Vers la mi-août, des pirates armés ont abordé et saisi un cargo à environ 4 milles marins des côtes somaliennes. Un mois auparavant, des pirates avaient saisi un pétrolier battant pavillon tanzanien dans le golfe d’Aden et l’avaient amené vers la région somalienne autonome du Pount.
Entre avril et juillet 2026, le Bureau maritime international des Nations unies a recensé 24 incidents et tentatives d’incident de piraterie et de vol à main armé contre des navires dans la mer Rouge et le golfe d’Aden, ce qui a fait augmenter les risques courus par le commerce maritime mondial.
Un porte-parole pour l’opération Atalante, mission anti-piraterie de la force navale européenne pour la Somalie, a déclaré sur le site militaire en ligne TWZ : « Au cours des derniers mois, nous avons constaté un point culminant du nombre d’événements de piraterie dans la région. Il existe probablement diverses raisons pour cette situation … certaines sont habituelles, par exemple la météo en mer ou la situation difficile de certains Somaliens ; d’autres sont liées à l’instabilité présente dans la région. »
Les analystes pensent que les rebelles houthistes du Yémen, soutenus par l’Iran, aident les pirates somaliens. La relation croissante entre les Houthis et les Chebabs somaliens affiliés à Al-Qaïda a permis aux groupes de pirates d’utiliser les armes et la technologie plus sophistiquées fournies par les Houthis. Cela inclut les appareils satellitaires GPS qui permettent aux pirates de suivre avec précision les mouvements des navires commerciaux.
« Pour les Houthis, l’instabilité due à la piraterie somalienne offre des avantages stratégiques indirects en accroissant l’insécurité maritime dans le golfe d’Aden sans besoin pour le groupe yéménite d’assumer les risques importants liés à une nouvelle escalade dans le détroit de Bab-el-Mandeb », signale le groupe de réflexion American Security Project.
Les Houthis et les Chebabs ont échangé des renseignements, trafiqué des armes et coopéré pour lancer des attaques violentes, selon un panel des Nations unies d’octobre 2025. Des sources confidentielles ont dit au Panel d’experts onusien sur le Yémen que les Houthis entraînaient les membres des Chebabs dans la technologie des drones et la fabrication des EEI (engins explosifs improvisés) perfectionnés.
Corey Ranslem, PDG de la firme maritime globale de cybersécurité et de renseignement de risque Dryad Global, a déclaré au réseau de télévision par câble CNBC : « Si les Chebabs et les Houthis structurent une relation dans laquelle ils saisissent le contrôle de la mer Rouge, du Bab-el-Mandeb et du golfe d’Aden, et si les pirates somaliens font partie de cette organisation militante, cela changerait fondamentalement la dynamique de la région. Cela pourrait signifier que la technologie houthiste, y compris les missiles, les drones et les capacités de drone, est mise à la disposition des pirates somaliens ; dans ce cas, les risques augmenteraient de façon démesurée. »
Afrah Al-Zouba, ministre désignée des Affaires étrangères du Yémen, déclare que les Houthis reproduisent la stratégie iranienne dans le détroit d’Ormuz de la mer Rouge en perturbant les transports maritimes traversant le Bab-el-Mandeb.
« Les Houthis veulent copier le modèle iranien et cela clôturera les deux détroits principaux, les entrées du golfe et de la mer Rouge », déclare-t-elle dans un reportage de Reuters.
L’augmentation récente du nombre d’attaques se produit après une période d’accalmie relative. Entre 2005 et 2012, les groupes de pirates ont recueilli entre 339 et 413 millions de dollars, selon les estimations de la Banque mondiale. L’opération Atalante a relevé 26 attaques de piraterie entre 2013 et 2019, puis aucune attaque entre 2020 et 2022. La piraterie au large des côtes somaliennes a repris en 2023, avec six attaques, et elle est montée en flèche pour atteindre 22 attaques en 2024. Toutefois, seulement cinq incidents de ce type ont été signalés l’an dernier.
Les grosses rançons jouent un rôle dans les attaques de piraterie. En mars 2026, les pirates somaliens ont libéré un navire chinois saisi en janvier 2026 après avoir reçu paiement d’une rançon de 1,5 million de dollars.
« Les attaques houthistes en mer Rouge ont attiré les navires plus près du littoral somalien, à proximité des points sensibles de piraterie. Étant donné le coût élevé du pétrole et du gaz, ces pétroliers et gaziers sont devenus extrêmement précieux et particulièrement vulnérables », déclare à CNBC Matt Reisener, conseiller senior à la sécurité nationale pour le Centre de stratégie maritime.
Il incombe donc aux propriétaires des navires d’évaluer les risques d’attaque en fonction de la hausse des primes d’assurance.
« La question de la piraterie accroît certainement l’incertitude profonde, et cela permet à ceux qui ont déjà décidé d’éviter la mer Rouge de confirmer leur décision », déclare à CNBC Ian Ralby, PDG du cabinet maritime et de sécurité des ressources I.R. Consilium.
