La plus récente épidémie d’Ébola en République démocratique du Congo s’est propagée avec une vitesse terrifiante. Des centaines de cas et des dizaines de décès ont été signalées pendant une seule semaine au mois de juin. Avec plus de 1.000 cas confirmés, il s’agit aujourd’hui de la deuxième plus grave épidémie d’Ébola jamais recensée.
La maladie est concentrée principalement dans la province de l’Ituri au Nord-Est du pays, mais des cas ont aussi été notés dans le Nord-Kivu et le Sud-Kivu, tous situés dans l’extrême Est de la RDC où les terroristes et les groupes armés compliquent encore plus la réponse aux urgences de santé.
Mais la RDC avait auparavant subi au moins 17 épidémies différentes d’Ébola, soit la grande majorité de tous les cas signalés depuis l’identification du virus près de la rivière Ébola en 1976. Les médecins congolais, les scientifiques et les travailleurs sur le terrain ont une expérience directe pour traiter le virus et rechercher les contacts.
Bruno Michon, qui supervise la réponse de la Croix-Rouge à l’épidémie en RDC, déclare que l’engagement auprès des communautés et l’obtention de leur confiance sont cruciaux pour confiner la maladie.
Il a déclaré le 18 juin : « Il n’existe pas de raccourci pour stopper une épidémie d’Ébola. Les communautés nécessitent des informations de confiance, des opportunités pour poser des questions et un vrai engagement. Les gens sont plus à même de chercher à se soigner, de signaler les symptômes et d’accepter les mesures de santé publique lorsqu’ils perçoivent qu’ils sont écoutés et respectés. »
L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a relevé plusieurs conclusions dérivées d’une épidémie d’Ébola qui avait commencé dans la province du Kasaï en septembre 2025 et avait été rapidement maîtrisée, le dernier patient étant sorti de la clinique deux mois plus tard.
« La réponse a suivi une approche exhaustive de protection communautaire en adressant les risques épidémiologiques et les conditions sociales qui influencent le succès des mesures de santé publique », a déclaré l’OMS le 12 juin 2026.
Les équipes locales d’engagement et de protection ont été rapidement déployées au Kasaï, en permettant aux résidents d’exprimer leurs inquiétudes, de poser des questions et d’obtenir des informations exactes. Les réunions et les dialogues ont aidé à identifier les acteurs locaux de confiance qui jouèrent un rôle vital pour construire la confiance, répondre aux rumeurs et encourager le traitement précoce.
« Leur présence avec les équipes de réponse a aidé à stabiliser les communautés pendant une phase décisive de l’épidémie et a renforcé la confiance du public dans les efforts de réponse », selon l’OMS.
Les responsables ont recueilli les réactions de la communauté par le biais des forums de jeunes, des groupes de femmes, des programmes d’appel radio et des lignes d’assistance téléphonique. Ces informations, en plus des données en temps réel, ont permis de tenir des réunions de coordination quotidiennes pour prendre des mesures telles qu’un meilleur accès aux vaccins et la réponse aux craintes concernant le traitement et les enterrements dignes et sécurisés.
Les épidémies antérieures ont aussi montré que les mesures de soutien social telles que l’assistance alimentaire et les soins à la maison peuvent être plus efficaces que les mesures coercives de confinement. L’organisation humanitaire Human Rights Watch déclare qu’en novembre 2025, la malnutrition aiguë a atteint des niveaux de crise dans certaines régions de l’Ituri et du Nord-Kivu, en affectant près de 25 millions de personnes.
« Il est plus probable que les gens respecteront volontairement les quarantaines s’ils ont une nourriture suffisante, déclare HRW. Lorsque les centres de traitement ne peuvent pas fournir d’alimentation de base, les membres des familles risquent d’être exposés s’ils apportent eux-mêmes les aliments. »
Ida Sawyer, directrice de la division des crises et des conflits chez HRW, déclare que la plus forte épidémie d’Ébola au Congo, entre 2018 et 2020, a été probablement prolongée à cause de l’intervention des forces de sécurité congolaises, qui ont entravé la réponse de santé et aggravé la méfiance de la communauté.
« Le gouvernement congolais et ses partenaires doivent surmonter les années de conflit, d’abus et de négligence qui ont stressé les systèmes de santé et érodé la confiance, et qui risquent de compliquer la riposte à l’Ébola. Cela se traduit par la prise de toutes les mesures nécessaires pour minimiser le rôle des forces de sécurité et engager étroitement les communautés affectées. »
