Un spécialiste de la sécurité déclare que le groupe terroriste des Chebabs et d’autres organisations extrémistes apprennent à agir plus rapidement lorsqu’ils affinent leurs efforts de ciblage des communautés et des forces de sécurité.
L’expert en matière de sécurité Ibrahim Yanaya a déclaré aux dirigeants des services de renseignement de 70 pays lors d’une réunion d’avril 2026 au Kenya que les groupes militants liés à des mouvements terroristes changent leur modus operandi en adoptant de nouveaux points de pression qui pourraient affecter les pays de la région, y compris le Kenya.
Yanaya, directeur de projet adjoint à l’International Crisis Group, a dit que cette évolution est importante parce que les réseaux extrémistes continuent à chercher des moyens d’agir plus rapidement que les forces de sécurité, en gardant les défenseurs occupés et réactifs, selon un reportage du journal kényan The Star.
« Dans bien des cas, ces groupes décident le moment, le lieu et la méthode de l’attaque », a-t-il dit, en ajoutant que les forces de sécurité qui les opposent doivent continuer à se déplacer et à riposter, parfois après le début d’un incident.
Son avertissement est donné alors que les Chebabs continuent à accroître leur influence au-delà de la Somalie. Ils sont maintenant le plus grand, le plus riche et le plus létal affilié d’Al-Qaïda, avec des revenus annuels de plus de 150 millions de dollars, uniquement en Somalie, et en gouvernant le quart des chefs-lieux de district du pays par le biais d’un État fantôme efficace.
Le site d’actualité des forces des opérations spéciales SOF News déclare que les attaques apparemment isolées fournissent au cours des années une preuve de leur « portée géographique en hausse ». Ces incidents incluent le siège du centre commercial de Westgate au Kenya en 2013, l’attentat suicide de Djibouti en 2014 qui a pris pour cible le personnel militaire occidental, le massacre de 2015 à l’université kényane de Garissa, l’attaque de Manda Bay en 2020 contre les forces américaines et kényanes et l’incursion transfrontalière de 2022 qui a laissé jusqu’à 1.000 combattants incrustés au Sud de l’Éthiopie.
Yanaya déclare que la menace terroriste actuelle ne concerne pas seulement des attaques isolées. Selon lui, les groupes militants instituent des changements qui pourraient altérer l’image des conflits, notamment la façon dont ils exercent des pressions sur les pays et les communautés. Les groupes terroristes se concentrent de plus en plus sur les zones urbaines et commerciales. Dans le cadre de cette approche, des blocus sont imposés pour étouffer les communautés et interférer dans la vie quotidienne des habitants. Il dit que les groupes terroristes deviennent aussi davantage politiques et essaient de créer des alliances, selon The Star.
Ces nouvelles tactiques ne sont pas limitées aux Chebabs. Au Mali, l’organisation extrémiste Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans bloque l’alimentation en carburant du pays depuis la fin 2025, ce qui fait courir le risque de renversement du gouvernement de Bamako. L’embargo s’inscrit dans l’évolution de la stratégie de guerre économique du groupe, pour « démontrer à la population malienne que le gouvernement en place est incapable d’approvisionner ses citoyens ou de les protéger », déclare le Soufan Center, qui se focalise sur la sécurité globale, y compris le terrorisme.
« Il existe des inquiétudes croissantes selon lesquelles, si le Mali est renversé, il pourrait se produire un effet de domino pour d’autres gouvernements de la région, notamment au Burkina Faso et/au Niger, ce qui fait craindre que cet élan ne fasse avancer les djihadistes sur tout le littoral d’Afrique de l’Ouest », selon le Centre.
Au Somaliland, les Chebabs s’infiltrent discrètement dans la population depuis des années, ce qui prépare à une rébellion, selon le site web d’actualité Pan African Visions. Aujourd’hui, cette infiltration discrète « n’est plus une question de conjecture », indique le site.
Pan African Visions a publié le reportage suivant à la fin avril 2026 : « Dans une vidéo de propagande récemment diffusée, le commandant Abdi Madoobe du groupe djihadiste notoire des Chebabs est filmé en train de présider à la remise de diplôme pour des centaines de miliciens sous ses ordres. L’imagerie du chef d’un groupe djihadiste ouvertement en train d’entraîner ses forces à peu de distance d’une ville majeure représente l’érosion directe et sans précédent de la protection de sécurité de longue date au Somaliland. »
Les chercheurs disent que l’Amniyat, service de renseignement des Chebabs, exploite depuis des années les disputes de clan, en militarisant les doléances locales. « En s’incrustant en tant qu’outils politiques et économiques au sein de la dynamique des clans, les agents djihadistes rongent la confiance depuis l’intérieur », déclare le site web.
Des rapports régulièrement publiés en 2026 indiquent les activités de haut niveau des Chebabs en Somalie et ailleurs. À la fin avril 2026, la mission de soutien et stabilisation de l’Union africaine en Somalie (AUSSOM) et les Forces armées somaliennes ont capturé un commandant chebab de haut rang lors d’une opération conjointe dans le Sud du pays. La mission déclare que le suspect, identifié du nom de Salaad Cusmaan Macalin, a été capturé alors qu’il explorait des positions défensives en préparation à une attaque.
« Les résultats de l’interrogation initiale indiquent que l’un de ses associés, identifié par le nom d’Ismaaciil, est un ressortissant kényan qui s’est porté volontaire pour une mission kamikaze dans le cadre d’une attaque planifiée », déclare l’AUSSOM, selon un rapport de Hiiraan Online, un site web d’actualité dans la Corne de l’Afrique.
Le commandant Salaad était accompagné d’un groupe de combattants, notamment 17 militants étrangers provenant du centre de commandement des Chebabs à Jilib, selon l’AUSSOM. Hiiraan signale que les chefs locaux et les communautés sont exhortés à soutenir activement les forces de sécurité pour contrer les menaces terroristes et renforcer la stabilité en Somalie.
Pan African Visions déclare : « Pour les Chebabs, les conflits ne sont pas seulement une idéologie. L’organisation fonctionne comme une société profondément corrompue, imbriquée dans des écosystèmes politiques et économiques pour se financer et enrichir ses élites. »
Les chercheurs disent que l’évolution des tactiques des terroristes rend vulnérables les zones urbaines majeures. Pour le Kenya et les autres pays, déclare M. Yanaya, on craint la façon dont ces nouvelles tactiques pourraient se manifester sur les couloirs clés et dans les localités où les forces de sécurité doivent équilibrer leurs multiples responsabilités.
Il dit que, selon les scénarios les plus graves, les militants pourraient trouver des moyens de cibler les villes pour obtenir des points d’appui cruciaux. Les gouvernements régionaux ne peuvent pas répondre seuls à la menace. « Une coopération est nécessaire par le biais de mécanismes tels que l’Union africaine, ainsi qu’avec la mise en commun continuelle du renseignement et la coordination avec les voisins et les partenaires internationaux. »
