Plusieurs dizaines d’années après la guerre civile du Mozambique qui avait rendu célèbres les combattants Naparama, une nouvelle génération de combattants du même nom émerge pour confronter la menace des terroristes de l’État islamique (Daech) dans le Nord du pays.
À l’origine, les Naparama étaient une milice régionale qui se battait aux côtés du gouvernement vers la fin des années 1980 et le début des années 1990 pendant la guerre civile mozambicaine. Les Naparama suivaient une série de règles qui leur demandaient d’utiliser des armes blanches ou des arcs et des flèches plutôt que des armes à feu.
La milice Naparama moderne est apparue en novembre 2022 et a adopté beaucoup d’anciennes pratiques de la milice d’origine. Les membres combattent Daech dans les communautés où les forces gouvernementales sont peu présentes.
Les analystes notent que les tactiques de bataille des Naparama mettent en grande mesure les combattants dans une situation de handicap contre les terroristes armés de Daech.
« Pour les Naparama, la bravoure ne compense pas le manque d’armes », écrit l’analyste Marie Dubois pour HiWars, plateforme de recherche en ligne consacrée à l’activité militaire présente et historique.
Vers la mi-mai, des dizaines de combattants Naparama sont morts dans des affrontements avec les terroristes de l’État islamique au Mozambique (ISM) qui avaient incendié le village de Messanja dans le district de Chiúre, au Sud de la province du Cabo Delgado.
La bataille de 12 heures a eu lieu dans les denses forêts du poste administratif de Katapua. Les terroristes ont fini par se retirer de l’autre côté de la rivière Megaruma. Les Naparama survivants ont enterré 27 combattants dans une fosse commune de la forêt.
Les résidents ont déclaré plus tard à Zitamar News que le nombre total de combattants enterrés s’élevait à 42. Des témoins ont signalé que 3 combattants ISM sont morts dans les combats.
Le résultat disproportionné suscite des doutes de la part des analystes sur la capacité de lutte des Naparama contre les terroristes ISM dans les zones ayant peu de présence militaire, ou n’en ayant pas du tout.
« Malgré les bases militaires mozambicaines et rwandaises à Ancuabe, la seule résistance au groupe [ISM] jusqu’à présent provient des résidents et des miliciens Naparama ; ni les uns ni les autres n’ont d’armes à feu », notent les analystes du projet ACLED (Armed Conflict Location and Event Data) dans un rapport sur l’expansion de l’ISM au Cabo Delgado.
Les combats de Katapua sont l’affrontement le plus meurtrier entre les Naparama et l’ISM depuis un an. En 2025, les combattants Naparama avaient perdu plus de 30 miliciens lors de deux affrontements avec l’ISM près des communes de Melija et Ocua.
La lutte entre les Naparama et l’ISM prend une dimension additionnelle parce que la plupart des Naparama appartiennent au groupe ethnique des Makua, qui vivent loin du littoral, alors que les combattants ISM appartiennent en grande mesure au groupe des Mwani, qui vivent sur la côte.
Messanja était le point culminant de plusieurs semaines pendant lesquelles l’ISM s’est avancé au Sud du Cabo Delgado en incendiant les villages et massacrant les résidents. Dans au moins une communauté, les combattants ISM ont séparé les chrétiens des musulmans, disent des témoins à ACLED.
Les Forces armées du Mozambique (FADM) et les Forces rwandaises de défense qui les soutiennent ont été incapables d’arrêter l’avancée de l’ISM, selon ACLED. En date de la fin mai, l’ISM restait à Chiúre et « ses raisons pour y être demeurent incertaines », déclare ACLED.
Les Naparama ont combattu aux côtés des FADM mais le manque de coordination a compliqué leur aptitude pour contrecarrer efficacement l’ISM.
L’armée nationale n’a pas participé à la bataille de Messanja bien qu’elle soit déployée pour protéger le chef-lieu du district dans la localité voisine de Chiúre. Sans soutien supplémentaire de la part de l’armée mozambicaine, les Naparama et les communautés qu’ils essaient de protéger continueront à être victimes de l’ISM, ce qui pourrait provoquer un ressentiment contre le gouvernement, ajoute Mme Dubois.
« La tentation sera de présenter les Naparama comme une solution locale courageuse, écrit-elle pour HiWars. Elle l’est, mais seulement jusqu’à un certain seuil. … Elle ne peut pas devenir l’infanterie bon marché d’une guerre contre des unités djihadistes mobiles et mieux armées. »
