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    S’adapter Au Champ De Bataille Technique

    Les Forces d’opérations spéciales aspirent à innover, apprendre et évoluer dans un environnement qui change rapidement
    ADFBy ADF25 septembre 2026Updated:28 septembre 202610 Mins Read
    adf illustration
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    Pour les communications du champ de bataille, les forces d’opérations spéciales utilisent souvent la radio haute fréquence.

    Mais les Forces de défense du Kenya (KDF) ont découvert qu’elles ont un problème avec cet outil vital. Au fil des ans, le Kenya a acquis des appareils fournis par tout un éventail de fabricants, tels que Motorola, Hytera et Harris. Ces radios sont efficaces mais elles ne sont pas interopérables. Elles emploient un cryptage différent et utilisent des longueur d’onde différentes à des fréquences différentes.

    Heureusement, les KDF ont leur propre laboratoire pour élaborer des solutions. Le Centre de maintenance et d’innovation des systèmes de communication et d’information (CISMIC) créé en 2021 développe et répare le matériel électronique et les logiciels pour les forces armées. Il a été chargé de résoudre le problème.

    Le colonel Stephen Kinyanjui, directeur du CISMIC, déclare à ADF : « Le but est d’assurer que nos troupes soient sécurisées sur le terrain. Pour que toute communication entre elles ne soit pas interceptée par un adversaire, et que nous ne finissions pas par avoir des victimes parce que nous ne communiquions pas de façon non sécurisée. »

    La solution qu’ils ont développée s’appelle « Gate Bridge ». Cet outil peut traiter le signal émis par un appareil, le crypter et l’envoyer vers l’appareil suivant de façon protégée et compatible. Les techniciens des KDF ont conçu et construit l’outil à l’aide de pièces localement disponibles et de la propriété intellectuelle qui leur appartient.

    Les membres du 93ème bataillon des forces spéciales de Tanzanie s’entraînent aux combats rapprochés.

    Le colonel Kinyanjui déclare qu’il est important pour les KDF de trouver une solution locale, pour que le Kenya n’ait pas besoin de compter sur des donneurs et des fabricants étrangers.

    « Lorsque vous le faites vous-même, le soutien et la maintenance sont intégrés pour vous et vous formez vos propres équipes, vous assurez la durabilité de la solution. »

    Le Kenya suit ce modèle à mesure qu’il développe la technologie pour protéger les soldats du champ de bataille. Les techniciens militaires mettent à l’essai des dispositifs pour contrer les EEI, des systèmes satellitaires et la technologie pour améliorer la sécurité alimentaire. Le principe d’autosuffisance reste central, selon le colonel.

    « Lorsque vous conservez le titre de propriété intellectuelle, cela devient peu coûteux. Les connaissances peuvent même être disponibles auprès des sources ouvertes, aussi il vous incombe de les chercher et de les trouver, de travailler sur elles et de les perfectionner, puis de les donner aux soldats. De cette façon, nous pouvons soutenir la solution. »

    Dans les différents services armés, et en particulier dans les forces d’opérations spéciales (SOF), la technologie offre de nouvelles possibilités et présente de nouveaux défis. Les opérateurs font face aux manières de l’adapter au mieux pour défendre leur pays dans ce panorama qui évolue rapidement. Ils étudient comment les changements affecteront leur mission ou encourageront les ennemis.

    Le colonel Jérôme Francis Nko’o Ella, officier commandant l’opération Alpha du bataillon d’intervention rapide du Cameroun, déclare à ADF : « Il y a une amélioration technologique dont nous avons besoin pour affronter la menace des terroristes qui emploient déjà cette technologie. Nous devons nous rattraper, combler l’écart. »

    LES INCUBATEURS DE L’INNOVATION

    Les opérateurs SOF sont souvent parmi les premiers à adopter la nouvelle technologie. Puisqu’ils ont tendance à travailler au sein de petites unités dans des missions de haut risque, loin des structures de commandement central, ils ont besoin d’outils qui leur donnent un avantage.

