La Marine kényane a découvert plus d’une tonne de méthamphétamine lors de l’interception du MV Mashallah, une petite embarcation de pêche non enregistrée, à environ 340 milles marins à l’Est de la localité de Lamu sur le littoral kényan en octobre 2025. Les autorités ont arrêté six Iraniens et les ont accusés de trafic de drogue. La quantité saisie avait une valeur estimée à 63,4 millions de dollars et sa pureté était de 98 %. La saisie est le résultat d’une opération multinationale coordonnée ciblant le trafic de drogue sur les voies navigables de l’océan Indien. Les autorités ont déclaré que le Kenya était la destination de l’embarcation.
Le littoral d’Afrique de l’Est, autrefois connu comme plateforme de transit pour les drogues illégales, devient un lieu de destination pour la méthamphétamine, alors que les côtes de la région sont aussi prises pour cible par des embarcations plus petites pratiquant la pêche illégale, non déclarée et non réglementée (INN) ; la piraterie ; et le trafic des stupéfiants, des armes et de la faune sauvage. Selon Willis Okumu, chercheur senior à l’Institut d’études de sécurité, les criminels utilisent typiquement des petits vaisseaux sans révéler leur identité nationale pour dissimuler l’identité de leur propriétaire et passer plus facilement les articles illégaux.
« Alors que le trafic de drogue est leur activité la plus visible, ces vaisseaux soutiennent une vaste économie criminelle, dit-il. Au large des côtes de Somalie, les boutres non enregistrés ont été utilisés comme “vaisseaux mères” pour lancer des attaques de piraterie contre les navires commerciaux et pour passer les armes en contrebande. »
Les navires commerciaux ont été forcés de suivre des routes plus longues autour de l’extrême Sud de l’Afrique à cause des perturbations du trafic maritime dans la mer Rouge, le golfe d’Aden et les autres eaux régionales. Les autorités ont recensé trois incidents liés à la piraterie en Somalie entre janvier et mars, mais ce chiffre a augmenté fortement en avril lorsque sept attaques ont été relevées. En date du 24 août, la Marine indienne, le Centre des opérations commerciales maritimes du Royaume-Uni et le Centre de sécurité maritime-Corne de l’Afrique avaient enregistré 29 incidents de piraterie en Somalie.
Les rebelles houthistes du Yémen, appuyés par l’Iran, soutiennent le groupe terroriste des Chebabs en Somalie, et il existe des cas de vaisseaux non enregistrés qui passent des armes en contrebande dans le pays. Dans un tel cas de 2023, les responsables de la sécurité ont intercepté un vaisseau transportant plus de 2.000 fusils AK-47 à destination des Chebabs dans les eaux internationales entre l’Iran et le Yémen, une route utilisée historiquement pour trafiquer les armes à destination des Houthis.
Les vaisseaux non enregistrés sont liés à la pêche INN autour du continent. À elle seule, la Somalie perd 300 millions de dollars par an à cause de la pêche illégale.
Les vaisseaux non enregistrés n’ont souvent pas de permis de pêche légitime et s’engagent dans un grand nombre de pratiques prohibées, notamment le chalut de fond qui consiste à faire traîner un filet sur les fonds marins et à ramasser sans distinction toute la faune marine. Cela tue les poissons juvéniles et conduit à la diminution des stocks de poissons et la destruction des écosystèmes, pour menacer les moyens de subsistance de plusieurs dizaines de milliers de pêcheurs artisanaux dans les communautés du littoral d’Afrique de l’Est.
Les limitations de capacité des patrouilles exacerbent le problème et le Dr Okumu recommande une « stratégie régionale soutenue » qui « combine les renseignements régionaux et d’état avec une vigilance axée sur la communauté » pour améliorer les opérations régionales de sécurité maritime.
Il a mis en lumière le potentiel du projet Jahazi, lancé en septembre 2025 par l’organisation panafricaine Ascending Africa, engagée à encourager le développement durable. Le projet vise à renforcer les protections contre la pêche illégale. Les pays qui y participent incluent les Comores, le Kenya, Madagascar, le Mozambique, la république de Maurice, les Seychelles, la Tanzanie et l’archipel tanzanien de Zanzibar. Ce dernier perd une somme estimée à 415 millions de dollars par an à cause de ce fléau.
La première phase du projet se concentrera sur les régions côtières du Kenya, du Mozambique et de la Tanzanie. Les efforts incluront l’établissement de zones de conservation marine axées sur les communautés et les patrouilles de surveillance conjointes pour prêter assistance.
Michael Mallya, porte-parole du projet, déclare à l’International Collective in Support of Fishworkers : « L’économie des océans a un potentiel énorme pour l’Afrique de l’Est, mais cette promesse est en péril. Avec le projet Jahazi, nous nous sommes engagés à joindre nos forces, amplifier nos efforts et assurer que nos océans restent abondants pour les générations futures. »
Les embarcation plus petites et non enregistrées sont aussi utilisées pour passer illégalement la faune sauvage vers les marchés asiatiques. Selon le Dr Okumu, ces vaisseaux sont employés pour passer en contrebande les tortues de Madagascar et les cornes de rhinocéros du Nord du Mozambique sur des navires plus gros dans l’océan Indien.
