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    Home»Actualités du Jour»L’État islamique se propage dans les régions rurales du Nigeria
    Actualités du Jour

    L’État islamique se propage dans les régions rurales du Nigeria

    Les terroristes ont comblé un vide laissé par l’emploi des camps fortifiés par les forces gouvernementales
    FINLEY WALKER (TRINITY COLLEGE DUBLIN) ET OLIVIER WALTHER (UNIVERSITÉ DE FLORIDE)By FINLEY WALKER (TRINITY COLLEGE DUBLIN) ET OLIVIER WALTHER (UNIVERSITÉ DE FLORIDE)8 septembre 20265 Mins Read
    Un soldat nigérian simule la détonation d’un EEI sur une route à l’extérieur de Maiduguri. La Province d’Afrique de l’Ouest de l’État islamique utilise de plus en plus les EEI et d’autres tactiques dans les zones rurales. AFP/GETTY IMAGES
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    Depuis plus de dix ans, la Province d’Afrique de l’Ouest de l’État islamique (PAOEI) conduit une insurrection violente dans la région du lac Tchad, ce qui affecte les communautés du Cameroun, du Niger, du Nigeria et du Tchad. Mais la nature géographique de cette menace évolue.

    L’analyse des données du conflit entre 2015 et 2025 révèle que l’insurrection, qui avait initialement pris pour cible les centres urbains, se répand de plus en plus profondément dans les zones rurales. Cette ruralisation reflète la concentration croissante des troupes gouvernementales dans des camps fortifiés.

    Au Sahel, les groupes terroristes ont effectué plusieurs expansions. Avant que la PAOEI ne se sépare officiellement de Boko Haram en 2016, les villes principales du bassin du lac Tchad servaient de champs de bataille actifs alors que le groupe menaçait l’autorité de l’état.

    La combinaison des données du projet ACLED (Armed Conflict Location and Event Data) et des données urbaines d’Africapolis, base de données de l’Organisation de coopération et de développement économiques, montre que la moitié de tous les événements violents impliquant la PAOEI s’étaient produits dans les zones urbaines en 2015.

    À mesure que la PAOEI se développait à la fin des années 2010, la proportion des attaques urbaines a diminué. Contrairement à Boko Haram, qui a gagné sa réputation d’infamie pour ses attaques systématiques contre les marchés, les mosquées et l’infrastructure civile, la PAOEI a cherché à se présenter comme une alternative plus axée sur la gouvernance des zones rurales, souvent laissées défavorisées par le gouvernement.

    Toutefois, cette première période de ruralisation n’a pas duré longtemps. Au début des années 2020, la PAOEI a graduellement intensifié ses attaques dans les centres urbains, en retournant pendant une courte période en 2023 au niveau de 49 % atteint en 2015, avant de se concentrer de plus en plus dans les zones rurales. En date de 2025, le pourcentage d’événements en zone urbaine avait baissé à moins de 30 %.

    La récente ruralisation de la PAOEI ne signifie pas que le groupe ait décidé d’épargner les villes. La PAOEI a continué à conduire des attaques contre les centres urbains dans le bassin du lac Tchad à mesure que ses capacités opérationnelles ont augmenté aux dépens de celles de Boko Haram.

    Le nombre d’événements urbains a atteint le point culminant de 356 en 2020. Cette hausse représente un effort opérationnel intensif de la PAOEI ; le nombre total d’attaques a atteint un tel niveau que ses campagnes rurales ont augmenté à une cadence plus forte que ses attaques urbaines.

    Après le pic de 2020, le nombre d’événements urbains s’est stabilisé, en restant à près de 200 par an en 2024 et 2025. Ceci suggère que les pressions militaires régionales ont réduit la capacité du groupe à agir librement dans les villes, et coïncide avec la mise en œuvre de campements militaires fortifiés et la construction de murs de terre défensifs autour de la plupart des villes du Nord-Est du Nigeria. Ces initiatives s’inscrivent dans le cadre d’une stratégie gouvernementale visant à empêcher ou ralentir les incursions terroristes dans les zones fortement peuplées.

    Toutefois, les « super-camps » et les tranchées défensives sont une arme à double tranchant. Ils fournissent une protection à court terme mais ils peuvent aussi accroître l’insécurité rurale et la vulnérabilité des civils. Le taux quotidien d’attaques menées par Boko Haram et la PAOEI a plus que doublé depuis la mise en œuvre de la stratégie des super-camps à la fin des années 2010. Le taux d’attaques conduites par les forces gouvernementales contre les insurgés est resté stable. Autrement dit, les terroristes ont rapidement comblé le vide laissé dans les zones rurales et repris leur offensive hors des camps fortifiés.

    La PAOEI n’est pas simplement chassée des villes ; elle s’en éloigne de plus en plus. Entre 2015 et 2021, la violence qui se produisait hors des zones urbaines avait lieu en moyenne à 15 km des centres urbains. Ceci suggère que les terroristes prenaient pour cible les communautés rurales à proximité des villes fortifiées.

    Mais après 2021, la PAOEI s’est orientée vers l’extérieur. En 2022, la distance moyenne d’un événement non urbain est passée à 20 km des zones urbaines. Cette empreinte rurale en expansion est restée constante jusqu’en 2025, en continuant à rester entre 17 et 19 km.

    La PAOEI a étendu sa portée plus loin dans les espaces ruraux, en s’implantant dans les îles du lac Tchad et la forêt de Sambisa, et le long des couloirs de transport majeurs.

    La ruralisation de la PAOEI peut être considérée en date de 2025 comme une victoire de la contre-insurrection urbaine. Toutefois, les données suggèrent que la menace s’est simplement relocalisée et adaptée. En poussant ses opérations plus loin dans les zones rurales, la PAOEI crée plusieurs avantages tactiques pour elle et des défis pour les forces de l’État.

    Pour engager l’ennemi, les patrouilles militaires de l’État doivent maintenant s’éloigner davantage des super-bases urbaines fortifiées, ce qui les expose aux embuscades et aux EEI le long des routes rurales. En outre, les réseaux de renseignement d’origine humaine sont beaucoup plus difficiles à maintenir et protéger dans les villages isolés et distants. À mesure que le conflit avance plus loin dans les communautés rurales, les organisations internationales d’assistance peuvent plus difficilement atteindre les populations vulnérables, ce qui exacerbe l’insécurité alimentaire et les déplacements.

    En fin de compte, l’expansion de la PAOEI dans les zones rurales signifie que le modèle statique de défense urbaine et de super-bases pourrait ne plus être suffisant. Les structures de sécurité doivent essayer de devenir plus agiles et axées sur les communautés pour protéger l’autorité de l’État dans les zones rurales du bassin du lac Tchad.

    AU SUJET DES AUTEURS : Finley Walker est étudiant au Trinity College Dublin (Irlande). Il poursuit ses études de géographie avec spécialisation en sociologie. Olivier Walther est professeur associé au département de géographie de l’université de Floride.

    Boko Haram Cameroun Islamic State Lac Tchad Niger Nigeria PAOEI Sahel Tchad
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