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Le major-général Abdiweli Jama Gorod a été nommé chef des Forces de défense (CDF) de la Somalie en 2017. Il s’est entretenu avec ADF lors de la Conférence au sommet des forces terrestres africaines en 2018 à Abuja au Nigeria pour parler de sa carrière, de ses efforts pour reconstruire l’Armée nationale somalienne (SNA) et du fait que, selon lui, le moment est finalement venu pour vaincre l’extrémisme dans le pays. L’entretien a été traduit du somalien et il a été modifié pour l’adapter à ce format.

ADF : Pouvez-vous nous parler un peu de votre carrière ?

Major-général Gorod : J’ai rejoint les forces armées en 1975, dans l’Armée de l’air nationale somalienne. J’ai reçu une formation de pilote d’avion transporteur. Depuis, j’ai travaillé dans diverses sections de l’Armée nationale somalienne et différentes agences du gouvernement. J’ai travaillé dans les secteurs politique et militaire. Je ne briguais pas et ne souhaitais pas assumer une position plus haute, mais mon expérience et mon expertise m’ont permis de revenir et d’aider le pays. J’ai l’opportunité de servir l’état en tant que chef de la défense. C’est aussi la première fois dans l’histoire de la Somalie qu’un ancien officier de l’Armée de l’air est devenu CDF.

Le major-général Abdiweli Jama Gorod inspecte une garde d’honneur au quartier général de la Mission de l’Union africaine en Somalie à Mogadiscio. AMISOM

ADF : L’Armée nationale somalienne est en cours de reconstruction à partir de zéro. Pouvez-vous décrire ce processus et indiquer quelle est la situation aujourd’hui ?

Major-général Gorod : La SNA est sujette à un processus de reconstruction par étapes. Elle n’est pas complètement construite. Actuellement, nous éprouvons quelques difficultés. Notre plus grand défi est probablement d’avoir des bases militaires et des casernes où les officiers sont postés. Nous n’avons pas ça et nous n’en avons pas les ressources. Nous ne sommes pas équipés. Nous cherchons des partenaires et des donateurs pour aider à investir dans la SNA. Nous sommes désireux d’aider la SNA à se développer grâce à des partenariats avec différents pays. Nous voulons utiliser cette aide pour avoir notre propre force armée permanente, constituée de Somaliens.

ADF : La Somalie a reçu une formation de plusieurs sources. Qu’est-ce qui a été le plus utile et comment cette formation a-t-elle été transférée au champ de bataille en termes de disponibilité ?

Major-général Gorod : Tous les partenaires étrangers qui nous ont formé, y compris la Turquie, les Émirats arabes unis, la mission de formation de l’Union européenne, les États-Unis et le Royaume-Uni, tout cela aide l’Armée somalienne. Mais en ce qui concerne le combat et la guerre, le seul personnel qui fait vraiment la guerre est celui des forces spéciales, et ils ont été formés par les USA. Ils obtiennent en fait de bons résultats. Ils sont appelés Danab en somalien, ce qui veut dire « éclair ».

ADF : Est-il possible de prédire quand la SNA sera prête à assumer la responsabilité complète de la sécurité dans le pays ?

Major-général Gorod : Quoi qu’il nous en coûte, nous prévoyons d’assumer la responsabilité. Quelles que soient nos capacités, nous ferons tout pour être prêts.

ADF : Comment décririez-vous la puissance actuelle d’al-Shebab ?

Major-général Gorod : Je n’ai pas les chiffres exacts mais nous estimons que leur nombre est faible. Ils sont mobiles ; ils se déplacent. Notre service de renseignement militaire n’a pas la capacité nécessaire pour tracer exactement où ils sont. Nous recherchons des partenaires pour nous aider à obtenir une capacité de renseignement militaire. Cela est un point faible de l’armée.

ADF : Des succès ont-ils été obtenus pour mettre fin à leurs sources de financement ?

