Les militants islamistes luttant pour des groupes liés à Al-Qaïda et l’État islamique (Daech) se propagent au-delà des frontières nationales dans plusieurs régions et lancent des attaques sophistiquées contre les forces des états et les civils.
Selon le projet ACLED (Armed Conflict Location and Event Data), le nombre d’activités violentes de Daech en Afrique ont augmenté pour atteindre 86 % de toutes les attaques du groupe dans le monde au premier trimestre 2026, comparé à 49 % en 2024 et 79 % en 2025. Les zones du continent enregistrant le plus grand nombre de décès liés à la violence islamiste en 2025 étaient le Sahel et le littoral d’Afrique de l’Ouest, la Somalie, le bassin du lac Tchad, la région des Grands Lacs et le Mozambique.
Au Sahel et dans les pays du littoral ouest-africain, le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM) affilié à Al-Qaïda a été responsable pour une grande partie des 3.029 événements violents ayant conduit à 9.975 morts l’an dernier. Le GSIM prend de plus en plus pour cible les centres urbains du Burkina Faso et du Mali. L’État islamique dans le Grand Sahara (EIGS) est aussi actif dans la région.
En avril, le GSIM et le Front de libération de l’Azawad (FLA) ont saisi la ville malienne stratégique de Kidal, ce qui a porté un coup sévère aux forces maliennes et aux mercenaires russes chargés de protéger la ville. Quelques jours plus tard, le GSIM a annoncé le « siège total » et le blocus à grande échelle de la capitale de Bamako.
Ceci « forcera probablement l’armée malienne à donner priorité à la sécurisation de la capitale tout en mettant au second plan les autres régions, ce qui compliquera davantage les efforts visant à regagner le contrôle de la situation à un moment où la trajectoire du conflit semble déjà difficile à inverser », écrit Héni Nsaibia, analyste du projet ACLED, sur le site web de l’organisation.
En octobre 2025, le GSIM a revendiqué sa première attaque connue au Nigeria, dans laquelle un soldat a été tué et des munitions ont été saisies dans l’État de Kwara, près de la frontière occidentale avec le Bénin. Daech est aussi resté actif dans le pays. En mars 2026, l’EIGS a tué dix soldats nigérians dans l’État de Kebbi au Nord-Ouest du pays. C’était la première attaque du groupe dans le pays depuis plus de six ans, selon ACLED.
En Somalie, les Chebabs ont commis un grand nombre des 3.545 événements violents ayant conduit à 8.813 décès l’an dernier, selon ACLED. Cette année, le groupe a intensifié sa présence dans les régions de Galguduud et Mudug. Le groupe cherche à reconquérir la ville de Harardhere qu’il avait contrôlé pendant 15 ans jusqu’en 2023, lorsque les forces somaliennes libérèrent la ville.
Au début 2026, les Chebabs ont reçu d’importantes livraisons d’armes et de munitions, y compris des drones, envoyées par les rebelles houthistes du Yémen.
« Ce soutien externe permet la planification et l’exécution plus sophistiquées des attaques par EEI [engin explosif improvisé] et des opérations terrestres », écrivent les chercheurs d’ACLED dans un rapport de mai 2026.
Boko Haram et la Province d’Afrique de l’Ouest de l’État islamique (PAOEI) sont responsables pour la majorité des 1.592 événements violents et 4.850 décès dans le bassin du lac Tchad l’an dernier, selon le rapport d’ACLED.
La PAOEI conduit des opérations plus complexes depuis le début 2025 et emploie de plus en plus des drones pour attaquer les forces militaires. En plus de ses capacités de champ de bataille, la PAOEI « a démontré son aptitude d’administration du territoire, autrement dit pour fonctionner comme gouvernement parallèle dans les zones qu’elle contrôle », écrit le chroniqueur Mustapha Bature Sallama pour le site web d’actualités Modern Ghana.
Boko Haram, son concurrent régional, a reconquis du territoire près du lac Tchad des mains de la PAOEI, souvent lors d’assauts coordonnés, amphibies ou motorisés. Le 4 mai, le groupe a tué 24 soldats tchadiens et blessé 46 dans l’attaque d’une base militaire sur les rives du lac.
Les Forces démocratiques alliées appelées aussi Province de l’État islamique en Afrique centrale ont commis une grande partie des 1.369 assassinats lors de 286 événements violents dans la région des Grands Lacs l’an dernier, selon ACLED. Le groupe n’avait pas la réputation de cibler régulièrement les forces de sécurité directement, mais au premier trimestre 2026 il a attaqué les patrouilles militaires et les soldats protégeant les sites miniers. Le groupe cible les civils en menaçant des enlèvements en masse.
L’État islamique au Mozambique est essentiellement responsable pour les 531 décès résultant de 299 événements violents dans le pays en 2025. Le groupe a pris pour cible de plus en plus souvent les civils l’an dernier, en particulier au Sud de la province de Cabo Delgado et dans la province de Nampula. Les chercheurs de l’ACLED prédisent que cette tendance continuera. Le groupe commet aussi des enlèvements et provoque des déplacements en masse.
