Depuis le début de la guerre civile soudanaise en 2023, les mercenaires d’Éthiopie, de Libye, du Soudan du Sud et du Tchad sont actifs dans le pays, ainsi que d’autres provenant de pays lointains, notamment les combattants du groupe Wagner de Russie qui avaient déjà des intérêts aurifères, les opérateurs de drones ukrainiens rivaux qui travaillent pour les deux belligérants et des indépendants du Sahel.
Des reportages d’actualité ont révélé que les mercenaires colombiens accusés d’avoir commis des atrocités au Soudan ont été recrutés et entraînés par un réseau obscur basé aux Émirats arabes unis (EAU).
Le journal Financial Times (FT) a interviewé sept mercenaires colombiens qui ont demandé à conserver l’anonymat avant de décrire leur déploiement au Soudan. Certains ont participé à ce qui est appelé aujourd’hui les massacres d’El Fasher au Darfour. Les experts déclarent que des intervenants étrangers ont prolongé la guerre au Soudan en fournissant des armes, des effectifs et un financement aux Forces armées soudanaises (FAS) et aux Forces de soutien rapide (FSR) paramilitaires.
Les EAU nient qu’ils soutiennent les FSR avec des armes et des effectifs et déclarent qu’ils souhaitent négocier la paix dans le pays.
Selon un reportage du FT, la société de sécurité privée Global Security Services Group (GSSG) basée dans la capitale émirienne d’Abou Dabi a envoyé environ 2.000 mercenaires colombiens pour se battre au Soudan aux côtés des combattants FSR.
Un combattant colombien a déclaré au FT qu’environ 300 spécialistes s’étaient entraînés en secret dans les opérations de drone et antiaériennes aux EAU entre janvier et octobre 2025 avant d’être déployés au Soudan. « Le projet avait commencé avec des Salvadoriens, mais ils n’étaient pas disciplinés », a-t-il dit au journal pour un article du 15 août. « Ensuite, ils ont engagé les Colombiens. Nous sommes très disciplinés. Nous avons l’habitude d’obéir aux ordres. »
Six ex-enfants soldats soudanais ont partagé anonymement leur histoire avec l’Associated Press, y compris deux qui ont déclaré que les mercenaires colombiens les avaient entraînés. Les jeunes garçons ont dit que les combattants FSR les avaient enlevés et emmenés dans une base d’Omdourman, où des dizaines d’enfants étaient aussi détenus, les mains liées en permanence.
L’un d’eux a déclaré qu’il y avait des dizaines de mercenaires étrangers, que les combattants FSR appelaient des Colombiens. Les mercenaires, s’exprimant à l’aide de traducteurs, ont enseigné aux enfants à se servir des canons anti-aériens. Ils ont dit aux combattants FSR d’enchaîner les enfants aux armements pour qu’ils ne puissent pas s’échapper.
« Lorsque les avions survolaient, les Colombiens battaient en retraite dans leurs bunkers en nous laissant dehors enchaînés aux véhicules », a-t-il dit à l’AP pour un reportage du 30 juillet.
Le cabinet de recherche privé Conflict Insights Group a assisté le FT dans son enquête en analysant les données de traçage téléphonique. Il a suivi plus de 40 appareils qui utilisaient des réglages en espagnol, depuis Abou Dabi jusqu’à un point de transit dans l’État somalien semi-autonome du Pount, puis jusqu’à plusieurs sites dans la région soudanaise du Darfour.
« Les mercenaires étaient présents lorsque les FSR ont capturé la ville et commis des massacres qui sont parmi les plus effroyables du 21ème siècle », déclare au FT Justin Lynch, directeur général de Conflict Insights Group.
L’un des mercenaires qui a parlé au journal a confirmé qu’il avait été à El Fasher.
« L’air était plein de mouches attirées par les cadavres et les tas d’ordures. Il y avait des morts qui étaient déjà devenus violets pour être exposés au soleil pendant si longtemps. »
Un autre a confirmé l’emploi des enfants soldats par les FSR.
« Il y a des gosses qui n’ont pas plus de 12 ans avec des fusils qu’ils ne peuvent pas soulever, et qui sont responsables pour se battre dans une guerre sans même savoir ce qu’ils sont censés faire », a-t-il dit.
