Les Guinéens ont reçu des nouvelles surprenantes à la fin mars lorsque le gouvernement a annoncé qu’il avait démantelé un réseau terroriste censé être lié au Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM) affilié à Al-Qaïda.
Une opération de contre-terrorisme menée dans tout le pays avait conduit en 2025 à l’arrestation de 11 personnes, notamment un Malien appelé Fotigui Daou qui a admis sa participation à une entreprise de longue date d’otages contre rançon qui avait aidé à financer les activités du GSIM.
« Des enquêtes judiciaires ont révélé qu’un groupe de 11 individus, y compris 7 Maliens, 2 Nigériens, 1 Burkinabé et 1 Guinéen, avaient été arrêtés en avril 2025 dans les préfectures de Siguiri, Mandiana et Kankan », a déclaré le procureur général Fallou Doumbouya le 21 mars. Il n’a pas expliqué le délai de 11 mois entre les arrestations et la déclaration.
L’enquête a aussi découvert plusieurs groupes de WhatsApp liés au GSIM que M. Daou et d’autres avaient utilisés pour radicaliser 513 membres. L’interrogatoire de M. Daou a conduit à l’arrestation de deux autres hommes identifiés comme des cadres dirigeants du réseau de radicalisation en ligne.
« C’est la première fois que de telles connexions djihadistes sont découvertes dans le pays, et cela souligne la portée croissante du GSIM, qui semble avancer de plus en plus vers l’Ouest », écrit la consultante en recherche indépendante Jessica Moody dans un article du 4 mai pour la World Politics Review.
Le GSIM n’a pas encore revendiqué d’attaque en Guinée, un pays qui a une frontière de 900 km avec le Mali, mais la sécurité dans le voisinage de la Guinée se détériore, selon l’évaluation de la société suédoise de gestion des risques African Security Analysis (ASA).
La région du Sahel représente « le cinquième de toutes les attaques mondiales par les groupes armés, et 51 % de tous les décès », selon l’Indice mondial du terrorisme 2026 qui classe le Mali en cinquième place parmi les pays les plus affectés par le terrorisme dans le monde.
Les tactiques de siège du GSIM contre la junte malienne se sont intensifiées depuis l’établissement de son blocus économique à l’intérieur et dans le voisinage du pays en septembre 2025. Depuis lors, le GSIM et les autres groupes terroristes de la région ont continué à étendre leur portée, en particulier vers les états du littoral, ce qui n’est pas une coïncidence.
ASA déclare dans son évaluation du 9 mai : « Pour la Guinée, les zones les plus exposées restent Mandiana, Siguiri, Kankan et les communautés frontalières liées à l’extraction minière, au commerce, aux passages et aux mouvements transfrontaliers informels. Il est probable que la menace restera inégale et difficile à déceler : la facilitation plutôt que les combats, le recrutement plutôt que les raids, la reconnaissance plutôt que le contrôle territorial ouvert. »
L’ex-officier de renseignement mauritanien Ahmed Mbarek déclare que les avancées récentes au-delà du Sahel entreprises par le GSIM et l’État islamique reflètent une évolution de la nature du conflit. Ces groupes, qui ne se limitent plus à conduire des frappes et des embuscades épisodiques, exécutent des attaques hautement sophistiquées et coordonnées qui ciblent des postes militaires établis, en saisissant le matériel et l’utilisant dans leurs opérations futures.
Mbarek dit que ce type d’opération envoie un message clair aux pays du golfe de Guinée : le succès au Sahel combiné à la liberté de mouvement dans une grande partie de l’Afrique de l’Ouest a renforcé les ambitions des groupes terroristes de toute la région.
Il déclare sur le site web de presse Voice of Emirates : « Dans l’ensemble, on peut dire que la tendance indique une expansion lente mais régulière. Le Mali reste le centre de gravité mais la pression interne pousse les parties à l’expansion plutôt qu’à la contraction. »
« À mesure que ce chemin est suivi, il n’est plus suffisant de parler d’une menace localisée au Sahel, mais plutôt d’une remise en forme graduelle de l’espace sécuritaire plus vaste qui s’étend vers l’Afrique de l’Ouest et le Sahel, avec toutes les conséquences qui l’accompagnent pour la stabilité régionale au cours des prochaines années. »
Les responsables guinéens et maliens se sont réunis à Conakry à la fin 2025 et ont convenu de renforcer la coopération en matière de sécurité le long de leur frontière commune. Les experts déclarent que c’est un bon début mais avertissent qu’il sera difficile pour les forces de sécurité de renforcer leur présence de façon significative sur une frontière située à près de 1.000 km de la capitale.
« Bien que la Guinée se retrouve dans une situation difficile, la plus grande menace posée par le GSIM à l’heure actuelle n’est pas vraiment la possibilité d’une attaque militaire audacieuse, mais plutôt les efforts de financement et de recrutement du groupe, écrit le Dr Moody. Pourtant, à long terme, le gouvernement guinéen aura du pain sur la planche pour chercher à assurer que les djihadistes n’établissent pas d’enclaves ou de bases opérationnelles arrière dans le pays. »
