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    La Connexion Entre Le Crime Et Le Terrorisme

    Les Terroristes S’associent Aux Groupes Criminels Organisés Pour Le Profit Et L’accès Au Territoire
    ADFBy ADF4 mai 2026Updated:1 juin 202612 Mins Read
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    Dans ce qui a été décrit comme la première opération de ce type ciblant la façon dont le crime finance le terrorisme, les autorités œuvrant avec Interpol et Afripol ont arrêté 83 personnes dans 6 pays africains.

    Les responsables ont conçu l’opération Catalyst, révélée à la fin 2025, pour identifier et perturber les réseaux financiers liés au terrorisme. Interpol a procédé à 21 arrestations pour des crimes connectés au terrorisme, 28 arrestations pour fraude financière et blanchiment d’argent, 16 pour des arnaques cyber et 18 pour l’emploi illégal des cryptomonnaies.

    Interpol a noté que le suivi du financement terroriste est une tâche particulièrement complexe concernant des crimes tels que la fraude, les enlèvements contre rançon, le commerce illégal, les arnaques en ligne, les systèmes de Ponzi et le mauvais usage des biens crypto.

    Selon Interpol, « ces activités illégales peuvent être liées au financement du terrorisme directement, lorsque les groupes terroristes reçoivent des fonds par ces combines, ou indirectement par le biais du blanchiment d’argent ou des réseaux intermédiaires. Ces connexions mettent en lumière comment des formes différentes de crime sont de plus en plus imbriquées. »

    Les chercheurs étudient depuis des années les liens entre le terrorisme et le crime organisé. En principe, ils ne semblent pas avoir d’objectifs communs. En général, les groupes terroristes revendiquent un raisonnement idéologique, religieux ou politique pour justifier leurs attaques. Les groupes criminels organisés trafiquent les drogues, enlèvent les personnes et conduisent des opérations d’extorsion et de contrebande pour gagner de l’argent, sans idéologie sous-jacente. Mais les autorités et les experts déclarent que les terroristes et les criminels africains travaillent ensemble en « connexion ».

    Des tranchées entourent Monguno (Nigeria) pour le protéger contre les incursions terroristes de Boko Haram. L’armée nigériane régit 12 points de contrôle à Monguno.  AFP/GETTY IMAGES

    Un journal britannique appelé Stability déclare que la connexion entre le crime et le terrorisme possède trois étapes : la coexistence, lorsque les deux groupes sont actifs dans le même lieu mais avec des interactions limitées ; la coopération, lorsqu’ils collaborent grâce à des intérêts alignés ; et la convergence, lorsque les deux groupes fusionnent.

    La connexion crime-terreur peut évoluer au point où chaque groupe commence à employer les méthodes, le personnel et les routes de déplacement de l’autre, selon un rapport de 2025 publié dans l’International Journal of Police Science par les Drs John Sullivan et Irina Chindea.

    L’étude montre qu’au cours du temps les relations entre les terroristes et les criminels ont évolué depuis la simple coexistence jusqu’à la coopération active, avec des tactiques, un financement et des réseaux communs. Les pays découvrent que leurs stratégies de collecte de renseignement ne peuvent plus s’inscrire dans les catégories traditionnelles de crime et de terrorisme.

    Les Nations unies font le suivi des liens entre le crime organisé et le terrorisme par l’intermédiaire de l’Institut interrégional des Nations unies sur la criminalité et la justice. Cet institut fondé en 1968 avait pour objectif initial de rechercher la prévention des crimes et la justice criminelle. L’institut note : « En Afrique, une menace croissante apparaît : les liens complexes entre le crime organisé et le terrorisme. Les interconnexions néfastes entre ces phénomènes mettent en péril la paix, la sécurité et le développement socio-économique, en sapant la stabilité politique et la résilience communautaire. »

    Dans les pays africains, les extrémistes prennent le contrôle des zones rurales distantes et non protégées, en extorquant des impôts en échange de la protection et des services de base tels que les routes et l’accès à la nourriture. Ces terroristes ont appris à travailler avec les criminels pour obtenir ce qu’ils veulent.

    La coopération entre les groupes terroristes tels que Boko Haram et le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM) et le crime organisé en Afrique « a tendance à être pragmatique et asymétrique, et elle prend certainement des formes différentes, déclare à ADF le Dr Sergio Altuna, associé de recherche principal pour le Programme sur l’extrémisme à l’université George Washington.

    Les victimes déplacées par Boko Haram dans un campement de Maiduguri (Nigeria) participent à un atelier de formation de sécurité sur la façon d’identifier les engins explosifs improvisés. REUTERS

    « Boko Haram et le GSIM sont les deux organisations terroristes principales présentes. Elles emploient toutes les deux des tactiques de contrôle rural, ce qui veut dire qu’elles remplacent le gouvernement dans les lieux où le gouvernement n’a pas de légitimité ou de présence. Il s’agit de vastes étendues de territoire. »

    Le Dr Altuna déclare que ces terroristes perçoivent des impôts et des droits de protection dans les zones qui sont distantes et en grande mesure non gouvernées.

