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Les explosions de Guinée équatoriale sont le plus récent exemple d’une tragédie qui aurait pu être évitée

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PERSONNEL D’ADF

D’abord une explosion assourdissante, des flammes s’élevant vers les cieux et un nuage de fumée noire au-dessus d’une zone arborée près d’une base militaire de Guinée équatoriale.
Puis une autre explosion. Et une autre.

Des hordes de gens qui courent, épouvantés. D’autres n’ont pas cette chance.

La famille de Jesus Nguema est l’une des familles chanceuses. Une onde de choc a provoqué un incendie qui a rasé l’immeuble où vivaient ses sept enfants. M. Nguema a déclaré à Reuters qu’il avait attendu douze heures d’agonie avant d’apprendre qu’ils avaient survécu.

« Par miracle, mes enfants ont pu sortir de cette fournaise et se sauver », a-t-il dit à Reuters.

 

Plus de 100 personnes ont été tuées et au moins 600 blessées par les explosions de la base militaire Nkoantoma à Bata.Les reportages des médias locaux montrent les victimes, dont la plupart sont des enfants, enlevées des amas de métal et de béton mis en pièces. Les hôpitaux ont été rapidement paralysés et ont eu besoin de donations de sang.

La famille de M. Nguema faisait partie des 900 personnes hébergées dans des abris temporaires, y compris des enfants non accompagnés qui avaient perdu leur famille, déclare le Bureau des Nations unies pour la coordination des affaires humanitaires.

Le président Teodoro Obiang Nguema a lié les explosions du mois de mars à la négligence dans la manutention de la dynamite. Des entrepôts militaires contenant des explosifs se sont enflammés « lorsque les voisins des fermes environnantes ont allumé des feux » et les flammes se sont propagées à la caserne, a déclaré M. Nguema dans un reportage de Deutsche Welle. Les victimes ont inclus le personnel militaire et civil.

« Les ondes de choc des explosions ont provoqué de grands dégâts pour presque tous les édifices de Bata », a déclaré M. Nguema dans une allocution télévisée.

Le camp militaire avait été construit dans une forêt loin de la ville, mais la population de Bata a augmenté rapidement entre 2004 et 2016, pour atteindre plus de 250.000 habitants. La zone autour de la base est désormais fortement peuplée.

Simon Conway, directeur de compétence à Halo Trust (organisme sans but lucratif qui élimine les débris laissés par la guerre), se demande pourquoi une base militaire stockait la dynamite commerciale utilisée pour les carrières.

« Les incendies dans les terrains avoisinants se propagent habituellement vers les zones de stockage des munitions en Afrique subsaharienne parce que personne ne coupe l’herbe et la clôture du périmètre est mal entretenue », déclare M. Conway à ADF dans un e-mail. « L’équipement de lutte contre les incendies est rarement présent et les seuls extincteurs qui existent sont en général périmés depuis longtemps. »

Le problème des villes qui se développent autour des entrepôts de munition est commun dans toute l’Afrique subsaharienne. M. Conway déclare que ces munitions auraient dû être transportées dans un lieu plus sûr il y a longtemps. Il ajoute que les entrepôts d’explosifs qui possèdent des renforcements de terre dans des zones bien entretenues sont moins sujets aux explosions.

« Et s’ils explosent, il est moins probable qu’ils fassent exploser les entrepôts adjacents, dit-il. Le rayon d’explosion autour d’un entrepôt d’explosifs devrait être contenu au sein du périmètre de la base militaire pour réduire les risques aux civils en cas de détonation accidentelle. »

Les explosions inattendues de dépôts de munitions et d’explosifs aux sites d’entrepôt représentent un problème fréquent : environ quinze explosions de ce type se produisent chaque année dans le monde. Reuters cite des données provenant de l’Enquête sur les armes légères pour signaler que les explosions imprévues dans les sites de munitions ont provoqué près de 30.000 victimes dans le monde entre 1979 et 2019.

Les causes d’explosion les plus courantes sont les éclairs et la chaleur extrême, les erreurs de manutention humaine, le sabotage, les incendies, les problèmes électriques et les réactions chimiques dans les munitions entreposées.

L’Institut pour les études de sécurité a suggéré que les gouvernements mettent à l’essai leurs dépôts de munitions, de cartouches et d’armes pour s’assurer de leur stabilité, ainsi que de l’élimination correcte de tout article qui n’est pas conforme aux spécifications.

Sur demande du gouvernement de Guinée équatoriale, des experts techniques du Centre international de déminage humanitaire – Genève travaillent avec des membres du service français de neutralisation des engins explosifs, de l’ambassade des États-Unis et de la Golden West Humanitarian Foundation pour soutenir les efforts de déminage et déterminer la cause des explosions, selon le reportage de ReliefWeb.

Cet effort essaiera aussi d’identifier les risques pour la population et l’environnement, de répondre aux inquiétudes concernant le stockage et la manutention des munitions, et de fournir des recommandations aux autorités nationales sur la réduction et l’atténuation des risques.

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