    Les unités SOF déployées en avant ont des antécédents de test de la technologie militaire avant qu’elle ne soit distribuée au reste de la force, ce qui leur donne le nom d’« incubateurs de l’innovation ». Par exemple, en 1990 la technologie GPS a été utilisée pour la première fois dans des combats lors de l’opération Tempête du désert. Ceci a conduit les opérateurs à avancer derrière les lignes ennemies et conduire une reconnaissance. Aujourd’hui, la technologie GPS est omniprésente.

    Un soldat ghanéen démontre les techniques de décollage de drone lors de l’exercice militaire African Lion 2025 à Tamale (Ghana). SERGENT WILLIAM CHINA/ARMÉE DE TERRE DE RÉSERVE DES ÉTATS-UNIS

    Les experts considèrent que les SOF sont la meilleure option pour le prototypage rapide, tout comme elles le sont pour les missions de haut risque : « leur maturité, leur polyvalence, les processus de sélection rigoureux et la possibilité de tolérance au risque », écrivent Leo Blanken, Philip Swintek et Justin Davis pour la plateforme d’analyse en ligne War on the Rocks.

    La technologie change l’univers des opérateurs SOF de plusieurs façons.

    Les systèmes d’aéronef sans humain à bord (UAS) sont utilisés pour la surveillance et l’identification des cibles, pour donner une alerte précoce des attaques potentielles, et pour offrir un soutien aérien aux équipes sur le terrain dans un territoire hostile. Les opérateurs SOF sont aussi à l’avant-garde des tests de la technologie anti-drone, y compris les brouilleurs portables pour contrer les attaques.

    L’intelligence artificielle est prometteuse dans une variété d’applications. Elle peut aider les opérateurs à prédire ce que feront les adversaires. Elle peut être intégrée dans les systèmes hérités pour les rendre plus efficaces et faciliter la prise de décision. Elle peut aussi aider les opérateurs à passer au crible d’énormes quantités d’information. Elle améliore la cybersécurité et la logistique en anticipant les défaillances et les points faibles avant qu’une panne ne se produise.

    La sensibilisation situationnelle numérique offre des outils permettant aux opérateurs SOF de tester la technologie portable qui leur permet d’identifier les soldats amis, de cartographier le terrain et de tracer les positions ennemies. Certains dispositifs offrent une réalité augmentée qui projette les informations sur un casque. En outre, le temps de livraison « capteur à soldat » est accéléré avec les données acquises par le matériel tel que les UAS et les aéronefs avec équipage qui peuvent être accédées presque instantanément.

    Pour le colonel Kinyanjui, une culture d’innovation et de polyvalence est clé. Si les forces ne s’adaptent pas, elles sont vulnérables.

    « Je pense que, si vous n’acceptez pas la technologie, vous allez être laissé de côté. Si vous continuez à utiliser des méthodes traditionnelles, les personnes deviendront exposées. Lorsque vous innovez, vous recherchez une meilleure façon d’assurer la protection de vos soldats. »

    Les membres du bataillon de renseignement militaire des Forces de défense du Kenya installent un système informatique pour contrôler un drone.
    SERGENT D’ÉTAT-MAJOR TIFFANY DENAULT/ARMÉE DE L’AIR DES ÉTATS-UNIS

    LA DOCTRINE ET LA FORMATION

    À mesure que la nouvelle technologie s’impose sur le champ de bataille, les experts pensent que la doctrine et la formation doivent suivre. Les opérateurs SOF s’entraînent déjà avec des simulations de pointe qui peuvent créer des scénarios avec des données d’entrée provenant des missions réelles et complexes. L’entraînement SOF intègre les aptitudes cyber, les techniques de renseignement, surveillance et reconnaissance, et les UAS. Les experts déclarent que les commandants doivent accueillir et responsabiliser les jeunes opérateurs versés sur la technologie et prioriser le recrutement de ceux qui ont des aptitudes tech.

    Le vice-amiral US Collin Green (à la retraite) de DZYNE Technologies déclare que les commandants SOF doivent reconnaître que les jeunes qui progressent dans leur carrière sont des « indigènes du numérique » qui emploient la technologie « comme un cinquième membre ».