Major-général Gorod : Ils perçoivent toujours des taxes aux barrages routiers. Ils volent les gens dans les zones rurales ; ils les menacent et leur chargent de lourds impôts. Mais la vente du charbon, qui était une source majeure de financement, a été arrêtée. Cela les a affectés sur le plan financier.

ADF : Al-Shebab a la réputation de pouvoir recruter les gens en Somalie et dans la région d’Afrique de l’Est, ainsi qu’en Amérique du Nord et en Europe. Que peut-on faire pour contrer leur rhétorique et discréditer leur propagande ?

Major-général Gorod : La première question à poser, c’est « Qui est al-Shebab ? » Quelles sont ses composantes ? D’où sont-ils venus ? Quels types d’individus sont-ils ? » Selon moi, il y a trois types principaux de membres d’al-Shebab. Le premier est l’élément étranger ; le second s’est joint parce qu’il est avide de pouvoir ; le troisième à cause des incitations, c’est-à-dire l’argent. Nous avons des contre-arguments pour communiquer avec les jeunes. Nous essayons de tendre le bras aux jeunes, en leur disant de soutenir le gouvernement au lieu de suivre cette voie. Mais il y a un manque d’emplois, et c’est un facteur important qui pousse les jeunes à suivre cette voie. Nous avons donc des stratégies différentes contre al-Shebab. À ceux qui sont avides de pouvoir, le président a offert une amnistie, pour qu’ils déposent leurs armes et rejoignent le gouvernement sans punition. Les éléments étrangers ne peuvent pas être réformés. Ils doivent être tués ou capturés.

Des officiers militaires somaliens participent à un programme de formation offert par les Émirats arabes unis à Mogadiscio. REUTERS

ADF : Comment la SNA travaille-t-elle avec la Mission de l’Union africaine en Somalie (AMISOM) ?

Major-général Gorod : Nous travaillons avec l’AMISOM. Les écarts se réduisent ; nous exécutons maintenant des opérations conjointes, y compris à Buulo Mareer au Sud de la Somalie, où nous avons éliminé 70 militants d’al-Shebab. C’était un succès majeur pour le travail d’équipe de la SNA et l’AMISOM. Mais cela est difficile. Il y a eu pendant quelque temps un manque de coordination du commandement et du contrôle. Lorsque les soldats d’un pays contributeur conduisent des opérations, ils ne passent pas directement par le commandant de secteur de l’AMISOM. Ils envoient la directive de lancement des opérations à leur pays d’origine. Donc au lieu d’une prise de décision faite par un représentant de l’AMISOM en Somalie, c’est fait de cette façon. Les opérations en sont retardées et cela n’est pas efficace. Chaque pays veut obtenir l’approbation de son ministre de la défense.

ADF : Quelle serait votre définition du succès pour vraiment faire bien démarrer la SNA ?

Major-général Gorod : Le succès dépend entièrement des partenaires internationaux. S’ils investissent dans le secteur de la sécurité de la Somalie, s’ils investissent dans la SNA, les choses changeront. Si cela se produit, en deux ans des résultats seront obtenus et nous pourrons éliminer al-Shebab.

ADF : En laissant de côté les investissements pour le moment, qu’aimeriez-vous voir en termes de qualité de la force de combat et de professionnalisme de la SNA dans quelques années ? Sur quoi concentrez-vous vos efforts pour obtenir des améliorations ?

Major-général Gorod : Le moral de la population est actuellement très bon et ils soutiennent le gouvernement. Ce n’était pas le cas il y a quelques années. Pour gagner les cœurs et les esprits, vous avez l’opportunité d’éliminer ces extrémistes violents. Maintenant, nous avons le soutien des forces armées et le peuple soutient le gouvernement. Le chemin que nous suivons, les programmes de formation que nous avons mis en œuvre, notre cadence : l’avenir est prometteur. Le moment est venu de saisir l’opportunité. Nous avons investi dans nos propres programmes de formation. Ils sont limités, mais nous continuerons à faire cela. Et nous commençons à voir des gens qui complètent ces programmes de formation et assument des rôles de leader.

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