    Les extrémistes et les criminels ont développé « une capacité croissante de perturbation économique transfrontalière, qui inclut les enlèvements pour obtenir directement des fonds », déclare le Dr Altuna.

    Le résultat de cette connexion terreur-crime n’est pas un substitut pour une gouvernance réelle, dit-il. « Elle n’est pas un représentant légitime de la population, elle est religieusement illégitime et elle est aussi incapable de fournir les nécessités les plus basiques de la population, y compris bien sûr le carburant, et elle perturbe le fonctionnement normal des écoles ou des systèmes publics. »

    Le Center for Strategic and International Studies (CSIS) qualifie les cartels et autres groupes criminels d’organisations criminelles transnationales (TCO). Le CSIS classifie les extrémistes politiques et religieux d’organisations terroristes étrangères (FTO).

    Le CSIS a déclaré dans un rapport d’octobre 2025 : « La principale différence entre les FTO et les TCO est le fait que les FTO poursuivent par définition des objectifs politiques, tandis que les TCO sont idéologiquement plus agnostiques et principalement motivées par les profits. » Il note que dans certaines régions du monde, au cours des vingt dernières années, les « réalités opérationnelles » des organisations terroristes et des organisations criminelles transnationales ont fusionné « au point de perdre leur distinction ».

    Un membre de la famille pleure la mort des victimes de l’attaque terroriste de Boko Haram à Babban Gide (Nigeria). Environ 150 terroristes montés sur moto et armés de fusils et de roquettes ont attaqué. AFP/GETTY IMAGES

    L’ONU déclare que les criminels et les terroristes s’enseignent mutuellement. Les terroristes utilisent les groupes criminels organisés comme source d’argent et profitent de l’expérience criminelle des gens qu’ils recrutent. Les groupes du crime organisé peuvent adopter les techniques, tactiques et chaînes d’approvisionnement des terroristes.

    « La violence extrême est l’un des mécanismes visant à affaiblir l’état et préparer l’habilitation des divers réseaux criminels », indiquent les Drs Sullivan et Chindea. Ils disent que les activités quotidiennes de certains groupes terroristes « ressemblent étroitement aux activités couramment liées au crime organisé ». Les terroristes sont connus pour enlever les gens, pratiquer le commerce des artefacts, passer les armes en contrebande, prendre d’assaut les banques, usines et autres structures, extorquer et intimider, et participer à la prostitution et la traite humaine.

    Le reportage du Journal montre que les racines de la connexion incluent l’interaction des réseaux criminels et terroristes dans les prisons. Les criminels sont attirés par les récits des terroristes pour justifier leurs crimes et peuvent trouver utiles les aptitudes des terroristes. Les stigmates des antécédents terroristes peuvent compliquer la réintégration sociale et faire de la criminalité une entreprise alternative pour les ex-prisonniers, selon les auteurs.

    LA TOXICOMANIE AUGMENTE

    De même que dans d’autres régions du monde, les problèmes du Sahel concernant la gouvernance, la sécurité et la pauvreté l’ont rendu vulnérable aux drogues. Les jeunes gens désillusionés se sont tournés vers les drogues peu coûteuses telles que le tramadol et autres opioïdes synthétiques, selon l’Institut pour les études de sécurité (ISS). Les drogues sont une filière de revenu pour le crime organisé tout en rendant les jeunes vulnérables au recrutement par les réseaux criminels. À leur tour, les terroristes tels que ceux de Boko Haram et du GSIM taxent les routes de contrebande de drogue pour financer leurs activités. Puisque les réseaux terroristes et criminels partagent les routes de contrebande, la démarcation entre les motivations idéologiques et celles poussées par les profits ne fait que disparaître.

    Le Bureau national du renseignement et la Commission de contrôle des narcotiques du Ghana détruisent la cocaïne saisie, d’une valeur de plusieurs millions de dollars, à Accra en juin 2025. REUTERS

    L’Atlantic Council avertit que les liens de distribution de drogue entre le crime organisé et les terroristes peuvent provoquer un « narcoterrorisme à une échelle jusqu’alors inconnue et l’enracinement des partenariats entre les contrebandiers de drogue et les groupes terroristes de mieux en mieux financés ». Le Council note que, même lorsque les groupes terroristes ne gèrent pas directement le trafic de drogue, « ils peuvent être bénéficiaires des routes et en facilitant les opérations des contrebandiers dans les territoires qu’ils contrôlent ».

    Une autre conséquence sinistre de la connexion entre le terrorisme et la criminalité est la prolifération des armes en Afrique. Le terrorisme dépend des armes, aussi l’interaction entre les deux groupes serait presque inévitable. Initialement utilisateurs d’armes, les terroristes sont devenus de vrais partenaires pour les revendre. Les armes légères et de petit calibre sont devenues « une marchandise de trafic lucrative soulignant la connexion entre le terrorisme et le crime transnational organisé », selon le Global Counterterrorism Forum. Les terroristes et les marchands d’armes d’Afrique tirent profit des frontières poreuses et d’une présence policière limitée pour transporter les armes à travers les frontières.

