Après plusieurs années de batailles perdues contre les forces militaires conjointes de la République démocratique du Congo et de l’Ouganda, la Province de l’État islamique en Afrique centrale (IS-CAP) a fait sa réapparition et lance des attaques dans les provinces du Nord-Est du Congo.
Tryphen Mabikinyambey, député provincial représentant la localité de Bafwasende, déclare que les combattants de l’IS-CAP ont récemment attaqué douze villages dans la commune de Bambodi, province de la Tshopo.
« Les rebelles se sentent chez eux là-bas. Ils sont tranquilles. Nous avons déjà signalé leur présence, mais il n’y a toujours pas de réponse appropriée de la part des autorités, a-t-il dit dans un article du 5 juin pour HumAngle Media. La population du groupe tribal est chassée. Il n’y a pas de réponse de la part des autorités nationales, provinciales ou locales. »
Les trois premières années de l’opération Shujaa, offensive militaire conjointe de la RDC et de l’Ouganda lancée en 2021, ont été marquées par des succès tactiques qui ont chassé les militants de leurs bastions dans la chaîne du Rwenzori et ont fait fortement baisser leurs activités dans la province congolaise du Nord-Kivu. À la fin 2024, la sécurité s’était améliorée suffisamment pour mettre fin aux couvre-feu dans certaines parties du « triangle de la mort » tristement célèbre entre les localités de Beni, Mbau et Kamango. L’IS-CAP, aussi connu sous le nom de Forces démocratiques alliées, s’était divisé en petits groupes qui s’étaient réfugiés ailleurs. Au début, les militants ont trouvé un havre au Nord, dans la province de l’Ituri, mais vers la fin 2025 l’IS-CAP était de retour et étendait sa portée vers la province voisine du Haut-Uele.
« Lorsqu’ils sont traqués, ils cherchent des lieux calmes. Et ces zones sont situées dans le territoire de Mambasa [Ituri] et à Bafwasende », déclare le député.
Les attaques de l’IS-CAP se sont intensifiées depuis octobre 2025 ; plus de 260 civils ont trouvé la mort et des milliers de familles ont été forcées à s’enfuir. Un rapport des Nations unies a condamné les massacres multiples et les crimes de guerre systématiques, notamment l’esclavage sexuel des femmes et des jeunes filles.
African Security Analysis, société indépendante de gestion des risques, déclare qu’IS-CAP ne se limite plus à agir dans ses zones traditionnelles d’influence du Nord-Kivu, de l’Ituri et du grand nombre de couloirs de forêts denses. Il examine une zone géographique plus vaste, notamment les lieux sujets à une présence militaire plus limitée et une gouvernance plus faible.
La société écrit dans une évaluation du 26 mai : « L’IS-CAP semble se disperser dans les lieux moins saturés où il peut retrouver sa liberté de mouvement, imposer la peur, accéder aux réseaux économiques et démontrer sa pertinence continue au sein de l’architecture de propagande d’Afrique centrale de l’État islamique. Un ennemi qui se disperse ne bat pas nécessairement en retraite. Dans le cas présent, l’IS-CAP évolue. »
Nirvaly Mooloo, chercheuse de l’Institut d’études de sécurité qui se spécialise dans l’Afrique centrale et le bassin du lac Tchad, déclare que les crimes de guerre et les abus omniprésents contre les civils exigent une réponse mieux coordonnée.
Elle écrit dans une analyse du 1er juin : L’IS-CAP « intensifie ses attaques contre les civils, étend sa portée géographique et expose les limites d’une stratégie militaire qui ne l’a pas affaibli. Malgré presque cinq années d’efforts congolais et ougandais conjoints dans le cadre de l’opération Shujaa, les zones où les combattants ont été chassés sont régulièrement infiltrées de nouveau en quelques semaines. »
Elle fait appel aux responsables politiques, administratifs, militaires et communautaires pour qu’ils œuvrent avec les acteurs de la société civile et traitent les doléances sécuritaires, sociales et de gouvernance qui encouragent le recrutement de l’IS-CAP. Bien que Shujaa ait enregistré d’importants succès militaires tout en unissant les gouvernements congolais et ougandais, elle pense que l’opération nécessite un rajustement stratégique.
« Premièrement, les zones affectées nécessitent une présence plus durable de l’État, en particulier les zones d’extraction minière et les couloirs de transport. Les objectifs primaires doivent être la perturbation des systèmes de taxation illicites, le renforcement de la protection des civils, le rétablissement de la sécurité et de la fourniture des services. ».
« Deuxièmement, la coopération régionale doit dépasser la coordination militaire pour inclure la perturbation des réseaux transfrontaliers qui soutiennent le groupe. »
