Vers la fin février, quatre navires de pêche chinois ont été découverts en train de pêcher illégalement dans la zone économique exclusive (ZEE) et les eaux territoriales d’Afrique du Sud sans avoir les permis requis. Les navires avaient éteint à maintes reprises le transpondeur de leur système d’identification automatique (SIA), pratique courante chez les contrevenants de la pêche illégale.
Ces navires appartenant à Shenzhen Shuiwan Pelagic Fisheries ont été suivis sur douze milles marins le long de la côte du KwaZulu-Natal et du littoral du Cap Oriental. Les commandants du Zhong Yang 231, Zhong Yang 232, Zhong Yang 233 et Zhong Yang 239 ont chacun payé une amende d’environ 24.118 $ avant de quitter le pays.
Willie Aucamp, ministre sud-africain des Forêts, des Pêches et de l’Environnement, a déclaré dans un reportage sur le site web Business Insider Africa : « L’Afrique du Sud ne tolérera pas l’utilisation illégale de ses zones maritimes. Nous restons résolus pour protéger nos ressources marines et assurer que nos ports ne sont pas perçus comme des ports de complaisance. Le respect de nos lois n’est pas sujet à des négociations. »
Une situation similaire est apparue au Japon au début février, lorsque les autorités ont saisi un navire de pêche chinois qui était actif dans la ZEE japonaise au large des côtes de la préfecture de Nagasaki. Le navire a essayé de s’enfuir lorsqu’il reçut l’ordre de s’arrêter pour une inspection, mais il fut intercepté. Il y avait onze personnes à bord et le commandant chinois a été arrêté, selon l’agence des pêches du Japon. C’était la première fois depuis 2022 que l’agence saisissait un bateau de pêche chinois.
« Nous continuerons à agir résolument dans nos activités coercitives pour empêcher et dissuader les opérations de pêche illégales des navires étrangers », a déclaré Minoru Kihara, secrétaire général du Cabinet japonais, dans un reportage de la BBC.
Les navires chinois agissent illégalement depuis des dizaines d’années dans les eaux africaines et la flotte de pêche en eaux distantes de la Chine est la plus grande du monde et le pire contrevenant mondial de la pêche illégale, selon l’indice de risque de pêche INN. Surtout à cause de la surexploitation chinoise illégale, on estime que l’Afrique de l’Ouest perd jusqu’à 9.4 milliards de dollars par an du fait de la pêche illégale ; la région est considérée comme le point chaud mondial de la pêche INN.
Entre 2015 et 2021, l’Afrique du Sud, le Kenya, Madagascar, le Mozambique et la Tanzanie ont perdu jusqu’à 142,8 millions de dollars par an à cause de la pêche illégale de la crevette et du thon, selon le World Wildlife Fund. Les autres espèces pêchées dans ces eaux incluent au moins 56 types de requin et de raie, ainsi qu’une variété de poissons des récifs. Selon l’organisme de surveillance du commerce de la faune sauvage TRAFFIC, l’Afrique du Sud perd au moins 60 millions par an, uniquement à cause du braconnage des ormeaux. L’ormeau est un type d’escargot marin considéré comme un mets fin en Chine, où les gangs criminels réglementent son commerce.
Au KwaZulu-Natal, les résidents de Kosi Bay se sont plaints de la présence des chalutiers étrangers, notamment ceux de la Chine, accusés de jeter l’ancre dans les eaux internationales le jour et de se rapprocher du rivage la nuit. Kosi Bay est constituée de quatre lacs connectés dont les eaux coulent dans un estuaire avant d’entrer dans l’océan Indien.
Les chalutiers illégaux pratiquent régulièrement le chalut de fond, dans lequel un filet est traîné sur les fonds marins en ramassant systématiquement toutes les espèces de vie aquatique. Cela tue les poissons juvéniles, ce qui conduit à la réduction des stocks de poisson, et détruit les écosystèmes. Les résidents locaux se plaignent d’être exclus des accords avec les parties prenantes mais on espère qu’une meilleure collaboration entre les pêcheurs locaux et le gouvernement pourra résoudre leurs doléances.
Un membre de la communauté déclare au Pulitzer Center : « Si nous œuvrons ensemble, nous ne pourrons pas cesser parce qu’ensemble nous résolvons les problèmes. Lorsque vous observez la mer ici, vous [voyez] l’écriture chinoise. … »
Malgré sa capacité limitée de surveillance maritime, le gouvernement d’Afrique du Sud a pris des mesures pour confronter la pêche INN. Selon Pew Charitable Trusts, le pays est un chef de file mondial dans l’adoption des accords internationaux qui ciblent la pêche et les navires INN et la sécurité du travail. Les accords exigent l’inspection des navires de pêche dans les ports, ce qui peut aider les autorités nationales à surveiller et contrôler les problèmes liés à INN.
Ces accords incluent :
1. L’Accord relatif aux mesures de l’État du port, seul traité international contraignant qui soit conçu spécifiquement pour éradiquer la pêche INN. L’accord décrit les meilleures pratiques pour les contrôles portuaires.
2. L’Accord du Cap, qui décrit les normes de conception, construction, maintenance et équipement pour les navires de pêche de 24 mètres de long ou plus, afin d’assurer que ces navires soient construits correctement.
3. La Convention (no. 188) sur le travail dans la pêche, qui traite des besoins sécuritaires, sanitaires et médicaux des travailleurs sur les navires de pêche.
L’Afrique du Sud œuvre pour développer des procédures opérationnelles permanentes visant à améliorer le partage de l’information entre les agences, afin de notifier les autorités pertinentes d’une non-conformité potentielle concernant chaque traité. Le gouvernement encourage aussi les responsables de la sûreté et du travail de porter une caméra corporelle pendant les inspections pour renforcer le partage de l’information en temps réel entre les agences. Il est recommandé vivement aux inspecteurs de pêche d’assurer que la signalisation ou le pavillon des vaisseaux soit conforme à leurs informations documentées ou certifiées.
