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Un pipeline soutenu par la Chine suscite des préoccupations écologiques et économiques

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PERSONNEL D’ADF

Les dirigeants de l’Ouganda et de la Tanzanie ont récemment approuvé un nouveau pipeline soutenu par la Chine, qui transportera le pétrole sur une distance de plus de 1.400 km depuis l’intérieur du continent jusqu’à l’océan Indien.

Les écologistes déclarent que le projet menace les moyens de subsistance de plusieurs milliers de personnes, traverse des habitats cruciaux pour la survie des éléphants et autres animaux sauvages, et promet d’augmenter l’empreinte carbone des deux pays à un moment où de nombreux pays essaient de réduire leurs émissions.

Landry Ninteretse, directeur régional basé au Kenya de 350Africa.org (organisme sans but lucratif qui lutte contre le changement climatique), a déclaré à ADF : « L’EACOP [East African Crude Oil Pipeline, pipeline de pétrole brut d’Afrique de l’Est] menace l’une des régions mondiales les plus écologiquement diverses et riches en faune sauvage. Le pipeline menace aussi sérieusement les sources d’eau critiques, les zones humides et plusieurs fleuves des deux pays. »

Ce pipeline de 3,5 milliards de dollars est un exemple de la façon dont la Nouvelle route de la soie chinoise altère dramatiquement le paysage africain, souvent avec un impact négatif sur les ressources naturelles du continent, y compris l’eau, l’agriculture et l’habitat de la faune sauvage.

Depuis près de dix ans, cette initiative construit des routes, des ports, des pipelines et autre infrastructure en Afrique. Dans la plupart des cas, les projets sont financés par des prêts chinois, construits par une main d’œuvre chinoise, gérés par des sociétés chinoises et souvent exécutés pour le bénéfice de l’économie chinoise en extrayant les ressources africaines comme le pétrole. En fin de compte, les pays africains se retrouvent obligés de rembourser des dettes dévastatrices.

Dans le cas présent, le pétrole provient de 130 puits forés dans le parc national des chutes Murchison, le plus grand parc de l’Ouganda où vivent les éléphants et les lions menacés, une grande population de crocodiles du Nil et plus de 400 espèces d’oiseaux.

L’Ouganda et la Tanzanie ont posé la pierre angulaire du projet de pipeline en 2017 ; le plan consistait à l’ouvrir en 2020 mais cet échéancier a été repoussé à 2025.

Le pipeline fait partie de deux projets pétroliers : Tilenga, géré par la société française Total, et Kingfisher, géré par la China National Offshore Oil Corp. (CNOOC). Les deux projets pourront produire jusqu’à 216.000 barils par jour lorsqu’ils seront pleinement opérationnels.

L’Ouganda a découvert en 2006 des réserves de pétrole de 6 milliards de barils dans le bassin du lac Albert à la frontière avec la République démocratique du Congo. Le pétrole est lourd et visqueux, aussi le pipeline sera électriquement chauffé pour faciliter son écoulement.

Les responsables du pipeline signalent que la construction augmentera les investissements étrangers directs dans les deux pays de 60 %.

Les opposants déclarent que ces investissements ne valent pas les risques potentiels courus par les communautés et l’environnement. Les écologistes déclarent que les lacs tels que le lac Albert sont affectés par la pollution résultant du développement de l’énergie fossile.

« Certains pêcheurs du lac Albert, qui représente 43 % de la prise de poissons de l’Ouganda, ont aussi perdu leurs zones de pêche car elles ont été attribuées à l’exploitation du pétrole et du gaz », déclare à ADF Diana Nabiruma, responsable principale des communications pour l’Institut africain pour la gouvernance énergétique.

La terre continue à être sujette aux ventes forcées pour que des routes pétrolières, une raffinerie, des pipelines et autre infrastructure puissent être développés. Mme Nabiruma déclare que les sociétés chinoises telles que CNOOC participent aux processus de vente forcée de la terre.

Une alliance de 38 groupes de la société civile en Ouganda, en Tanzanie et en RDC déclare que le projet de pipeline a été approuvé sans transparence et sans répondre aux préoccupations écologiques. Les membres du Parlement ougandais déclarent qu’ils n’ont pas eu accès aux documents de création de l’EACOP.

Une section du pipeline d’environ 460 km traversera le bassin hydrologique oriental du lac Victoria, le plus grand lac d’eau douce d’Afrique qui soutient la subsistance de plus de 40 millions de personnes dans la région. Le pipeline traverse aussi le parc national des chutes Murchison, la réserve forestière de Taala, la forêt de Bugoma et la réserve de faune sauvage Biharamulo.

Les ventes forcées de terrain et les restrictions dans la zone du pipeline empêcheront 13.000 familles d’utiliser leurs terres ancestrales comme elles l’ont fait depuis des générations.

« De telles restrictions imposées aux communautés rurales et agricoles ont de graves conséquences sur leur subsistance et par conséquent sur leurs droits alimentaires, éducatifs et de santé, déclare M. Ninteretse. Elles ne sont plus autorisées à cultiver des récoltes à long terme, seulement des récoltes à court terme. »

Les écologistes soutiennent que, si l’Ouganda et la Tanzanie investissent l’avenir de leur pays dans un pipeline pour expédier le pétrole outre-mer, ils vont dépenser des milliards de dollars pour une technologie périmée et dangereuse, argent qu’ils pourraient utiliser pour fournir à leurs résidents ruraux une énergie propre et renouvelable.

« Il existe une énorme demande pour des options énergétiques hors réseau en Ouganda, déclare Mme Nabiruma. Cet argent pourrait être investi dans les mini-réseaux, les systèmes solaires résidentiels autonomes et d’autres moyens d’accès à l’énergie propre. Mais ça ne vas pas se faire. »

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