Alors que 2025 prenait fin, quatre régions africaines continuaient à souffrir des menaces terroristes : le Sahel, notamment le Burkina Faso, le Mali et le Niger ; le bassin du lac Tchad, en particulier le Nord du Nigeria et le Cameroun ; la province du Cabo Delgado dans le Nord du Mozambique ; la Somalie.
Un mélange toxique d’affiliés d’Al-Qaïda et de l’État islamique (Daech) a émergé et s’est propagé au cours des quinze dernières années. Les attaques au Sahel ont augmenté considérablement, alors que les terroristes menacent, et parfois franchissent, les frontières des pays du littoral tels que le Bénin et le Togo.
En Afrique de l’Est, les forces somaliennes et internationales soutenues par l’Union africaine combattent la violence des terroristes chebabs. Plus au Sud, les terroristes affiliés à Daech ont survécu à la mission de trois ans de la Communauté de développement d’Afrique australe au Mozambique, qui s’est retirée en juillet 2024. Les soldats rwandais y restent.
Les terroristes ont aussi changé leurs tactiques de champ de bataille. Certains groupes utilisent des entrepreneurs militaires privés djihadistes entraînés en Irak et en Syrie. Ils offrent le consulting, la formation et le soutien au combat pour gagner de l’argent et propager une idéologie toxique. Les terroristes utilisent aussi de plus en plus des drones pour faire concurrence aux capacités jadis réservées aux armées nationales. Le financement de cette technologie provient des divers réseaux internationaux et des connexions criminelles maintenues par les terroristes.

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L’INSTABILITÉ NOURRIT L’INSÉCURITÉ
Trois pays du Sahel (Burkina Faso, Mali et Niger) ont subi cinq coups d’État en moins de trois ans. Ils ont aussi constaté l’augmentation régulière des attaques terroristes et la propagation des groupes terroristes, en particulier le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM) et l’État islamique dans le Grand Sahara (EIGS). Les coups d’État étaient dus en grande mesure à la perception selon laquelle les gouvernements civils avaient échoué d’enrayer la montée du terrorisme. Maintenant, les juntes au pouvoir dans chaque pays sont défaillantes et les terroristes prennent le contrôle des routes cruciales, en avançant vers les capitales et menaçant les expéditions de carburant.
« Si les insurrections continuent à se renforcer au rythme actuel, elles seront bien placées pour chasser les gouvernements des centres de population », écrit Michael DeAngelo en mai 2025 pour le Foreign Policy Research Institute. « Ceci transformerait ces pays en états désintégrés et permettrait aux groupes djihadistes d’établir un état islamiste. »
Les attaques du GSIM et de l’EIGS au Sahel, 2020 à 2025
Alors que la gouvernance civile a cédé le pas au régime militaire au Burkina Faso, au Mali et au Niger, les attaques terroristes se sont intensifiées régulièrement. Les cartes ci-dessous montrent la prolifération des attaques conduites seulement par ces deux groupes majeurs.


LE TERRORISME SELON LA RÉGION
La liste ci-dessous indique les lieux où les terroristes sont les plus actifs et les groupes qui sont actifs dans chaque zone.
Le Sahel
Le groupe le plus meurtrier et le plus actif au Sahel est le GSIM, un rassemblement de groupes terroristes islamistes radicaux tels qu’Ansar Dine, le Front de libération du Macina et la Katiba Hanifa. Le GSIM est affilié à Al-Qaïda et est actif au Burkina Faso et au Mali. Ses 6.000 à 7.000 combattants sont blâmés pour 83 % de tous les morts du Sahel. Ils menacent de plus en plus les pays du littoral d’Afrique de l’Ouest.
L’autre acteur principal du terrorisme sahélien est l’EIGS. Ses 2.000 à 3.000 combattants sont surtout actifs dans le Nord du Burkina Faso et l’Ouest du Niger, selon un rapport du Centre d’études stratégiques de l’Afrique.
La Somalie
Ce pays de la Corne de l’Afrique continue sa lutte de plusieurs années contre les Chebabs alignés à Al-Qaïda, qui ont 5.000 à 10.000 combattants. Les 6.224 morts dus aux Chebabs pendant les douze mois prenant fin le 30 juin 2025 sont deux fois plus que les décès pendant la même période prenant fin en 2022. Daech en Somalie, actif surtout dans la région septentrionale du Pount, contribue aussi à l’insécurité. Il a environ 1.000 combattants et il est considéré comme un centre mondial pour les opérations administratives et financières de Daech.
