Plus de 1.000 km de distance séparent les affiliés de l’État islamique (Daech) dans le bassin du lac Tchad et ceux du Liptako-Gourma, une région de l’Alliance des États du Sahel (AES). Toutefois, les analystes déclarent que les deux groupes peuvent de mieux en mieux travailler ensemble à cause des frontières poreuses et du manque de coopération régionale en matière de sécurité.
Au cours des derniers mois, la Province d’Afrique de l’Ouest de l’État islamique (PAOEI) basée au lac Tchad a investi son temps et ses effectifs pour soutenir l’État islamique dans le Grand Sahara (EIGS), basé là où le Burkina Faso, le Mali et le Niger ont des frontières communes.
Cette aide inclut des plans pour envoyer 100 combattants de la PAOEI afin de renforcer l’EIGS dans la région de Ménaka, après la reconquête de cette région par les troupes maliennes. La région était précédemment contrôlée par l’EIGS.
En outre, des vidéos de l’attaque menée par l’EIGS en janvier contre l’aéroport international Diori-Hamani et la base aérienne 101 du Niger suggèrent que des combattants de la PAOEI avaient participé à l’assaut. L’EIGS a revendiqué la responsabilité de l’attaque, qui a inclut sa première utilisation de drones armés, mais les films de propagande de Daech révèlent des combattants parlant le kanouri, langue courante dans la région du lac Tchad, selon l’analyste senior pour l’Afrique Ladd Serwat du projet ACLED (Armed Conflict Locator and Event Data).
« Alors que les militants de l’EIGS proviennent de zones différentes, ceci pourrait indiquer que des opérateurs de drone plus expérimentés de [la PAOEI] … ont soutenu l’attaque », remarque-t-il dans une analyse d’ACLED.
L’emploi de drones armés suggère aussi que la PAOEI avait participé dans une grande mesure à la planification et l’exécution de l’attaque de janvier, selon lui.
« La PAOEI est l’affilié de Daech le plus prolifique en Afrique, engagé dans la guerre des drones. »
ACLED a recensé seize actions de la PAOEI liées aux drones depuis 2024, y compris dix attaques. Les autres étaient des missions de surveillance précédant les attaques contre des cibles militaires.
Des recherches conduites par l’Institut d’études de sécurité (ISS) montrent que le Nord-Ouest du Nigeria est devenu un nouveau point sensible pour les actions de l’EIGS, alors que les combattants franchissent la frontière Sud du Niger pour pénétrer dans les États de Sokoto et Kebbi. Le lieu où le Bénin, le Niger et le Nigeria ont une frontière commune abrite de multiples groupes armés, y compris l’EIGS.
Le coup d’État militaire du Niger en 2023 a provoqué des tensions dans ses relations de sécurité avec le Nigeria ; il en est de même de la décision prise par le Burkina Faso, le Mali et le Niger de quitter la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) pour former leur propre bloc régional, l’AES.
Pour compliquer davantage les choses, le Niger s’est retiré de la Force multinationale mixte en 2025, ce qui a produit un vide régional de contre-terrorisme contre la PAOEI dans le bassin du lac Tchad.
L’AES a créé une force de sécurité conjointe de 6.000 soldats, mais cette force est en grande mesure sous-financée et inefficace. Son quartier général est situé dans la base que l’EIGS et la PAOEI ont attaquée en janvier.
Les autorités nigérianes ont déclaré que le manque de sécurité dans les pays de l’AES accroît l’insécurité au Nigeria.
Le Nigeria a intensifié ses opérations militaires contre la PAOEI et Boko Haram dans le bassin du lac Tchad au cours des dernières années. Les analystes déclarent qu’il est incertain de savoir si cette approche pourra réduire la violence propagée par l’EIGS et les autres groupes terroristes dans les états occidentaux du Nigeria.
« En continuant à répondre de façon étroite et réactive, cela risque de répéter les carences de la campagne anti-terroriste dans le bassin du lac Tchad », a écrit le chercheur Taiwo Adebayo pour l’ISS en début d’année.
Selon lui, les approches militaires réactives n’adressent pas les conditions sous-jacentes des opérations des terroristes, leur résilience et leur financement.
L’expérience du Nigeria est emblématique des problèmes affrontés par toute la région, selon les analystes. Le manque de collaboration avec ses voisins de l’AES permet difficilement de maîtriser la violence qui se propage, selon M. Adebayo.
« Tout progrès durable contre les menaces communes dans ces régions nécessite la coopération », a-t-il récemment écrit.
