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Selon une étude, la paix en Libye nécessite la réintégration des groupes armés dans la société

PERSONNEL D’ADF

Les plans visant à organiser une élection nationale en Libye sont en suspens depuis des années.

Abdulaye Bathily, envoyé des Nations unies en Libye, a exhorté à la fin novembre les factions rivales du pays à sélectionner des représentants pour une réunion dans le but de conclure un accord pour les élections .

C’est le tout dernier appel pour réunir l’Armée nationale libyenne dirigée par le maréchal Khalifa Haftar et le gouvernement d’unité nationale du Premier ministre Abdulhamid Dbeibeh de Tripoli, soutenu par l’ONU.

Peu de progrès ont été réalisés pour réunir les factions depuis la conclusion d’un cessez-le-feu en 2020.

Alors que les efforts pour tenir des élections chancellent, certains analystes se concentrent sur les programmes qui inciteraient les membres des groupes armés à déposer leurs armes et se réintégrer dans la société civile. Le processus s’appelle DDR (démobilisation, désarmement et réintégration) ; il cherche aussi à soutenir les ex-combattants, parfois en les réintégrant dans la vie civile. Ces efforts en Libye sont essentiellement en suspens depuis 2015.

« Un programme DDR efficace est la pierre angulaire pour faire avancer la paix et la stabilité économique qui sont essentielles dans le processus de paix », a déclaré Mona Yacoubian, vice-présidente du Centre du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord à l’Institut des États-Unis pour la paix (USIP), lors d’une discussion en décembre.

La discussion était axée sur une analyse de Tim Eaton, Research Fellow principal du Programme du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord à Chatham House.

M. Eaton affirme que la compréhension des complexités locales est cruciale pour la mise en œuvre d’un processus DDR efficace. Il a récemment publié un article de recherche intitulé « Les acteurs de la sécurité à Misrata, Zaouïa et Zintan ».

Les groupes armés de ces trois villes ont tous combattu contre le régime de Mouammar Kadhafi en 2011, mais ils ont suivi des factions différentes pendant les conflits de 2014 et la guerre pour Tripoli qui s’est terminée en 2020. Les forces de Misrata et Zaouïa se sont unies au gouvernement d’entente nationale (GNA) pendant la guerre de Tripoli, alors que les forces de Zintan étaient divisées entre le soutien au GNA et l’appui des forces du maréchal Haftar.

Les membres des groupes armés de ces trois villes ont été liés à l’état en obtenant les ministères de la Défense et de l’Intérieur, et ils ont établi des relations directes avec le Conseil de la présidence et les Services d’information de Libye, selon Tim Eaton.

Il est parfois incertain de déterminer qui fait partie du secteur officiel de la sécurité, déclare M. Eaton, et de nombreux militants armés cherchent à tirer profit de leur poste.Certains éléments du secteur de la sécurité de Zaouïa peuvent presque être considérés comme des membres de groupes criminels organisés ; certains groupes sont perçus comme étant devenus consolidés en tant que « mini-empires illicites », selon lui.

On soupçonne que les membres des factions majeures de Zaouïa ont des liens avec la contrebande du pétrole, des drogues illégales et des armes, ainsi que le trafic des migrants et la traite humaine.

Certaines factions de Misrata sont actives hors de la ville et contrôlent l’accès à ses entrées principales et son port, ce qui leur offre des sources potentielles de revenu. Certains ont dit à M. Eaton que les groupes armés dominant le port profitent de leur position en facilitant le mouvement des produits contre rémunération par les propriétaires commerciaux.

Comme à Misrata, les groupes armés de Zintan cherchent à être payés par l’état pour soutenir une campagne militaire. Les négociants qui ont des relations de longue date avec ces groupes armés leur ont fourni du carburant et de la nourriture pendant leur déploiement.

« La relation est considérée tellement intime que les produits sont souvent fournis à crédit en convenant qu’un [groupe armé] paiera lorsqu’il recevra des fonds de l’état. »

M. Eaton affirme que le moment est venu de lancer un processus DDR et il souligne quelques progrès.

Le ministère du Travail est chargé de développer un programme DDR alors que la communauté internationale explore des options « pré-DDR ». Selon la définition onusienne, le pré-DDR est une « mesure de stabilisation transitionnelle au niveau local, conçue pour ceux qui sont éligibles pour un programme DDR national ».

M. Eaton recommande une approche plus diversifiée et robuste pour un « DDR de prochaine génération ». Le DDR de prochaine génération est un processus politique déterminé par les conditions locales, qui commence typiquement avant la conclusion des accords de paix.

Toutefois, la Libye n’a pas de programme de réforme du secteur de la sécurité, ce qui limite ce qui peut être fait en termes de DDR.

« Sans cela, les paramètres et les exigences d’un programme DDR national restent incertains », écrit M. Eaton.

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