Lorsque Civicus, une alliance sud-africaine d’organisations de la société civile du monde entier, ajouta récemment le Burkina Faso à sa liste de surveillance liée aux droits de l’homme, elle le fit pour plusieurs raisons :
- La junte a dissout tous les partis politiques.
- Les critiques des chefs militaires ont été censurés, arrêtés ou portés disparus.
- Près de 1.200 organisations de la société civile ont été suspendues ou dissoutes.
Pierre-Claver Dekpoh du réseau des défenseurs des droits de l’homme en Afrique occidentale a déclaré à Civicus lorsqu’elle a publié son rapport le 29 juillet : « La dimension de cet assaut contre la société civile est sans précédent. Les autorités utilisent une législation restrictive et des mesures administratives ambiguës pour démanteler les organisations. »
Le Civicus Monitor assure le suivi des derniers développements concernant la liberté d’expression, d’association et de réunion pacifique dans 198 pays et territoires. Il a revu à la baisse le statut du Burkina Faso au niveau de « réprimé », le même statut détenu par le Mali et le Niger, deux voisins également dirigés par une junte militaire.
Les groupes de la société civile et les experts ont documenté tout un éventail de violations des droits dans les trois pays, où les dirigeants militaires qui avaient jadis promis une période transitionnelle ordonnée avant de retourner à un gouvernement civil ont au lieu de ça interdit et dissout tous les partis politiques.
Les chefs d’État du Burkina Faso, du Mali et du Niger ont tous utilisé les thèmes de la montée de l’insécurité et l’expansion des groupes terroristes basés au Sahel comme justification pour saisir le pouvoir par un coup d’État. Mais Daniel Eizenga, chercheur du Centre d’études stratégiques de l’Afrique, déclare que les chefs des juntes ont cessé de prioriser la sécurité nationale et ont décliné une collaboration régionale plus vaste pour se concentrer sur la gestion de la dissension dans leur pays.
« La consolidation du pouvoir politique a eu priorité vis-à-vis de la réévaluation et l’adaptation exigées par un environnement sécuritaire en évolution rapide, écrit-il dans un article du 14 juillet. L’effet est de compromettre la sécurité nationale. La fermeture des espaces pour ces voix limite la discussion précisément au moment où une évaluation plus vaste de la trajectoire de sécurité qui se détériore dans la région est le plus nécessaire. »
Le chercheur Nelson Baiye Mbu de Civicus déclare que le Burkina Faso a été ajouté à la liste de surveillance à cause de « la forte ampleur et intensité des mesures de l’État contre la société civile », notamment une loi de 2025 limitant la liberté d’association. Le déclassement du statut du pays n’était pas surprenant, dit-il : « Si vous observez la trajectoire, elle est très visible depuis 2023. »
De nombreux critiques et certains journalistes ont été arrêtés par des hommes masqués et se sont retrouvés en prison. D’autres ont été enrôlés de force dans l’armée et envoyés au front pour se battre contre les terroristes.
L’une des plus récentes cibles du président Ibrahim Traoré est l’imam influent Mohamad Ishaq Kindo, qui a été interpellé à la fin mai et amené dans un lieu inconnu après avoir critiqué publiquement un projet de loi visant à réglementer l’exercice de la liberté religieuse, dans un pays où plus de 60 % des résidents sont musulmans. Après s’être réunis pour exiger la libération du Dr Kindo, une centaine environ de ses adeptes ont été envoyés dans un camp militaire pour ce que les responsables ont appelé une « formation civique ».
Un allié du Dr Kindo a déclaré à l’Agence France-Presse en juin : « La terreur a atteint son point culminant. Enlever brutalement un chef religieux et empêcher les fidèles de se réunir pour prier en lançant des grenades lacrymogènes, même à l’intérieur de la mosquée, est tout à fait exagéré. »
Il a ajouté : « Ce que ce régime fait subir au peuple est insupportable, le tout sous le prétexte de lutter contre le terrorisme, alors que nous ne pouvons même pas constater un résultat quelconque. »
Comme au Burkina Faso, la sécurité se détériore dans tout le Sahel, alors que les groupes militants enregistrent des gains territoriaux sans précédent et lancent davantage d’attaques coordonnées et sophistiquées visant les trois gouvernements militaires.
Quelques jours après le troisième anniversaire du coup d’État militaire au Niger, Human Rights Watch a déclaré que la junte avait démantelé les institutions démocratiques et intensifié la répression pour resserrer son étau sur le pouvoir, alors que les incidents de sécurité, les décès et les attaques des groupes terroristes sont en hausse.
L’ancien ambassadeur nigérien Mamadou Kiari Liman-Tinguiri a déclaré à Radio France Internationale pour un article du 27 juillet : « Il existe une compression extrême de l’espace civil au Niger. La liberté d’expression a été complètement supprimée. Les décisions judiciaires ont été bafouées, les organisations non gouvernementales ont été dissoutes et soumises à un système de contrôle sans précédent. »
« En bref, c’est un régime autoritaire. C’est la réalité. »
Au Mali, les groupes terroristes ont collaboré avec les séparatistes touaregs pour menacer la junte chancelante en 2026. Le gouvernement a adopté une loi abrogeant les protections de base de la participation politique en 2025, ce qui a suscité une litanie de réprimandes internationales.
En mai 2026, la Fédération internationale pour les droits humains (FIDH) a demandé aux autorités maliennes de mettre fin à leur campagne de détentions arbitraires, disparitions forcées et actes d’intimidation ciblant les critiques du gouvernement. Drissa Traoré, secrétaire général de la FIDH, a déclaré le 7 mai : « Les autorités maliennes ne peuvent pas répondre à la crise croissante de sécurité par des enlèvements, des disparitions forcées et une incitation à la haine. La lutte contre le djihadisme ne peut pas être utilisée pour justifier le mépris de l’État de droit. »
Pour inverser la tendance de violence et de répression au Sahel, déclare le Dr Eizenga, les gouvernements dirigés par des juntes doivent rétablir les communications et la collaboration régionale avec leurs voisins d’Afrique occidentale.
« L’ampleur et la complexité croissantes de la menace indiquent le besoin de réponses plus exhaustives, et plus inclusives, que celles adoptées jusqu’à présent, écrit-il. L’inversion de ces tendance exigera une gamme plus vaste d’acteurs locaux, une coopération régionale plus robuste, un partage du renseignement plus efficace et des efforts intensifiés afin de mobiliser les ressources politiques, sociales et économiques nécessaires pour confronter une insurrection complexe. »