Le bassin du lac Tchad
Boko Haram et la Province d’Afrique de l’Ouest de l’État islamique (PAOEI) sont blâmés pour 18 % des décès liés au terrorisme sur le continent. Bien que le nombre de décès ait baissé depuis le point culminant atteint il y a environ dix ans, les 3.982 morts recensés en 2024-2025 représentent une hausse de 7 % comparé à l’année précédente. À lui seul, le Nigeria a subi une hausse de 18 % du nombre de morts pendant cette même période. Boko Haram a environ 1.500 à 2.000 combattants et la PAOEI, 4.000 à 7.000.
Le Mozambique
La province du Cabo Delgado au Nord du Mozambique est l’un des plus récents théâtres terroristes sur le continent. Cela fait plus de huit ans que les terroristes ont commencé à se faire connaître avec des attaques. Le groupe lié à Daech s’appelle Ansar al-Sunnah (ou localement les Chebabs) et il a 200 à 300 combattants. Les troupes du Rwanda et de la Communauté de développement d’Afrique australe ont été rapidement déployées pour riposter à la menace. Il reste aujourd’hui des milliers de soldats et de policiers rwandais. Le conflit est en grande mesure alimenté par les doléances locales, selon un rapport d’octobre 2025 de l’Institut pour les études de sécurité.
Les 330 décès en 2024-2025 liés au groupe représentent une baisse de 84 % par rapport au point culminant atteint en 2021, mais la menace persiste.
COMMENT LES TERRORISTES FINANCENT LEURS ACTIVITÉS
Les méthodes de financement sont aussi variées que les groupes terroristes qui les emploient. Elles peuvent aller des petites combines d’extorsion au bord des routes jusqu’aux combines de cryptomonnaie, à la fraude et aux opérations de blanchiment d’argent.
Par exemple, on sait que le GSIM exploite et participe aux opérations artisanales aurifères, aux enlèvements contre rançon, au vol de bétail, aux extorsions sur les routes et aux points de contrôle, à la taxation et à l’exploitation des réseaux de trafic illégaux, selon un rapport de 2023 par la Global Initiative Against Transnational Organized Crime et le projet ACLED (Armed Conflict Location and Event Data).
Les Chebabs sont des chefs de file de la collecte de fonds. Ils recueillent des millions de dollars par an en percevant des taxes aux points de contrôle et auprès des entreprises, avec des montants qui sont comparables aux revenus officiels du gouvernement, selon Critical Threats. La Global Initiative estime que les revenus annuels du groupe excèdent 100 millions de dollars.
Daech-Somalie a généré au moins 100.000 dollars par mois grâce aux combines d’extorsion dans le Nord de la Somalie et à Mogadiscio au début 2023, selon un rapport des Nations unies. En 2024, on estime que ce montant avait atteint 360.000 dollars par mois grâce aux combines d’extorsion et de taxation. En général, le groupe extorque l’argent des importations, du bétail, de l’agriculture et des entreprises locales.
Boko Haram s’est appuyé sur les enlèvement contre rançon, mais il a aussi exploité la cryptomonnaie et d’autres technologies financières numériques pour gagner de l’argent. L’utilisation de ces plateformes anonymes et non réglementées permet au groupe d’obtenir de l’argent auprès des sources locales et internationales sans être détecté.
Les statistiques les plus dévastatrices du terrorisme concernent le nombre de personnes tuées ou blessées dans les attaques. Les groupes terroristes sont responsables pour plus de 150.000 décès sur le continent au cours des dix dernières années, y compris plus de 22.307 morts dus à ces groupes entre le 1er juillet 2024 et le 30 juin 2025, selon un rapport du Centre d’études stratégiques de l’Afrique (CESA). Ces morts représentent une augmentation de 60 % comparé à la période de 2020 à 2022.
Près de la moitié de tous les décès de 2024 à 2025 se sont produits au Sahel. La Somalie représentait environ le tiers des décès pendant cette période. Le Sahel, la Somalie et le bassin du lac Tchad représentaient 99 % des décès dus au terrorisme.
Le terrorisme et les troubles liés à ce dernier conduisent aussi au départ des personnes de chez eux pour échapper à la violence et aux menaces. En date de la mi-2025, le Burkina Faso, le Mali, le Niger et le Nigeria étaient quatre des cinq pays africains seulement qui avaient enregistré des augmentations du nombre de personnes déplacées au cours de l’année passée. Le Soudan, qui est en proie à une guerre civile, était le seul autre pays à constater une augmentation, selon le CESA.







