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Des tactiques insidieuses encouragent les pirates du golfe de Guinée

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PERSONNEL D’ADF

L’an dernier, un incident de piraterie dans le golfe de Guinée a exposé l’utilisation de tactiques illégales et dangereuses par les navires de pêche.

En mai 2020, des pirates se sont emparés du navire de pêche chinois Hai Lu Feng 11 et de son équipage de 11 personnes au large des côtes de la Côte d’Ivoire. Les autorités ont finalement arrêté le bateau près des côtes du Nigeria, mais pas avant qu’il ait traversé les zones économiques exclusives (ZEE) du Ghana, du Togo et du Bénin.

Lorsqu’il préparait un article pour le Centre pour la sécurité maritime internationale (CIMSEC), le Dr Ian Ralby, expert du droit et de la sécurité maritimes, découvrit que le système d’information automatisée (SIA) du Hai Lu Feng 11 avait été arrêté avant et après l’attaque, ce qui indique des activités suspectes. Le Dr Ralby souhaitait déterminer si cette tactique était utilisée fréquemment.

À l’aide de Windward, plateforme de renseignements maritimes prédictive, le Dr Ralby a traqué 527 navires naviguant dans les ZEE des états côtiers de la Communauté économique des états d’Afrique de l’Ouest (CDEAO) entre septembre 2019 et septembre 2020. Il a découvert que les trois quarts des navires avaient éteint leur SIA pendant un certain temps, tactique qui est souvent utilisée pour éviter la détection par les autorités.

Le Dr Ralby, PDG d’I.R. Consilium, a aussi découvert que 27 navires pêchant dans la région de la CDEAO pendant cette période avaient partagé 13 noms différents. Certains navires avaient partagé illégalement des numéros de l’Organisation maritime internationale (OMI) et des numéros d’identité dans le service mobile maritime (ISMM) pour dissimuler leur identité.

De telles tactiques permettent aux navires de surexploiter les espèces de poisson qui sont déjà au bord de l’extinction en Afrique de l’Ouest, ce qui fait augmenter l’insécurité alimentaire et la pauvreté. Elles permettent aussi aux pirates de commettre de plus en plus de vols à main armée et d’enlèvements dans le golfe de Guinée, surtout près de la région nigériane du Delta, riche en pétrole.

Des pêcheurs à bord d’un chalutier chinois en Mauritanie remontent leur prise. GREENPEACE

« Plus je cherchais, plus la situation semblait bizarre et inquiétante, a déclaré le Dr Ralby à ADF. La plupart des plateformes [de surveillance maritime] ne vous permettent pas de voir cette dynamique. C’est exactement là-dessus que comptent certains des groupes qui adoptent ces tactiques. Ils espèrent qu’il ne sera pas possible de découvrir qu’ils ont trois navires différents qui partagent la même licence. »

Le Dr Ralby déclare que les navires de pêche utilisent probablement ces tactiques insidieuses depuis des années, alors que les marines utilisent de plus en plus le SIA et que les ministères des pêcheries installent des systèmes de surveillance des navires en nombres croissants.

« Si vous examinez un navire quelconque et il semble avoir le numéro OMI correct, semble battre le pavillon correct, semble posséder le nom et la licence corrects, n’est-ce pas facile d’être dupé si vous ne savez pas qu’il existe trois navires identiques faisant exactement la même chose au même moment ? Il est vraiment très important pour les gens de reconnaître et de réaliser qu’il existe en ce moment une grande ignorance concernant les arnaques en mer. »

Bien qu’il existe des lois internationales concernant l’utilisation des numéros OMI et ISMM et celle du système SIA, le Dr Ralby déclare que certains pays pourraient avoir des difficultés à les promulguer chez eux.

« Franchement, dit-il, si les législatures et les agences de réglementation ne comprennent pas la nécessité, beaucoup de travail supplémentaire doit être fait. Si elles peuvent maintenant comprendre pourquoi elles doivent les adopter, elles peuvent s’assurer que ces lois soient instaurées afin de pouvoir agir contre ce genre de duperie. »

Le Dr Ralby suggère que les états mettent en application les lois existantes et imposent des sanctions financières contre les navires qui naviguent sans leur SIA et pêchent sous couvert d’une identité partagée. Il déclare qu’il a communiqué avec deux marines qui ont lu son article CIMSEC et considèrent des actions pour lutter contre les problèmes qu’il a soulignés.

« Si j’ai pu découvrir cela de façon assez facile, il est probable que beaucoup plus pourrait être découvert, en examinant ces problèmes avec des recherches et des investigations plus approfondies », dit-il.

Dix suspects attendent de comparaître devant les tribunaux dans l’affaire du Hai Lu Feng 11, première affaire de piraterie véritable à être jugée en vertu de la Loi du Nigeria sur la suppression de la piraterie et autres offenses maritimes, selon M. Ralby.

Les résultats de sa recherche ont été publiés après une année de forte activité pour les pirates du golfe de Guinée. Selon le Bureau international maritime, les officiels ont enregistré 135 enlèvements en mer dans le monde en 2020, dont 130 dans la région.

Michael Howlett, directeur du bureau, a déclaré à Deutsche Welle : « Nous constatons que les pirates agissent avec une plus grande impunité. Ils passent davantage de temps à bord des navires. Dans un cas, ils sont restés à bord du navire pendant plus de 24 heures, sans aucune opposition. »

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