La Chine a refusé de signer un accord dont l’objet est d’améliorer les efforts de lutte contre la pêche illégale, non déclarée et non réglementée (INN). Le pays régit la flotte de pêche en eaux distantes la plus vaste du monde et il est le pire contrevenant mondial de la pêche illégale, selon l’Indice de risque de pêche INN.
Sept pays africains (Cameroun, Gambie, Ghana, Guinée, Liberia, République démocratique du Congo et Somalie) ont signé la Déclaration de Mombasa lors de la onzième Conférence Our Ocean au Kenya en juin. Les autres pays qui ont aussi signé incluent : Belgique, Chili, Corée du Sud, France, Panama, Papouasie-Nouvelle-Guinée, Pérou et République dominicaine.
L’accord soutient la Global Charter for Fisheries Transparency, qui vise à améliorer la gouvernance en modernisant les registres numériques des navires et publiant les licences de pêche, les autorisations, les accords d’accès et les affectations de quota. Il vise aussi à assurer que tous les vaisseaux de pêche industriels aient un identifiant unique de navire et recueillent des informations sur les propriétaires bénéficiaires des navires et les sociétés de pêche afin de cibler et tenir responsables les transgresseurs de la pêche illégale.
Emelia Arthur, ministre des Pêches du Ghana, a déclaré dans un reportage de l’Associated Press (AP) : « Dans mon pays, notre existence même dépend du poisson. Plus de 60 % de nos protéines animales proviennent du poisson et 10 % de notre population dépend de la chaîne de valeur de la pêche comme moyen de subsistance. »
Elle a ajouté que l’accord de Mombasa offre aux gouvernements des moyens de « lutter ensemble pour la transparence dans le secteur de la pêche ».
La conférence a été entachée par des affirmations selon lesquelles les représentants taïwanais n’avaient pas été autorisés à participer à cause de la pression chinoise exercée sur le Kenya. Bien que Taïwan soit autogouvernée, Pékin revendique l’île et interdit à ses partenaires diplomatiques de maintenir des liens officiels avec Taïwan ; la Chine a aussi une influence considérable sur le Kenya, en particulier à cause de l’endettement lié au Standard Gauge Railway [ligne à voie normale] construite par les Chinois.
Le Kenya dépense plus d’un milliard de dollars par an pour rembourser sa dette ferroviaire envers la Chine. Le plus gros créancier externe du Kenya est la Banque d’exportation et d’importation de Chine, qui détient des créances de 741 millions de dollars sur le principal, 222 millions en intérêts et 41 millions en pénalités pour l’année fiscale 2025-2026, a révélé l’auditrice générale kényane Nancy Gathungu dans un rapport de 2025.
Les navires chinois pêchent illégalement dans les eaux africaines depuis plusieurs dizaines d’années. Surtout à cause de la surexploitation illégale pratiquée par la Chine, l’Afrique de l’Ouest à elle seule perd un montant estimé à 9,4 milliards de dollars par an du fait de la pêche illégale et elle est considérée comme le point sensible mondial de la pêche INN. Entre 2015 et 2021, cinq pays (Afrique du Sud, Kenya, Madagascar, Mozambique et Tanzanie) ont perdu jusqu’à 142,8 milliards par an à cause de la pêche illégale de la crevette et du thon, selon le Fonds mondial pour la nature.
Les navires chinois commettent une multitude d’infractions de pêche, notamment le chalut de fond qui consiste à faire traîner un filet sur le sol marin, pour ramasser systématiquement toutes les espèces aquatiques. Cela tue les poissons juvéniles, conduit à la baisse des stocks de poissons et détruit les écosystèmes.
Les navires chinois pêchent aussi couramment et illégalement dans les zones économiques exclusives des pays et enfreignent les règles locales en s’inscrivant sur les registres de pêche africains pour battre un pavillon local. Ceci équivaut à battre « un pavillon de complaisance » et aide les propriétaires de navire à éviter les charges financières et autres règlements. La Déclaration de Mombasa vise à combattre toutes ces infractions.
Il est anticipé que les pays ayant signé la déclaration commenceront immédiatement à mettre en œuvre leurs engagements, et on s’attend à ce que d’autres gouvernements la signent, selon l’AP. Catherine Chabaud, ministre française déléguée à la Mer et à la Pêche, déclare que la coopération internationale est essentielle dans la lutte contre la pêche illégale.
Elle a dit dans un reportage de l’AP : « La transparence limitée concernant les propriétaires des navires, le suivi et les activités de pêche et les chaînes d’approvisionnement permettent à ces pratiques illégales de prospérer, ce qui rend essentiels un meilleur accès à des données de pêche fiables et des mécanismes de responsabilisation pour protéger les écosystèmes marins et les communautés qui en dépendent. »
Les groupes écologiques ont loué cet effort. Tony Long, président-directeur général de Global Fishing Watch, a déclaré que la pêche illégale continue à cause de la faiblesse de la supervision.
Il a dit dans un reportage de la chaîne d’actualité namibienne New Era Live : « Depuis trop longtemps, la pêche illégale est florissante dans l’obscurité. Lorsque les gouvernements s’engagent envers la transparence, ils créent un réseau interconnecté où les acteurs malveillants n’ont nulle part où se cacher. »
