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Un nouveau projet de transparence aide le Sénégal à combattre la pêche illégale

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PERSONNEL D’ADF

L’Environmental Justice Foundation (EJF, Fondation pour la justice environnementale) et une société d’analyse de renseignements de pêche se sont jointes au gouvernement du Sénégal dans un nouveau programme axé sur la promotion de la transparence parmi les pêcheries et sur l’élimination de la pêche illégale dans le pays.

Financé par Oceans 5 (organisme philanthropique engagé dans la protection des océans du monde), ce projet de trois ans avec l’EJF et Trygg Mat Tracking (TMT), d’un coût de près de 1,2 million de dollars, vise à publier en ligne des listes de licences de pêche et des registres de vaisseaux actualisés. Il permettra aussi aux pêcheurs artisanaux de jouer un rôle dans les efforts de surveillance et de contrôle au port de Dakar, ainsi que dans les processus de prise de décision du gouvernement liés à la pêche.

Plus de 30 navires industriels ont été accusés de pêche illégale au Sénégal l’an dernier, selon la fondation. L’une des composantes du projet vise à permettre aux parties prenantes des communautés de pêche du pays à documenter les activités de pêche suspectes.

Steve Trent, président-directeur général et fondateur de l’EJF, a déclaré à ADF dans un e-mail : « Contrairement à certains autres pays côtiers de la région, le Sénégal possède une expérience en surveillance participative, et ses autorités reconnaissent son importance. Les petits pêcheurs et les unités locales de surveillance travaillent de concert pour empêcher, dissuader et éliminer la pêche illégale, non déclarée et non réglementée (IUU). Ces efforts font face à des limitations opérationnelles, techniques et financières que le projet aidera à surmonter. »

Les activités de pêche fournissent plus de 600.000 emplois dans le pays, et près de 75 % des protéines d’origine animale consommées au Sénégal proviennent des poissons. Mais 90 % des pêcheries du pays sont pleinement exploitées ou affrontent l’effondrement, selon des données recueillies par la fondation et les Nations unies.

Comme dans d’autres régions d’Afrique de l’Ouest, les poissons du Sénégal sont pour la plupart exportés vers l’Asie et l’Europe, ordinairement sous forme de farine de poisson ou d’huile de poisson produite dans des usines chinoises qui polluent l’environnement. La Chine est le pire contrevenant au monde de la pêche IUU, selon la Global Initiative Against Transnational Organized Crime (Initiative mondiale contre la criminalité organisée transnationale).

Les pêcheurs artisanaux étaient furieux l’an dernier lorsque le ministère de la Pêche du Sénégal avait rejeté les applications de 52 chalutiers tout en fournissant des licences à trois vaisseaux de pêche de la flotte chinoise de Fu Yuan Yu, qui avaient été chassés des eaux de Djibouti par la Garde-Côtes en 2017 à cause de leurs activités de pêche suspectes. Cette information avait été obtenue seulement après une investigation qui avait été rendue difficile et longue par le manque de transparence du gouvernement, selon l’EJF.

Les restrictions du Covid-19 concernant les réunions publiques ont pu exacerber la situation, selon l’e-mail de Yann Yvergniaux, analyste principal chez TMT, envoyé à ADF. Il ajoute que le gouvernement du Sénégal a fait des efforts pour promouvoir la transparence dans ses pêcheries au cours des dernières années.

« Après un examen de la loi sénégalaise sur les pêcheries en 2015, le gouvernement a établi un comité d’évaluation chargé d’examiner les applications de licence par les navires industriels, dit-il. Dans le cadre du projet [en cours], TMT soutiendra ce comité grâce à l’examen des procédures, des renseignements soutenant les processus de vérification, ainsi qu’une formation sur les méthodes de contrôle des antécédents » et autres processus.

Le gouvernement du Sénégal comprend l’importance de l’élimination de la pêche IUU grâce à une transparence améliorée et des mesures de mise en application, et accueille le nouveau projet, déclare Mactar Diallo, secrétaire général du ministère des Pêcheries et de l’Économie maritime, dans un rapport de Sénégal Black Rainbow.

Diallo déclare que les propriétaires des vaisseaux de pêche pourraient devoir payer des amendes de près de 1,8 million de dollars liées aux activités de pêche illégales.

« En cas de récidive, nous pouvons aller jusqu’à la confiscation du navire », dit-il.

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