Au cours d’une semaine au mois de mai, la Province d’Afrique de l’Ouest de l’État islamique (PAOEI), qui était la division la plus active de l’organisation mondiale de l’État islamique (Daech) et revendiquait plus d’attaques que toute autre affiliée, est devenue une organisation en crise.
Après plusieurs mois de collecte de renseignement, les forces combinées des États-Unis et du Nigeria ont conduit une attaque nocturne le 16 mai qui a assassiné Abu-Bilal al-Minuki, un des chefs de plus haut rang du groupe, dans son repaire dissimulé près de la localité de Metele, dans le bassin du lac Tchad. Cet assaut hautement coordonné a aussi éliminé quelques-uns des chefs principaux du groupe et détruit leur infrastructure logistique critique.
Dans le sillage de ce coup dur contre le leadership du groupe terroriste, les forces armées nigérianes ont exercé une pression intense contre la PAOEI, ce qui a conduit à des luttes internes, des capitulations en masse et des désertions d’autres chefs de haut rang.
Un succès axé sur le renseignement
L’analyste de la sécurité du Nigeria Zagazola Makama a dit que l’opération était l’un des plus grands succès de contre-terrorisme dans l’histoire du conflit, et un exemple éminent du fait que la guerre axée sur le renseignement est devenue le facteur décisif.
« Elle reflète la maturité croissante de la guerre axée sur le renseignement et démontre comment la coopération durable entre les agences de renseignement, les forces militaires et les partenaires internationaux peut altérer considérablement la trajectoire d’une insurrection », dit-il à ADF.
L’opération Hadin Kai, nom de la campagne de contre-insurrection de l’armée nigériane contre la PAOEI et Boko Haram dans le Nord-Est du pays, a maintenu sa pression au cours des semaines suivant la mort de M. al-Minuki. Les soldats ont démantelé les bastions et les centres de commandement et de logistique des terroristes, libéré des dizaines d’otages et conduit des debriefings de plusieurs dizaines d’autres combattants de la PAOEI qui ont capitulé.
Le capitaine Mohammed Goni, officier de Hadin Kai chargé de l’information à titre intérimaire, a déclaré le 29 juin : « Les opérations militaires persistantes ont continué à dégrader les capacités de combat des terroristes tout en érodant la confiance dans leurs rangs et leur leadership. Au cours d’une seule semaine, un total de 76 fantassins terroristes se sont rendus à nos troupes, en compagnie de quelques familles. »
Makama déclare que l’élimination du leadership senior de la PAOEI affecte chaque élément de l’insurrection : logistique et coordination, financement, recrutement, communications et architecture sécuritaire.
« L’élimination des individus assumant ces fonctions peut créer une perturbation organisationnelle qui pourrait nécessiter plusieurs mois ou plusieurs années pour être remédiée. La collecte du renseignement après l’opération suggère une méfiance croissante au sein des rangs survivants de la PAOEI, des inquiétudes croissantes concernant la pénétration du renseignement et une incertitude sur les dispositions du leadership à l’avenir. »
Aliyu Dahiru, rédacteur adjoint du site web nigérian HumAngle, convient que le décès de M. al-Minuki aura des conséquences sur le leadership global, les opérations et les mouvements de l’État islamique.
« La frappe conjointe des États-Unis et du Nigeria qui a tué al-Minuki a démontré une capacité de ciblage que la PAOEI n’avait pas affrontée auparavant avec cette intensité dans le théâtre du lac Tchad, écrit-il dans un article du 10 juin. L’utilisation des ressources de renseignement américaines aux côtés des forces spéciales nigérianes a créé un environnement de surveillance qui rend les mouvements des personnes de haut rang, en particulier celles venant de l’étranger, beaucoup plus dangereux qu’auparavant. »
La lutte interne de la PAOEI
L’assassinat de M. al-Minuki a exposé un conflit entre les combattants nigérians et étrangers ; on signale aussi qu’il a conduit à un changement majeur de tactique afin de ne plus demander l’assistance des combattants expérimentés de l’État islamique ou de ses agents du Moyen-Orient.
Certains des renseignements parmi les plus importants recueillis par les forces américaines et nigérianes provenaient de la PAOEI, selon l’analyste Malik Samuel de Good Governance Africa, une organisation de recherche panafricaine.
Il écrit dans un article du 16 juin : « Malgré des efforts élaborés pour dissimuler sa présence, al-Minuki a été finalement trahi par ses propres combattants, étrangers aussi bien que locaux. Cette trahison a suscité une panique dans le leadership de la PAOEI, en particulier du fait l’accroissement de la distance entre les commandants et les combattants non gradés sur les questions de bien-être et de distribution des ressources. »
Des rapports selon lesquels certains combattants de la PAOEI auraient pu transmettre des informations ayant conduit à la mort de M. al-Minuki indiquent un mécontentement interne sur le traitement inégal des combattants étrangers comparé aux locaux. La publication le 18 mai de la circulaire de l’État islamique, Al-Naba, note que les inquiétudes sur la priorité donnée aux combattants étrangers a conduit à un changement stratégique majeur.
HumAngle a indiqué dans son article du 10 juin : « La PAOEI a annoncé que l’afflux des combattants allant de l’Irak et la Syrie au Nigeria a été essentiellement suspendu. Pendant des années, l’appel de migration vers l’Afrique de l’État islamique était l’une des sources les plus fiables de combattants étrangers expérimentés. Les combattants qui s’étaient entraînés et avaient combattu dans le théâtre central sont arrivés au lac Tchad avec des connaissances tactiques, une autorité idéologique et des connexions personnelles directes au commandement central de Daech. »