    Adedeji Ebo, chef adjoint du désarmement de l’ONU, déclare que, malgré les mesures visant à renforcer le contrôle des armes, plus d’un milliard d’armes à feu circulent dans le monde, pour soutenir les conflits, le terrorisme et les réseaux criminels dans de multiples régions. « Les armes détournées des entrepôts nationaux, ou en tout point de la chaîne d’approvisionnement, pourraient se retrouver entre les mains des groupes armés non étatiques. »

    « Le commerce illicite et la mauvaise utilisation des armes légères et de petit calibre alimentent la violence, le terrorisme et le crime organisé », a-t-il dit, selon un rapport onusien de novembre 2025. Une base de données d’Interpol contient plus de 2 millions d’archives d’armes perdues, volées ou trafiquées, à l’appui des opérations multinationales « qui ont saisi des milliers d’armes à feu et démantelé des réseaux liés au terrorisme, au trafic et à l’extraction minière illégale », selon le rapport.

    DES RESSOURCES, PAS DES LOIS

    La crise du crime organisé et du terrorisme au Sahel n’est pas le produit d’une insuffisance de loi ou de législation ; elle est due à la capacité limitée de la région pour mettre en application ses propres règles, selon l’ISS. « Les vastes aires non gouvernées, les conditions socio-économiques qui engendrent la corruption et l’insécurité prolongée permettent aux économies illicites de prospérer. »

    Les soldats nigérians assemblent leur fusil d’assaut lors d’une formation à Monguno, dans l’État de Borno. Le Nigeria a été sujet récemment à une hausse du nombre d’attaques contre les bases militaires par les terroristes. AFP/GETTY IMAGES

    Le processus de Nouakchott de 2013 de l’Union africaine a établi un mécanisme de coopération pour améliorer la mise en commun du renseignement et la coopération en matière de sécurité au Sahel et dans d’autres régions afin de contrecarrer le terrorisme et le crime transnational organisé. Le processus inclut l’Algérie, le Burkina Faso, la Côte d’Ivoire, la Guinée, la Libye, le Mali, la Mauritanie, le Niger, le Nigeria, le Sénégal et le Tchad, diverses structures de l’UA, les communautés économiques régionales et l’ONU.

    L’ISS déclare que la réactivation du processus de Nouakchott pourrait être un outil utile, mais seulement si l’UA le met en application. Selon l’institut, le succès dépend de « la maîtrise du manque de confiance, la mise en commun du renseignement, la mise en œuvre des patrouilles frontalières jointes et la focalisation sur les enclaves criminelles et extrémistes. »

    Pour encourager la coopération policière internationale, Interpol fusionne les combats contre le terrorisme et le crime organisé. Dans un résumé de 2025 des recommandations de police, Interpol inclut « le renforcement des contrôles frontaliers avec les partenaires régionaux et internationaux pour perturber les mouvements des biens illicites, des clandestins et des terroristes présumés ».

    Le Conseil de sécurité de l’ONU joue un rôle critique pour soutenir les initiatives de contre-terrorisme de l’UA. La vice-secrétaire générale Amina Mohammed déclare que les terroristes essaient d’accroître leur influence dans d’autres régions du continent, notamment au Togo et en Côte d’Ivoire.

    Elle a dit lors d’une réunion de l’ONU au début 2025 : « Ne soyons pas dupes. À cette allure, l’avenir est en jeu en Afrique de l’Ouest. La marginalisation des jeunes, à laquelle s’ajoute un taux de chômage qui monte en flèche, a laissé toute une génération vulnérable face aux groupes extrémistes. Si nous n’agissons pas, nous risquons de perdre cette génération aux horreurs du terrorisme, leur avenir dérobé avant même qu’ils aient une chance de commencer. »

    Les menaces modernes sur la sécurité incluent « les cartels criminels, les bandes, les mafias, les insurgés et les terroristes » actifs à l’échelle mondiale avec des caractéristiques locales distinctes, déclarent les Drs Sullivan et Chindea dans leur rapport de 2025. Réunir et partager les informations est crucial pour stopper la connexion entre le terrorisme et la criminalité. Ces informations doivent être distribuées auprès d’une série d’acteurs mondiaux, notamment les polices métropolitaines, les polices nationales et les agences de renseignement, les autorités de santé pour les événements biologiques, et les agences de défense civile, en particulier les services d’incendie et de santé.

    Ils concluent que le renseignement sur le contre-terrorisme doit être élargi pour inclure les efforts visant à « adresser le crime transnational organisé et les bandes afin d’obtenir un soutien de renseignement efficace pour la connexion entre la criminalité et la terreur ».  

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