    L’amiral Green a déclaré au symposium Silent Warrior 25 des SOF à Nairobi : « Ne soyez pas un chef sujet à l’insécurité ; soyez désireux d’exploiter le talent local. Encouragez les jeunes à être créatifs avec les solutions militaires. »

    Un facteur essentiel pour accomplir cela est de prioriser la cybersécurité et la sensibilisation. Les SOF doivent devancer les acteurs malveillantes qui cherchent à infiltrer et perturber. Les groupes terroristes, les organisations criminelles et les hackers parrainés par les états prennent pour cible le personnel militaire, les systèmes informatiques et le matériel. En Afrique du Sud par exemple, les forces armées et les agences gouvernementales signalent 1.450 cyberattaques par semaine en moyenne. Les systèmes de commandement, contrôle et communication, les chaînes logistiques et même la technologie des armements sont dans la mire des hackers.

    « Le cyber doit commencer avant tout par la défense, déclare l’amiral. Savez-vous ce qu’il y a dans votre périmètre, dans vos chaînes logistiques ? Protégez-vous vos tactiques, techniques et procédures ? Il faut vraiment vous renforcer avant tout, avant d’examiner ce que vous allez faire du côté des offensives. »

    Un aspect de cela exigera la mise à jour de la doctrine. Le colonel Kinyanjui recommande des processus écrits qui précisent comment la technologie émergente doit être utilisée et protégée. Ce document peut être actualisé selon les besoins.

    « Vous devez l’intégrer dans la doctrine, déclare le colonel ; il doit être documenté et placé dans votre modus operandi. Si vous ne l’intégrez pas à vos procédures et processus, il pourra être utilisé par un groupe des forces spéciales, mais lorsque vous partirez il n’y sera pas. »

    Un soldat djiboutien lance un drone de surveillance Raven RQ-11. SERGENT D’ÉTAT-MAJOR EBONI PRINCE/ARMÉE DE L’AIR DES ÉTATS-UNIS

    LA TECHNOLOGIE QUI REHAUSSE LE COMBATTANT

    Alors que la technologie joue un rôle croissant dans les opérations des SOF, certains opérateurs se réfèrent à une vérité fondatrice des SOF publiée par le Commandement des opérations spéciales des États-Unis : « Les humains sont plus importants que le matériel. »

    Ceci veut dire que, bien que la technologie puisse aider les choses, c’est l’aptitude, le jugement et le courage de l’opérateur qui déterminent le succès de la mission.

    Le site web du groupe de réflexion Battelle Insider écrit dans une série d’essais examinant l’optimisation de la santé des combattants : « Les opérateurs SOF sont la “technologie” décisive dans toute mission. Ils intègrent et utilisent des systèmes avancés. Ils interprètent des environnements chaotiques et ambigus. Ils prennent des décisions rapides et cruciales sous une pression extrême. Et ils s’adaptent d’une façon qui ne peut pas être suivie par les machines et les plateformes. »

    De même, l’amiral Green déclare que les SOF traversent une « période de renouveau », en ajoutant qu’il est important de doubler la mise sur leurs points forts, tels que les connaissances culturelles et l’expertise sur le terrain, tout en s’adaptant, évoluant et ajoutant de nouvelles capacités.

    « Contrôlez ce que vous pouvez, restez intellectuellement curieux, ayez une culture d’expérimentation, dit-il. Accueillez l’inconfort. »

    Alors que la nouvelle technologie fait évoluer le champ de bataille, les normes élevées de performance et de professionnalisme des SOF doivent demeurer intactes, a déclaré le lieutenant-général John Omenda, chef d’état-major adjoint des KDF, aux participants à la conférence SOF de Nairobi.

    « Les guerriers silencieux agissent dans les domaines où la complexité est maximale et les marges d’erreur sont infimes, a-t-il dit. C’est dans cet environnement exigeant que la discipline, l’intégrité, le respect des droits de l’homme et l’adhésion aux normes internationales doivent rester sans compromis. Les outils peuvent changer mais le caractère reste. »   ο

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