Le Groupe sunnite pour la prédication et le djihad (JAS de Boko Haram) et les autres groupes terroristes intensifient leurs attaques près de l’axe forestier de Borgou-Kainji au Nigeria. Les analystes déclarent que ces groupes utilisent des tactiques qui sont employées depuis longtemps dans le bassin du lac Tchad et qu’ils prennent pied dans la vaste zone reliant le Nord-Ouest et le Sud-Ouest du Nigeria.
Au cours des dernières années, les terroristes ont établi une base dans le parc national de Kainji, ex-lieu touristique de 5.300 km carrés, afin de lancer des attaques dans la région poreuse des trois frontières entre le Nigeria, le Bénin et le Niger, selon l’Institut pour les études de sécurité (ISS). La réserve animalière du Borgou est située dans le parc.
De 2024 à 2025, le nombre d’événements violents liés aux groupes djihadistes dans la région a augmenté de 86 % et le nombre de décès associés a augmenté de 262 %, selon le projet ACLED (Armed Conflict Location and Event Data).
On sait que le JAS, le GSIM (Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans), Lakurawa et Ansaru-Mahmuda placent des bombes au bord des routes et commettent des massacres et des enlèvements dans la région. Le 15 mai, le JAS dirigé par Abubakar Saidu alias « Sadiku » a attaqué trois écoles dans l’État d’Oyo, au Sud-Ouest du Nigeria, et enlevé 45 écoliers et membres du personnel.
Le président nigérian Bola Ahmed Tinubu a appelé le JAS « lâche et barbare » après l’attaque conduite le 3 février qui a tué environ 200 personnes dans la localité de Woro, un peu au Sud du parc de Kainji. Certaines victimes ont été tuées par balle, d’autres ont été brûlées vives. Approximativement 40 ont été enlevées. L’attaque de Woro s’est produite à moins de 4 km de Nuku, où les combattants du GSIM avaient lancé leur première attaque au Nigeria en octobre 2025.
Kabir Adamu, analyste de la sécurité au cabinet de conseil nigérian Beacon Security and Intelligence, déclare que la riposte des forces de sécurité d’état sont insuffisantes pour mettre fin aux attaques terroristes dans la région.
Il dit à Al Jazeera : « En termes simplifiés, [les attaques] indiquent qu’il faut faire plus. Les opérations ont permis de tuer certains chefs des bandits. Nous savons aussi que des chefs ont été arrêtés et sont actuellement traduits en justice. Mais la composante de mise en application des lois qui dominerait l’environnement et empêcherait ce groupe de se déplacer et d’agir est absente. »
Selon Taiwo Adebayo, chercheur à l’ISS, les efforts de contre-terrorisme du Nigeria ont été surtout réactifs et trop étroitement spécialisés. En février, les Forces armées du Nigeria ont lancé l’opération Savannah Shield en réponse à la montée de la violence, en particulier près du parc de Kainji où le JAS a été chassé après ses défaites militaires dans d’autres secteurs du pays.
Toutefois, M. Adebayo affirme que l’opération se focalise trop sur la localité de Kaiama dans l’État de Kwara, au Nord-Ouest du pays, sans tenir compte de la nature itinérante des terroristes. Un modèle des récents attentats à la bombe suggère que le JAS aurait pu établir une usine de fabrication d’engins explosifs improvisés dans le parc de Kainji.
« Ceci représenterait une avancée majeure dans leurs capacités », écrit-il.
Selon lui, les forêts mal gouvernées du parc de Kainji, ses voies navigables et ses frontières poreuses offrent suffisamment de cachettes aux terroristes sur un terrain fournissant un grand nombre d’échappatoires. Les groupes terroristes sont désormais actifs dans des zones qui se chevauchent et ils coopèrent parfois, ce qui complique les efforts de sécurité. Les terroristes exploitent ces facteurs et ont commencé à taxer les activités d’abattage des arbres et d’extraction minière artisanale pour financer leurs opérations et « acheter la coopération locale », écrit M. Adebayo.
« Si ces dynamiques restent incontrôlées, ajoute-t-il, l’axe pourrait devenir une base stable pour les groupes armés et servir de portail à la région plus stable du Sud-Ouest du Nigeria et au littoral d’Afrique de l’Ouest. Ceci pourrait détourner l’attention et les ressources du lac Tchad, en compliquant encore plus les priorités de sécurité nationales et régionales. »
Il recommande vivement aux Forces armées du Nigeria d’assumer une posture plus préemptive dans la région, notamment en amplifiant la portée de l’opération Savannah Shield et en adoptant une stratégie plus offensive et moins réactive. Il préconise que les efforts militaires soient combinés à l’amélioration de la gouvernance pour renforcer la résilience locale et éviter un vide de sécurité.
« Les forces de sécurité doivent aussi cibler les mécanismes de financement du terrorisme qui évoluent sur l’axe, et réprimer le contrôle criminel de l’abattage des arbres et de l’extraction minière. Étant donné la dynamique transnationale des menaces, les progrès dépendront de la coopération transfrontalière avec le Bénin et le Niger, quelles que soient les tensions des relations politiques. »
