Les experts et les officiels font face à l’avenir des opérations africaines de maintien de la paix en présence d’une nouvelle réalité caractérisée par la montée du terrorisme et la réduction du financement international.
En 2025, le soutien financier et les effectifs des opérations onusiennes de maintien de la paix ont baissé au niveau le plus bas depuis 25 ans, selon un rapport publié en mai par le Stockholm International Peace Research Institute (SIPRI). L’ONU avait déployé jusqu’à 78.633 casques bleus en date de décembre 2025, le chiffre le plus bas depuis au moins 2000 et 49 % de moins qu’en 2016. Ces effectifs baissent depuis les dix dernières années mais en 2025 on a constaté la plus forte baisse annuelle, soit 17 % au total.
« Si les choses continuent de cette façon, nous pourrions constater un affaiblissement dramatique de la gestion multilatérale des conflits et une mise à l’écart presque totale des institutions telles que les Nations unies, à cause de la “tempête parfaite” des facteurs de financement, de politique et de géopolitique », déclare Jaïr van der Lijn, directeur des opérations de paix et du programme de gestion des conflits du SIPRI.
« Le résultat sera probablement une augmentation du nombre de conflits, et il est probable que ces conflits auront un impact encore plus grave sur les civils, à mesure que les états abandonnent les normes établies depuis longtemps. »
Contrairement au maintien de la paix de l’ONU, il n’existe pas de mécanisme de financement automatique pour les missions de l’Union africaine, qui ont recours au soutien ponctuel des donateurs. Sur une période de plusieurs années, l’UA a établi un Fonds pour la paix de 400 millions de dollars mais elle a distribué seulement quelques millions de dollars à des fins de réponse précoce et de soutien à la médiation.
Jakkie Cilliers, fondateur de l’Institut d’études de sécurité basé en Afrique du Sud, avertit que les contraintes budgétaires internationales conduiront probablement l’Afrique à des accords de sécurité plus fragmentés et bilatéraux. Mais il déclare que le moment est venu pour les pays africains d’assumer une plus grande titularité de l’avenir de leur sécurité.
Il écrit dans un article de juin : « La responsabilité de la sécurité africaine incombe premièrement aux gouvernements nationaux, et non pas aux autres pays. Bien que les facteurs structurels des conflits doivent être envisagés, la mauvaise gouvernance est la source centrale de violence et d’instabilité en Afrique. Une gouvernance plus efficace et mieux axée sur le développement est essentielle pour assurer la paix à long terme. Le défi consiste à stabiliser tout d’abord les pays en proie à la violence pour permettre à une meilleure gouvernance de prendre racine. »
Amani Africa, groupe de réflexion indépendant d’Addis-Abeba, est engagé à rechercher et analyser l’UA en se concentrant sur le Conseil de paix et de sécurité, ses politiques et processus. Depuis des années, Amani Africa affirme que les échecs du contre-terrorisme résultent des erreurs de diagnostic des causes fondamentales, et des ripostes employant les opérations militaires.
« Les conflits du continent sont devenus de plus en plus complexes, souvent ancrés dans la contestation politique, les crises de gouvernance et les défis socio-économiques profonds qui ne se prêtent pas à des solutions purement militaires », selon son rapport publié en avril à la veille de la 1341ème réunion du Conseil, qui était une session ouverte sur les opérations de soutien à la paix (PSO).
Les participants au Conseil et à la session ont abordé les défis opérationnels tels que la logistique, les contraintes financières et le besoin d’un financement prévisible et durable pour les missions dirigées par l’UA. El-Ghassim Wane, ancien secrétaire général adjoint de l’ONU pour le maintien de la paix, a déclaré que la diminution des contributions financières avait imposé des réductions drastiques dans les missions onusiennes en cours et exigeait maintenant que l’UA s’adapte.
Il a dit lors de la session du Conseil en avril : « Les états membres de l’UA ont été incapables de, ou peu enclins à, mobiliser le niveau de ressource nécessaire pour maintenir les opérations de paix, en particulier les missions à grande échelle. En même temps, le soutien de l’ONU n’a pas satisfait aux attentes. »
Il en a conclu que « l’UA devrait prioriser les opérations plus limitées, ciblées et définies dans le temps, alignées avec sa capacité financière et l’environnement fiscal actuel dans le monde ».
Le Dr Cilliers demande lui aussi aux gouvernements d’adapter leurs structures de sécurité et leur budget pour affronter les défis existants.
« Définir la raison d’être des forces armées comme défense contre les attaques externes et conventionnelles est souvent mal adapté aux réalités africaines, où de nombreuses menaces parmi les plus urgentes sont internes, écrit-il. Il en résulte que l’entraînement et l’achat de matériel militaire haut de gamme, par exemple des avions chasseurs, sont souvent un gaspillage des ressources, comparé au besoin d’acquérir des hélicoptères et de s’entraîner pour soutenir la police, la sécurité rurale et la contre-insurrection. »
L’ONU n’a pas déployé de nouvelle mission sur le continent depuis 2015 et l’UA ne l’a pas fait depuis ses missions en République centrafricaine et au Mali, déployées en 2013.
« Ceci n’est pas causé par le manque de situation exigeant des PSO, mais reflète plutôt le fait que l’UA a enregistré des délais importants pour mobiliser opportunément les engagements dans les situations affectant directement son mandat de paix et de sécurité, et le consensus et soutien opportuns qui sont nécessaires pour les déploiements sous son égide, ainsi que son adaptation à l’évolution des menaces de sécurité sur le continent », selon le rapport d’Amani Africa.
Bien que les réponses aux crises de sécurité en Afrique s’éloignent de plus en plus des normes et structures précédentes des opérations multilatérales de pacification, la chercheuse du SIPRI Claudia Pfeifer Cruz insiste qu’il n’est pas nécessaire que l’avenir soit dominé par des accords unilatéraux ou bilatéraux concernant seulement les forces armées.
« L’effondrement de la gestion multilatérale des conflits n’est pas inévitable, dit-elle. En principe, il existe évidemment un vaste soutien pour les opérations de paix de l’ONU. Toutefois, pour soutenir cette gestion multilatérale des conflits, les états devront faire plus que simplement exprimer leur soutien : ils devront fournir un financement prévisible et créer suffisamment de latitude politique pour permettre des réponses multilatérales efficaces. »
