Étant donné que les eaux du golfe d’Aden et du Moyen-Orient sont menacées par le terrorisme, les conflits militaires, les blocus et la piraterie, les grandes sociétés de transport maritime ont décidé d’utiliser des routes près du cap de Bonne-Espérance en Afrique du Sud pour mieux protéger les équipages et les cargaisons.
Toutefois, les experts déclarent que ce réacheminement croissant des navires pourrait exposer certains talons d’Achille parmi les plus importants de la sécurité maritime sud-africaine. Deux chercheurs de l’Institut pour les études de sécurité de Pretoria, Timothy Walker et Daniela Marggraff, ont participé à une table ronde hébergée par l’Institut à l’université de Pretoria le 31 mars.
Le sujet était la route maritime du cap de Bonne-Espérance. La conférence a attiré environ 50 chercheurs, académiciens et officiels. Les deux chercheurs ont conclu que la capacité du gouvernement pour orienter correctement les renseignements exploitables sur les menaces de la sécurité maritime reste un défi majeur.
Ils ont écrit dans un article du 29 avril pour l’Institut : « L’augmentation du trafic élargit l’espace opérationnel pour les activités illégales, en créant des risques économiques et sécuritaires. À mesure que le nombre de navires augmente et les modes de trafic changent, les exigences de surveillance et de contrôle augmentent aussi et l’examen détaillé du transport maritime devient plus complexe. En même temps, des lacunes persistent dans la mise en commun des informations liées aux activités malveillantes. »
Les problèmes principaux de la sécurité maritime en Afrique du Sud sont axés sur le manque prolongé de financement pour les forces navales et aériennes et les contraintes graves liées à la capacité. La hausse du trafic des navires met en lumière les vulnérabilités qui peuvent être exploitées par les réseaux criminels transnationaux pratiquant la contrebande, le trafic, la pêche illégale et non réglementée, et d’autres crimes maritimes.
Les déficits budgétaires ont fait pression sur la capacité de la Marine sud-africaine pour déployer et maintenir ses navires le long du littoral de 4.000 km. De même, l’Armée de l’air manque d’aéronefs affectés aux patrouilles maritimes.
En 2014, le gouvernement a lancé l’opération Phakisa, initiative de l’économie des océans visant à améliorer la sûreté et la sécurité maritimes, parmi d’autres objectifs économiques focalisés sur la construction navale et l’amélioration de l’efficacité des grands ports du pays. Elle a commencé avec un appui solide de la part du public mais elle a perdu son élan au fil des ans alors qu’elle donnait peu d’informations sur l’état des projets, ou qu’elle n’en donnait aucune.
Un participant à la table ronde a déclaré à DefenceWeb : « Pour autant que je sache, Phakisa existe toujours … mes recherches sur l’actualisation des informations et les nouvelles n’ont pas abouti. »
Les deux chercheurs ont rejoint ceux qui demandent la complétion de la stratégie nationale de sécurité maritime de l’Afrique du Sud. Ils exhortent aussi le gouvernement à responsabiliser la Commission consultative sur la sécurité maritime pour qu’elle exécute cette stratégie en tant qu’organisme interministériel responsable pour la conduite des dépistages de sécurité, la surveillance des navires en approche et la coordination des réponses maritimes nationales.
« Le monitoring du cap de Bonne-Espérance seulement en cas de crise reflète une vaste sous-évaluation des océans dans la pensée stratégique d’Afrique du Sud et un modèle récurrent d’engagement limité de haut niveau, écrivent-ils. Les questions maritimes doivent être mieux ancrées au cœur du gouvernement par le biais d’une titularité politique plus claire, soutenue par une Commission consultative sur la sécurité maritime rehaussée qui mette en œuvre une stratégie nationale de la sécurité maritime et assure la participation cohérente des ministères clés. »
Le vice-amiral Monde Lobese, chef d’état-major de la Marine, a récemment déclaré que l’Afrique du Sud ne devrait pas agir seule, en soulignant la nécessité d’une collaboration régionale et continentale.
Il a dit lors du sixième Symposium « Sea Power for Africa » tenu à Lagos les 2 et 3 juin : « Les menaces maritimes contemporaines ont une nature de plus en plus hybride, en combinant les tactiques conventionnelles et non conventionnelles. C’est pourquoi la protection de nos mers n’est plus une préoccupation nationale limitée, mais un impératif régional et continental, et certainement indigène à l’Afrique. »
