Au milieu d’une série d’arrestations récentes de personnes accusées de traite humaine, les responsables de la police et du gouvernement du Zimbabwe conduisent une enquête sur un réseau de recrutement sophistiqué qui est responsable pour enrôler des hommes dans le service militaire russe sous de faux prétextes.
Le Zimbabwéen Edward Kachingwe, âgé de 36 ans, a comparu devant un tribunal de Harare le 29 juin, accusé de trafic de personnes et de gérance d’une agence de placement non enregistrée. Le parquet a déclaré qu’il travaillait avec un complice russe du nom de « Roman », qui reste en fuite, pour « recruter illégalement les victimes afin qu’elles rejoignent l’armée russe où elles seraient forcées de se battre dans le conflit armé entre la Fédération de Russie et les forces ukrainiennes ».
On signale que les enquêteurs examinent des transactions financières, des relevés de communication et des réservations de voyage. Ils pensent que M. Kachingwe a recruté cinq hommes avant d’être arrêté au terminal d’autobus de Harare le 27 juin alors qu’il escortait l’une des victimes vers un autobus à destination d’Afrique du Sud. Le parquet affirme qu’il s’agissait de la première étape d’un voyage en Russie. Il recherche aussi des liens éventuels avec un cas similaire du mois de juin, lorsque le ressortissant russe Leonid Koftev a comparu devant le tribunal, accusé de trafic après avoir planifié le voyage d’un Zimbabwéen en Russie, selon des allégations.
« Au lieu d’incidents isolés, nous constatons des signes de réseaux organisés exploitant les vulnérabilités socio-économiques », déclare l’analyste de sécurité Effie Dlela Ncube au journal zimbabwéen NewsDay pour un article du 25 juin. Selon un reportage de NewsDay, les syndicats de recrutement ont changé leurs méthodes en réponse à la surveillance accrue. Initialement, beaucoup de recrues voyageaient directement à partir de Harare. Toutefois, à mesure que le nombre d’arrestations augmente, on signale que les réseaux empruntent maintenant des routes terrestres par l’Afrique du Sud.
Au moins 18 Zimbabwéens ont été tués aux côtés des forces russes dans les combats, et au moins 63 sont portés disparus, déclare le ministre de l’Information Zhemu Soda. Il accuse les agences de placement frauduleuses de promettre des emplois lucratifs en Russie pour induire les Zimbabwéens à se joindre à l’effort de guerre.
« Nos citoyens sont la proie d’individus sans scrupules et de réseaux qui agissent avec un mépris total de la vie humaine », a-t-il dit dans une conférence de presse le 25 mars.
La police a récupéré des billets électroniques, des réservations d’hôtel et des documents de visa russes pendant l’opération.
L’arrestation de M. Kachingwe a mis en lumière l’évolution de la stratégie. Les recrues se rendent en Russie où les emplois promis disparaissent. Leur passeport est confisqué peu après leur arrivée et ils se retrouvent induits ou forcés de rejoindre l’armée, parfois sous la menace.
L’activiste zimbabwéen des droits de l’homme Mbuso Fuzwayo déclare que les allégations présentent toutes les caractéristiques de la traite humaine.
« Ces réseaux agissent selon des niveaux successifs. Les gens qui contactent les recrues sont souvent un élément d’une chaîne beaucoup plus longue qui inclut des financiers, des spécialistes du transport et des coordinateurs étrangers. L’arrestation des recruteurs locaux est importante mais le démantèlement de ces opérations exige d’effectuer le suivi des pistes de financement et de déterminer l’identité des coordinateurs de ces activités au niveau international. »
Les pertes grandissantes forcent la Russie à intensifier ses efforts de recrutement en Afrique, mais l’armée russe traite les combattants étrangers comme une ressource jetable, selon le ministre ukrainien des Affaires étrangères Andrii Sybiha.
« Malheureusement, ils les utilisent dans leurs soi-disant assauts de chair à canon », a-t-il dit au programme « News Hour » du Public Broadcasting Service (PBS) pour une émission du 3 juillet. « Ils les utilisent pour les missions les plus difficiles du champ de bataille. Cela signifie donc que cette période de leur vie est très courte. »
On anticipe que la Russie recrutera 18.500 combattants étrangers en 2026, soit une augmentation d’un facteur de 6 depuis le début de la guerre, selon l’organisme de surveillance des crimes de guerre Truth Hounds basé à Kiev. La chercheuse Kenza Rharmaoui, co-auteure du rapport du 29 avril sur l’exploitation des combattants étrangers par la Russie, déclare que les Africains envoyés sur les champs de bataille ont peu d’options et de faibles chances de survie.
« Toutes les personnes auxquelles nous avons parlé étaient aux combats depuis moins d’un ou deux mois » avant d’être tuées ou capturées, a-t-elle dit au PBS. Elle a ajouté un avertissement aux recrues potentielles : « Il est impossible de simplement s’arrêter, de mettre fin au contrat et de rentrer chez soi. Une fois que vous faites partie de ça, vous en faites partie. »
