Près de dix ans après le début de la lutte du Mozambique contre les terroristes, le pays investit dans un nouveau centre pour essayer de comprendre le problème et soutenir son combat.
En 2025, il a créé le Centre national pour la prévention du et la lutte contre le terrorisme et l’extrémisme violent, sous l’égide des Forces armées du Mozambique. Cette année en avril, les membres du centre de contre-terrorisme (CCT) se sont réunis avec la direction exécutive du Comité contre le terrorisme du Conseil de sécurité de l’ONU pour identifier des moyens par lesquels l’ONU pourrait soutenir au Mozambique une réponse nationale intégrée au contre-terrorisme.
Selon l’analyste Borges Nhamirre de l’Institut d’études de sécurité, la création du nouveau CCT est une étape cruciale pour affronter la menace actuelle des terroristes affiliés à l’État islamique, qui se désignent sous le nom de Chebabs. Le groupe mozambicain est différent du groupe du même nom actif en Somalie. Toutefois, l’analyste note que cette agence sous-financée reste inachevée. Son équipe de 40 membres provient de diverses branches des forces armées et de la police nationale. Cette situation risque de faire perdurer les disputes en cours entre les deux agences concernant la juridiction au Cabo Delgado.
« Un autre risque concerne le rappel du personnel avant d’avoir acquis la maîtrise de leurs fonctions, ou alors même qu’ils commencent à acquérir cette maîtrise », écrit-il.
L’approche du Mozambique face à plus de 2.500 attaques terroristes dans sa province du Nord-Est est critiquée. Le gouvernement s’est appuyé sur ses propres forces armées, sur les forces de sécurité rwandaises et sur une mission de maintien de la paix de la Communauté de développement d’Afrique australe (CDAA), qui a maintenant pris fin, pour confronter les terroristes. Toutefois, M. Nhamirre déclare qu’une mauvaise coordination entre ces groupes a sapé la riposte.
Le nouveau CCT cherche à pallier ces carences. Il comporte deux unités : la première dédiée à la recherche et la seconde à la coordination des opérations antiterroristes. En vertu de son mandat, le centre évaluera aussi les vulnérabilités potentielles, les méthodes de radicalisation et les facteurs de l’extrémisme violent.
Les programmes de sensibilisation communautaire et d’intégration sociale ont pour objet de perturber les efforts des Chebabs visant à radicaliser et recruter les jeunes du Cabo Delgado, dont beaucoup sont au chômage. Le centre œuvrera avec les institutions financières pour identifier et interrompre le financement illicite des terroristes. L’intention de cette approche non militarisée est d’affronter les doléances économiques et sociétales qui poussent les gens vers le terrorisme dans la province la plus pauvre du Mozambique, écrit M. Nhamirre.
Le Cabo Delgado est situé à la frontière Nord du pays, à 2.000 km du siège du gouvernement de Maputo. Cette distance a conduit à un sentiment de négligence de la part des résidents, et d’amertume envers les dirigeants. Cette amertume provient en partie du fait qu’ils ne bénéficient pas assez de l’extraction des ressources naturelles dans la région, notamment le gaz naturel, le bois et les rubis, selon le chercheur João Feijó de l’Observatório do Meio Rural, un institut de recherche mozambicain.
« On a tort de penser qu’il existe seulement un phénomène ayant causé l’insurrection », déclare le Dr Feijó au magazine mozambicain Integrity.
Le chef actuel du CCT est le général de brigade Aníbal Manuel Fernando, nommé par le ministre de la Défense Cristóvão Artur Chume avec les recommandations de l’armée et de la police. M. Nhamirre avertit que le secteur de la sécurité ne peut pas avoir recours à une approche à l’insurrection du Cabo Delgado favorisant l’armée en premier : il doit aussi confronter les problèmes économiques et sociétaux qui incitent les insurgés.
Le nouveau CCT fait face à d’autres défis. L’un d’eux consiste à étendre sa portée au-delà de son quartier général dans la capitale. Un autre est l’obtention d’une équipe exclusive, au lieu d’emprunter le personnel qui pourrait être rappelé par l’armée ou la police, en créant des vides de connaissance au centre.
Le financement gouvernemental demeure un problème chronique au Mozambique où les soldats, même ceux affectés au Cabo Delgado, pourraient ne pas être payés. Les opérations de contre-terrorisme sophistiquées prenant pour cible le financement des terroristes nécessiteront un équipement onéreux, par exemple des logiciels antiblanchiment d’argent, que le CCT n’a pas en ce moment les moyens d’acheter.
Nhamirre écrit : « Établir le centre est une étape positive, mais lui permettre de réussir en est une autre. Une volonté politique réelle pour contrer le terrorisme exige d’équiper pleinement le CCT, de l’éloigner de son approche axée sur l’armée et d’unir les citoyens et les parties prenantes pour qu’ils soutiennent une stratégie équilibrant les besoins sécuritaires, politiques et socio-économiques. »
