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    Home»Actualités du Jour»Boko Haram et la PAOEI luttent pour le contrôle du lac Tchad
    Actualités du Jour

    Boko Haram et la PAOEI luttent pour le contrôle du lac Tchad

    Des séries d’enlèvements et d’extorsions exacerbent une crise humanitaire massive et persistante
    ADFBy ADF16 juin 20265 Mins Read
    Des véhicules appartenant aux organisations non gouvernementales traversent une partie du lac Tchad. AFP/GETTY IMAGES
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    Une vidéo de propagande montre des combattants de Boko Haram lourdement armés dans un bateau se dirigeant vers une île du lac Tchad occupée par des soldats de la Province d’Afrique de l’Ouest de l’État islamique (PAOEI), un groupe rival. Les militants de Boko Haram notent un autre bateau dans le voisinage et lui donnent la chasse, déclenchant ainsi une fusillade. Deux minutes plus tard, les membres de Boko Haram célèbrent alors que le sang se répand dans l’eau.

    Les vidéos produites par les deux groupes terroristes suggèrent que l’énorme bassin, à cheval sur les frontières poreuses et essentiellement non gouvernées du Cameroun, du Niger, du Nigeria et du Tchad, est devenu une zone de guerre, et que les civils sont pris pour cibles. Dans les va-et-vient de leur lutte pour contrôler les îles, les groupes ont de plus en plus recours aux enlèvements et aux extorsions pour financer leurs opérations.

    Les deux groupes cherchent à accroître leur influence et dominer le commerce dans la région. À elle seule, la PAOEI gagne une somme annuelle estimée à 41,5 millions de dollars en extorquant les communautés de pêcheurs du lac Tchad, selon le quotidien Daily Telegraph. Le groupe utilise l’intelligence artificielle dans ses communications et les drones et autres armes de pointe dans ses attaques contre les autres terroristes et les forces des états.

    L’ex-terroriste Bahana Alhadji a dit au journal que la PAOEI épargne souvent les civils, alors que Boko Haram les massacre avec impunité. Le 4 mai, Boko Haram a tué 24 soldats tchadiens et blessé 46 lors d’une attaque contre la base militaire de Barka Tolorom, sur les rives du lac Tchad. Les terroristes ont tué deux généraux tchadiens deux jours plus tard et, après cette attaque, le Tchad a déclaré trois journées de deuil national.

    M. Alhadji déclare qu’il a rejoint Boko Haram à l’âge de 22 ans parce qu’il ne pouvait plus gagner sa vie de pêcheur sur le lac. On lui a offert trois adolescentes comme épouses lorsqu’il a rejoint le groupe, mais au bout de plusieurs années il en est parti. Il vit maintenant dans un campement pour personnes déplacées dans l’Ouest du Tchad ; il a récemment évoqué des combats menés contre les forces tchadiennes et nigérianes, ainsi que contre la PAOEI.

    Il a dit au Daily Telegraph : « J’ai tué beaucoup de gens. Les combats les plus durs étaient contre la PAOEI. »

    Un chef de haut rang de Daech est tué

    Les armées ont concentré davantage leurs forces contre la PAOEI depuis que le groupe a lancé une série d’attaques meurtrières et complexes contre les camps militaires dans les régions frontalières du lac l’an dernier. Le 16 mai, une frappe conjointe du Nigeria et des États-Unis a tué Abou Bilal al-Minuki, identifié comme chef des opérations globales de l’État islamique (Daech), au Nord-Est du Nigeria. Le 3 juin, l’armée nigériane a tué plus de 50 membres de la PAOEI et un autre chef de haut rang pendant des affrontements dans l’État de Borno.

    Les analystes avertissent que le groupe reste dangereux, malgré les pertes qu’il a subies.

    Raoul Sumo Tayo, chercheur senior à l’Institut pour les études de sécurité, écrit : « L’assassinat ciblé des chefs produit des résultats mitigés et a tendance à avoir un impact plus symbolique que pratique. Dans le cas de la PAOEI, le décès d’al-Minuki serait certain de saper le moral du groupe et forcer les membres à se refocaliser sur leur survie. La frappe pourrait aussi conduire à des attaques de représailles par les djihadistes, au moins pour regagner un avantage psychologique. »

    L’attaque du 5 juin contre une base de l’armée nigériane dans l’État de Borno a fait au moins huit morts et plusieurs blessés parmi les soldats, mais l’armée n’a pas précisé quel était le groupe responsable. Toutefois, plus de 400 femmes et enfants enlevés par Boko Haram ont été libérés par le groupe au début juin à Gwoza dans l’État de Borno, situé dans le bassin du lac Tchad.

    Une crise humanitaire catastrophique

    Les effets de la violence continuelle sur les populations locales sont catastrophiques, en particulier dans la région camerounaise de l’Extrême-Nord, la province tchadienne du Lac, la région nigérienne de Diffa et le Nord-Est du Nigeria. Selon le Bureau de coordination des affaires humanitaires des Nations unies, il existe plus de 3,25 millions de déplacés internes et de réfugiés dans la région ; en date du 29 avril, 8,2 millions de personnes nécessitaient une aide humanitaire. Parmi les 7,4 millions de personnes sujettes à une insécurité alimentaire grave, beaucoup sont des enfants.

    L’Extrême-Nord du Cameroun a accueilli plus de 476.000 personnes déplacées par la violence à la frontière du Nigeria, où la crainte des attaques et des enlèvements influence la façon dont les gens obtiennent les soins de santé. Boko Haram, la PAOEI et d’autres groupes armés non étatiques conduisent régulièrement des attaques dans les départements de Logone-et-Chari et Mayo-Tsanaga, accompagnées de fusillades, pillage de nourriture et de bétail, enlèvements et massacres.

    Wasa Hassan, agent de santé communautaire local, déclare à Médecins sans frontières (MSF) : « Les gens ont peur d’aller cultiver. Les enlèvements contre rançon sont devenus fréquents, et la peur fait partie de la vie quotidienne. »

    L’an dernier, les équipes MSF ont réalisé plus de 45.000 consultations ambulatoires, effectué plus de 1.600 interventions chirurgicales d’urgence, pris en charge 2.250 enfants souffrant de malnutrition et accompagné plus de 1.000 femmes enceintes.

    « L’accès aux soins reste un défi majeur », souligne le Dr Michel Madika, coordinateur médical de MSF au Cameroun. « La pauvreté, le manque d’équipements dans les structures de santé, les pénuries de personnel, les épidémies récurrentes et l’insécurité alimentaire continuent de compromettre la santé des populations. »

    extrémisme Lac Tchad
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