Umaru Tanko se tient au milieu d’une ville incendiée. À l’extérieur d’une boutique carbonisée dans la localité nigériane occidentale de Woro, il déclare à un journaliste que les cadavres du fils et du petit-fils d’un ami gisent à l’intérieur.
« Ils les ont brûlés … mais nous ne leur avions rien fait de mal », a dit M. Tanko à Al Jazeera.
Les terroristes de l’État islamique (Daech) ont détruit cette commune de l’État de Kwara dans une attaque du 3 février. Les résidents locaux disent que les terroristes les ont pris pour cible pour avoir refusé de permettre à des prédicateurs radicaux de donner des discours dans la ville. Après la violence, seulement 200 personnes environ restaient dans cette ville jadis affairée de 17.000 habitants.
Le 14 février, les terroristes ont affiché une vidéo montrant 176 résidents de Woro qui avaient été enlevés, entassés dans une forêt. Ceci a horrifié encore plus le pays. Les captifs semblaient frêles et effrayés.
Selon le service d’actualité en ligne Sahara Reporters, « le film montre des dizaines de femmes et d’enfants debout, en rangs ; beaucoup sont visiblement en détresse. Leurs vêtements semblent sales et usés, alors que plusieurs des enfants n’ont pas de pantalon, ce qui souligne les conditions difficiles de leur détention. »
Cette situation lamentable n’est pas isolée. Le Nigeria est pris dans un vrai étau, ciblé par des groupes terroristes au Nord-Ouest, au Nord et au Nord-Est. L’organisation terroriste Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM) basée au Sahel a revendiqué sa première attaque au Nigeria en 2025, et elle menace d’avancer au Sud vers le golfe de Guinée. Boko Haram et ses groupes dissidents continuent à terroriser le Nord-Est du Nigeria. Le fléau du banditisme qui a tourmenté le Nord-Ouest du pays a commencé à se transformer en violence djihadiste. Lakurawa, groupe terroriste le plus récent, est selon des rapports un partenariat entre les terroristes et les hors-la-loi qui financent leurs opérations par le biais des enlèvements contre rançon.
Dans une analyse des menaces de sécurité qui coïncident dans le pays, le journal Vanguard, l’un des plus grands du Nigeria, a calculé que 1.258 personnes avaient trouvé la mort à cause de la violence entre le 1er janvier et le 10 février 2026.
Clifford Ndujihe, rédacteur politique du Vanguard, a écrit le 14 février : « Depuis les attaques terroristes et les affrontements communautaires jusqu’à la violence des cultes, aux vols à main armée, aux accidents de voiture et aux tragédies dans les foyers, la tuerie se propage dans pratiquement toutes les zones géopolitiques. Pour beaucoup de Nigérians, les débats ne concernent plus les statistiques, mais la survie. »
Le soutien militaire des États-Unis
Face à cette menace croissante, le président nigérian Bola Tinubu cherche à renforcer les partenariats de sécurité du pays avec ses alliés historiques.
Au début février, le général Dagvin Anderson, commandant de l’état-major unifié des États-Unis pour l’Afrique (AFRICOM), a confirmé lors d’un briefing de presse qu’une petite équipe de l’armée américaine est déployée au Nigeria pour soutenir les opérations de contre-terrorisme.
Le déploiement est le fruit de discussions de haut niveau initiées l’an dernier, notamment une réunion entre le général Anderson et M. Tinubu à Rome, où ils avaient convenu de la nécessité d’une action coordonnée contre les menaces régionales telles que celles posées par les affiliés de Daech et Boko Haram. La réunion a eu lieu en vertu du processus d’Aqaba, initiative jordanienne visant à promouvoir la coopération militaire pour combattre le terrorisme.
Le 25 décembre 2025, les États-Unis ont lancé plus de douze missiles de croisière Tomahawk depuis un navire de la Marine de guerre dans le golfe de Guinée, contre deux enclaves terroristes de la forêt de Bauni, État de Sokoto. Le ministère nigérian des Affaires étrangères a déclaré que les « frappes de précision » étaient dues à un échange de renseignement et à la coordination stratégique entre les deux pays, conformément à « des pratiques internationales établies et une entente bilatérale ».
De son côté, le Nigeria a annoncé des plans pour augmenter le nombre de soldats dans les zones affectées et renforcer l’opération de contre-terrorisme Hadin Kai qui cible Boko Haram et Daech. Les responsables nigérians soulignent que ce sont eux qui dirigent les efforts de contre-terrorisme dans le pays.
« Notre alliance sécuritaire avec les États-Unis est stratégique, focalisée sur la protection des communautés vulnérables et conduite opérationnellement par les troupes nigérianes », a déclaré M. Tinubu dans un discours du 26 janvier à Kano.
