Dans son allocution nationale du 12 juin, le président nigérian Bola Tinubu a fait les louanges des forces de sécurité pour les gains qu’elles enregistrent sur le terrain. En plus des objectifs militaires, il a mis l’accent sur le fait que le chemin de la paix s’accompagnera d’une approche multidimensionnelle au contre-terrorisme.
« Plus de 13.000 terroristes ont été neutralisés au cours des 12 derniers mois, a-t-il dit. Mais nous laissons aussi ouverte la porte de la reddition. Plus de 124.000 combattants et personnes à charge ont déposé leurs armes depuis 2023. Grâce à l’opération Safe Corridor, nous transformons nos anciens ennemis en citoyens. »
L’opération Safe Corridor (OPSC) établie en 2026 est un programme de désarmement, démobilisation et réintégration (DDR) conçu pour réhabiliter les insurgés à faible risque associés aux groupes terroristes. Plus de 300.000 insurgés se sont rendus entre 2016 et 2025, selon les Forces armées du Nigeria, et 3.442 d’entre eux ont été réintégrés avec succès dans la société après avoir suivi le programme.
Bien que de nombreuses personnes considèrent que le programme DDR nigérian de l’OPSC est un succès dans la région du Nord-Est, des préoccupations ont aussi été émises sur le récidivisme, en présence de rapports selon lesquels certains diplômés du programme seraient retournés vers les groupes terroristes. Les sympathisants du programme déclarent que le nombre relativement faible de diplômés est dû aux ressources limitées et au contrôle strict des candidats, et à l’exclusion des commandants de haut rang et des combattants impénitents ou accusés d’avoir commis des atrocités.
Le chercheur Hakeem Najimdeen écrit dans un article du 8 juillet pour Al Jazeera : « Les chiffres indiquent un certain succès. Ils montrent qu’une pression militaire soutenue, accompagnée d’opportunités de réhabilitation, encourage les désertions et fournit des renseignements qui aident les forces de sécurité à renforcer leurs opérations et sauver des vies. »
Les désertions des deux groupes terroristes les plus proéminents, Boko Haram et la Province d’Afrique de l’Ouest de l’État islamique (PAOEI) dans le Nord-Est, ont renforcé la justification du programme DDR. À mesure que les groupes dissidents et de nouveaux groupes terroristes apparaissent au Nord-Ouest, Safe Corridor est aussi intensifié.
Les participants obtiennent un soutien psycho-social, une réorientation et une formation professionnelle, selon le général de brigade Yusuf Ali, coordinateur du programme, qui déclare que le succès du plan exige le soutien du gouvernement, des communautés et des familles. Il pense que le programme a évolué depuis 2016 en renforçant les mécanismes de contrôle, affinant le curriculum pour le désengagement idéologique, étendant la coordination inter-agences et améliorant la prise de responsabilité tout en mettant l’accent sur une réintégration durable.
Lors d’une cérémonie au quartier général de Safe Corridor dans l’État de Gombe le 16 avril, 744 ex-terroristes ont achevé le programme. Parmi eux, 597 provenaient de l’État de Borno où Boko Haram et la PAOEI sont basés depuis des années.
Le général Olufemi Oluyede, chef d’état-major de la Défense, a encouragé les diplômés à embrasser la société. Il a expliqué que le programme DDR s’inscrit dans le cadre d’un effort stratégique visant à affronter les causes fondamentales de l’insurrection, en ajoutant qu’il ne s’agit pas d’un programme d’amnistie mais plutôt d’un outil pour freiner l’extrémisme et le recrutement terroriste.
« Ce n’est pas une récompense mais une approche délibérée pour réduire la violence, affaiblir les filières de recrutement et encourager la stabilité à long terme », a-t-il dit.
Lorsque les terroristes réformés rentrent dans la société, dans certains cas au côté des victimes de la violence de leur groupe, le Dr Najimdeen déclare que le gouvernement et les forces armées font face à un exercice d’équilibriste délicat.
« Il peut être nécessaire d’encourager les combattants à déserter, écrit-il, pour affaiblir les groupes armés et se rapprocher de la fin du conflit. Mais cela ne peut pas se produire au détriment de la justice pour les victimes. La réintégration restera fragile et moralement douteuse si ceux qui ont souffert le plus restent déplacés, sans soutien et sans réparation. »
Le président Tinubu, exhortant les combattants à se rendre et à tirer parti des programmes DDR du Nigeria, a émis un avertissement strict aux militants qui continuent leur insurrection : le gouvernement a adopté un budget militaire record de près de 4 milliards de dollars.
« Je dis aux bandits, aux ravisseurs et aux sponsors de la terreur : rendez-vous ou faites face à la pleine force de l’État nigérian. Ces créneaux de reddition ne resteront pas ouverts indéfiniment. Aucune pitié ne sera montrée à ceux qui versent le sang des Nigérians. »
![L’opération Safe Corridor [Couloir de sécurité] « laisse la porte ouverte » à la reddition](https://adf-magazine.com/wp-content/uploads/2026/08/NGR-DDR1.webp)