Les conflits s’intensifient dans les communautés ethniques zaghawa de l’Est du Tchad, en présence d’allégations de soutien pour la milice paramilitaire soudanaise des Forces de soutien rapide (FSR).
Les suspicions selon lesquelles le président tchadien Mahamat Idriss Déby soutient les FSR paramilitaires peuvent être tracées au début de la guerre civile soudanaise en 2023. Elles ont obtenu une certaine crédibilité avec les révélations que le général Bichara Issa Djadallah, cousin du général Mohamed Hamdan Dogolo alias « Hemeti », est le conseiller spécial du président Déby.
Bien que le Tchad nie qu’il est directement engagé dans la guerre du Soudan, les analystes déclarent que les armes, en particulier celles provenant des Émirats arabes unis (EAU), continuent à être passées en contrebande aux FSR par le biais du Tchad, malgré la fermeture de la frontière soudanaise en février.
L’Est du Tchad est devenu un couloir pour le trafic d’armes et les mouvements des groupes armés, ce qui mécontente la tribu des Zaghawa qui est fortement représentée dans les milieux militaires et sécuritaires d’élite du Tchad. Des tensions frontalières existent depuis longtemps entre les Zaghawa et les milices affiliées aux FSR, et les FSR ont commis des atrocités contre les communautés Zaghawa du Soudan.
La ville orientale d’Adré, en bordure du Darfour soudanais, est devenue un nœud important du réseau de contrebande d’armes à destination des FSR, et l’économie illicite de la région a prospéré depuis le début de la guerre du Soudan. L’analyste de la sécurité Cameron Hudson, écrivant pour la World Politics Review, pense que les EAU ont offert au régime de M. Déby un soutien financier et une aide politique en échange de l’utilisation de son territoire pour approvisionner les FSR. Les EAU nient qu’ils soutiennent l’un quelconque des belligérants du Soudan et déclarent qu’ils souhaitent aider à conclure un accord de paix.
L’engagement financier des EAU au Tchad a augmenté depuis le début de la guerre du Soudan, En 2024, le Tchad a obtenu un prêt de 500 millions de dollars auprès du Fonds de développement émirien à un taux d’intérêt de 1 % sur une période de 18 ans, selon le Centre d’études de sécurité de l’Afrique. L’année précédente, les EAU avaient offert au Tchad un financement de 200 millions de dollars, y compris une assistance de subvention de 50 millions de dollars.
Selon des reportages du New York Times et de l’Initiative mondiale contre la criminalité transnationale organisée (GI-TOC), les EAU ont établi une filière d’armes pour les FSR à partir de leurs propres bases militaires vers la ville tchadienne d’Amdjarass, où les armes sont envoyées dans les zones contrôlées par les FSR au Soudan. M. Hudson pense que ces transactions produisent des revenus pour les officiers militaires soutenant M. Déby et pourraient aider ce dernier à se rapprocher des dirigeants FSR.
De nombreux Tchadiens ont des liens de famille avec les communautés zaghawa du Darfour qui sont prises pour cible par les attaques des FSR depuis des années, ce qui a provoqué le déplacement de plusieurs centaines de milliers de Zaghawa vers l’Est du Tchad, exacerbé une crise humanitaire critique et nourri l’insécurité. En date du 31 mars, plus de 918.760 réfugiés soudanais fuyant le conflit s’étaient relocalisés dans l’Est du Tchad, ce qui met à l’épreuve les ressources et les services déjà limités.
La ville de Tiné dans l’Est du Tchad est l’une des lignes de front dans le rôle croissant du Tchad dans la guerre du Soudan. Les FSR ont été blâmées pour une frappe de drone à Tiné à la mi-mars, qui a tué vingt personnes participant à un enterrement. Plusieurs membres de la famille d’Adam Hamid Arim, un résident des lieux, ont été blessés dans l’attaque. Dans son sillage, des centaines de résidents ont pris les armes.
Le Tchad a répondu en déployant des forces, des armes et plus de 100 véhicules militaires dans la zone.
Selon M. Hudson, les FSR et les FAS sont de plus en plus actives cette année à l’intérieur du Tchad, « ce qui suggère une nouvelle approche aux combats où tous les coups sont permis ». Quelques jours après l’attaque de Tiné, une attaque de drone FAS près de la ville a frappé un dépôt de carburant, en faisant 4 morts et 23 blessés. M. Hudson pense que cela indique que les FAS considèrent maintenant que les positions des FSR dans le territoire tchadien sont des cibles légitimes.
« En bref, Déby a réussi à contrarier les deux belligérants de la guerre du Soudan et aliéner la base de soutien national dont il dépend, tout en obtenant peu de choses en échange, mis à part la promesse de nouveaux investissements de la part de ses sponsors émiriens », écrit M. Hudson.