Pendant plusieurs décennies de partenariat entre les deux pays, le nombre de soldats américains au Nigeria a augmenté et diminué, mais l’AFRICOM a maintenu sa politique visant à ne pas établir de base permanente dans le pays. Le lieutenant-général John Brennan, commandant adjoint d’AFRICOM, a répété cela dans une interview avec l’Agence France-Presse. « Nous sommes beaucoup plus focalisés sur le placement des capacités à l’endroit correct et au moment correct, puis sur notre départ », a-t-il dit.
Le soutien des États-Unis fait partie des longs antécédents de coopération militaire. Au cours des dernières années, les États-Unis ont fourni douze aéronefs d’attaque légers A-29 Super Tucano, cruciaux pour les efforts de contre-terrorisme du Nigeria, et douze hélicoptères d’attaque AH-1Z. Les États-Unis ont aussi financé un projet de modernisation des installations de la base aérienne de Kainji, pour la maintenance des avions Tucano.
Le quartier général de la Défense du Nigeria (DHQ) a annoncé récemment le déploiement d’environ 200 conseillers militaires américains, qui fourniront un entraînement de contre-terrorisme de pointe, un soutien technique et le partage du renseignement. Samaila Uba, porte-parole de DHQ Nigeria, déclare que les conseillers américains sont là à des fins d’entraînement, et qu’ils ne participeront pas aux combats et n’auront pas de rôle opérationnel direct. Les forces nigérianes conserveront la pleine autorité de commandement.
Un soutien par le biais de l’entraînement, la logistique et le partage du renseignement
Bien que des détails spécifiques n’aient pas été fournis, les experts en matière de sécurité offrent des aperçus sur la demande de DHQ Nigeria pour l’entraînement, le soutien technique et le partage du renseignement.
L’intérêt du Nigeria dans un entraînement de pointe pourrait inclure un entraînement tactique pour les troupes d’entraînement de base existantes de l’Armée de terre nigériane et les unités militaires existantes participant à l’opération Hadin Kai, ainsi que des armes additionnelles pour le contre-terrorisme. Plus de vingt bases opérationnelles avancées (FOB) de l’Armée de terre nigériane ont été attaquées ou prises d’assaut par les militants djihadistes au début 2025, ce qui indique le besoin d’un entraînement militaire américain en vue de renforcer, défendre et réapprovisionner un réseau de FOB éloignées.
Il est probable que le soutien militaire technique des États-Unis se concentrera sur l’optimisation des offensives de drone offensives et sur le RSR (renseignement, surveillance et reconnaissance), tout en offrant aussi une expertise pour contrecarrer l’emploi par les terroristes des engins explosifs improvisés (EEI) et des véhicules aériens sans humain à bord (drones) qui sont déployés contre les troupes nigérianes.
Il existe aussi un intérêt mutuel pour profiter des succès du centre de fusion du renseignement États-Unis – Nigeria, installation cruciale qui renforce les capacités RSR du Nigeria. La cellule a été louée pour développer des capacités nigérianes durables et l’aptitude de soutenir des résultats opérationnels en temps réel sur les champs de bataille, en améliorant ainsi la capacité du pays pour riposter indépendamment aux menaces de sécurité.
Un analyste nigérian de la sécurité a déclaré que le plus grand soutien nécessité par le pays concerne le RSR persistant, la fusion du renseignement et la conception opérationnelle, et non pas « les pieds sur le terrain ».
Lekan Olayiwola a écrit pour The Cable : « Si le soutien américain doit altérer la trajectoire de sécurité du Nigeria, son plus grand impact sera en amont, dans la génération, la fusion et l’utilisation du renseignement, plutôt qu’en aval en termes de puissance de tir. La mise en commun du renseignement a amélioré la riposte tactique dans certains théâtres, en réduisant le temps nécessaire entre la détection et l’action, en particulier lorsque les unités d’insurgés exploitent la lenteur des cycles de décision. »
John Chuma Nwosu, PDG de la société de technologie nigériane Jetlink Group et homme politique, déclare de même que le Nigeria bâtit une alliance qui donnera à ses soldats la supériorité technologique dont il a besoin pour vaincre les terroristes.
« Le partenariat souligne l’importance croissante de l’architecture sécuritaire axée sur la technologie dans la guerre moderne, dit-il aux journalistes. Dans l’environnement de sécurité contemporain, la supériorité technologique joue un rôle décisif dans la collecte de renseignement, la surveillance et l’efficacité opérationnelle. Tout pays qui ignore cette réalité expose ses citoyens à des risques. »
