L’imam Mohamed Ishaq Kindo du Burkina Faso s’est exprimé publiquement en mai contre le projet de loi visant à limiter la liberté religieuse. La junte militaire dirigée par le capitaine Ibrahim Traoré l’a emprisonné quelques jours plus tard. C’était une réaction typique de la part d’un régime qui enlève les journalistes, bloque les chaînes médiatiques et réduit au silence ses critiques par le biais de la torture et la conscription forcée.
Le journaliste burkinabé exilé Newton Ahmed Barry déclare que l’arrestation des civils tels que le Dr Kindo, chef sunnite proéminent, souligne la stratégie de contrôle du gouvernement.
Il a dit au Foreign Policy Journal : « C’est la logique de cette junte et de son chef : plus les gens ont peur, moins ils paient pour se tirer d’affaire en cas de problème. Ils inspirent la peur et la terreur chez tout le monde afin de garder les gens sous leur emprise et donc gouverner en paix. »
Des événements similaires à l’arrestation du Dr Kindo se produisent aussi couramment au Mali, pays gouverné par un régime militaire qui a interdit en janvier dernier un magazine d’actualité influent, et au Niger qui a récemment suspendu neuf chaînes médiatiques internationales. Les analystes déclarent que ces mesures répressives représentent un assaut contre la démocratie.
Lorsqu’il a pris le pouvoir en 2022, le capitaine Traoré a promis le retour à un régime civil dans un délai de deux ans. Toutefois, son mandat a été prolongé de deux ans en 2024 en vertu d’une nouvelle législation. Cette année, il a dissout tous les partis politiques et a ouvertement discrédité les formes de gouvernement démocratiques.
Paul Amegakpo, politologue togolais à l’Institut Tamberma pour la Gouvernance, pense que la junte empêche le peuple burkinabé de déterminer son propre avenir.
Il déclare à l’agence de presse allemande Deutsche Welle : « Le contrôle des institutions publiques par les gens dont le sort est décidé par elles est un droit fondamental, qui inclut nécessairement le droit d’élire des représentants au niveau exécutif aussi bien qu’à l’Assemblée nationale. »
Le Mali bannit Jeune Afrique
Le bannissement du magazine d’actualités panafricaines Jeune Afrique par le Mali, pour une durée indéterminée, en janvier dernier a été condamné par les groupes de défense des droits dans le monde entier. Le magazine avait publié des reportages sur la crise croissante du carburant dans le pays alors que le groupe terroriste GSIM (Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans) assiège la capitale de Bamako. Jeune Afrique avait aussi publié des reportages sur les abus militaires au Burkina Faso et au Mali, en particulier contre les communautés de l’ethnie peule.
Bien que le magazine ait aussi signalé des violations des droits de l’homme commises par le GSIM, le gouvernement militaire dirigé par le général Assimi Goïta l’a accusé de diffamation et « apologie du terrorisme », selon Human Rights Watch. Le Burkina Faso avait suspendu Jeune Afrique en 2024.
Le général Goïta a pris le pouvoir au Mali par le biais de deux coups d’État militaires en 2020 et 2021, et le Conseil national de transition a prolongé son mandat de cinq ans en 2025. Tout comme au Burkina Faso et au Niger, qui est dirigé par le général Abdourahamane Tiani, les libertés civiles se sont érodées au Mali sous le régime militaire. La junte a aussi aboli le système politique multipartite et clôturé les organismes de la société civile. Le général Tiani a prêté serment en tant que président du Niger en mars 2025 en vertu d’une nouvelle charte de cinq ans qui n’a pas été soumise au vote.
Ulf Laessing, ancien directeur du programme Sahel de la Fondation Konrad Adenauer au Mali, a déclaré au journal Foreign Policy : « Il est devenu plus répressif. Il devient moins facile de s’exprimer. C’est clairement un sujet de critique contre le gouvernement. »
Le Niger suspend neuf chaînes médiatiques
Le 8 mai, l’Observatoire national de Communication du Niger a suspendu neuf chaînes médiatiques internationales, notamment l’Agence France-Presse, Jeune Afrique et Radio France Internationale, à cause de questions qu’il affirmait être liées à l’ordre public et la stabilité nationale. Le général Tiani a saisi le pouvoir au Niger en 2023 et il a aussi ordonné l’arrestation et la détention des journalistes.
Alfred Nkuru Bulakali, directeur régional pour l’organisme des droits de l’homme ARTICLE 19 pour le Sénégal et l’Afrique de l’Ouest, a qualifié les suspensions de « modèle profondément troublant de la réduction de l’espace civique et du contrôle de l’information ».
« Les lois internationales sur les droits de l’homme et les principes africains pertinents sont clairs : les limitations imposées à l’expression doivent être l’exception, et non pas la règle », déclare M. Bulakali sur le site web de l’organisation. « Lorsqu’elles sont appliquées sans distinction, comme dans le cas présent, elles ne satisfont non seulement pas aux critères de nécessité et de proportionnalité, mais elles pérennisent aussi le climat de censure et de peur chez les médias, les journalistes et les défenseurs. »
