que les agents russes ont employés pour effectuer des opérations secrètes d’influence en Afrique australe pendant les campagnes électorales entre 2019 et 2025, en cherchant à manipuler les résultats politiques et maintenir au pouvoir les gouvernements pro-russes.
Un réseau appelé « La Compagnie » a conduit des opérations ciblant l’Afrique du Sud, Madagascar et la Namibie, selon le journal numérique panafricain The Continent basé en Afrique du Sud.
Le journal écrit le 14 février : « Les agents russes ont fabriqué des campagnes en Afrique avec un récit de changement ; ils ont payé pour obtenir une couverture médiatique et rédigé des projets politiques pour les gouvernements. Nous avons les documents qui le prouvent. »
La Compagnie, employant plus de 60 agents influents qui avaient travaillé pour l’infâme groupe mercenaire Wagner, a été mise sous la supervision directe du Service des renseignements extérieurs de la fédération de Russie (SVR) après le décès d’Evgueni Prigojine, le fondateur de Wagner.
En octobre 2025, The Continent a reçu une mine de renseignements divulgués exposant un grand réseau russe d’infox et d’influence actif en Afrique. Le journal a fourni plus de 1.400 pages à un consortium international de journalistes enquêteurs, notamment ceux de Forbidden Stories, All Eyes on Wagner et autres, qui ont commencé à publier des rapports en février 2026.
Les divulgations expliquent en détail les opérations de janvier à octobre 2024, en révélant comment les services de renseignement russes ont restructuré et étendu le réseau d’influence de Wagner. L’ex-agent de Wagner Sergei Sergeyevich Klyukin a dirigé le réseau depuis ses bureaux de Saint-Pétersbourg (Russie).
En Afrique du Sud, des documents montrent que les Russes ont offert leur aide au Congrès national africain pour discréditer les partis d’opposition dans les élections locales, notamment par le biais de campagnes en ligne rémunérées et de contenu fabriqué.
Le journal écrit : « En Afrique du Sud, pendant les discussions de 2024 pour former un gouvernement d’unité nationale, les agents russes ont ciblé l’Alliance démocratique (DA), selon des rapports intérieurs. Ils ont affirmé que si les membres de la DA recevaient des ministères clés tels que les Affaires étrangères ou la Justice, cela pourrait nuire aux liens entre la Russie et l’Afrique du Sud en matière de politique et de défense. »
En Namibie, les agents russes travaillant pour La Compagnie ont utilisé des montages vidéo, de fausses lettres et de fausses affirmations sur le soutien étranger pour saper l’opposition avant les élections de novembre 2024.
À Madagascar, La Compagnie a soutenu le candidat à la présidence Andry Rajoelina en 2018 lorsqu’il a « confirmé à maintes reprises son intention de se rapprocher de la fédération de Russie » après les élections, selon des documents divulgués.
Une fois président, Andry Rajoelina a pris ses distances par rapport à la Russie après la guerre en Ukraine. Les agents russes ont alors exploré des moyens d’exercer des pressions pour obtenir son rapprochement avant de considérer des campagnes d’infox pour l’isoler internationalement.
Après l’examen des documents divulgués, l’African Digital Democracy Observatory (ADDO), coalition d’organisations d’analyse investigatrice et de recherche forensique, déclare qu’ils indiquent un niveau plus haut d’ingérence russe dans la politique et les élections africaines, par rapport à ce que l’on savait précédemment.
ADDO écrit dans un article de blog du 24 mars : « Cela montre comment la désinformation et les réseaux en ligne peuvent façonner discrètement l’opinion publique pendant les moments politiques critiques. Cela montre aussi comment l’utilisation d’intermédiaires locaux rend plus difficile le suivi de ces campagnes et facilite leur harmonisation avec les conversations politiques de chaque jour. »
