Les Forces armées royales (FAR) marocaines ont déployé une plateforme de cyberdéfense de pointe pour renforcer leurs capacités de détection des menaces en temps réel, de réponse automatisée aux incidents et d’investigation numérique.
La suite Garda Cyber Command Suite, développée par la société technologique américaine Lyntris, utilise l’intelligence artificielle (IA) pour évaluer les menaces pesant sur les infrastructures de réseau et identifier les modes d’attaque probables. Le système intègre des capteurs, des radars et des dispositifs électro-optiques au sein d’une image opérationnelle unifiée. L’Arménie et Taïwan l’utilisent également.
Le système Garda a été conçu pour assurer le bon fonctionnement des réseaux nationaux, même dans des zones où les communications sont dégradées ou interrompues. Cet aspect est crucial pour les forces armées devant assurer une continuité opérationnelle de leurs systèmes dans des zones isolées. « Au Maroc, en Arménie et à Taïwan, nous avons déployé Garda Cyber et Quasar sur plus de 100 sites surveillés, permettant aux opérateurs de mener de véritables missions de cyberdéfense en quelques jours seulement. »
Selon Lyntris, le système marocain mobilise entre 150 et 200 opérateurs. Il comprend un centre de commandement principal, trois plateformes mobiles de commandement et de contrôle, trois centres d’opérations régionaux et 65 sites équipés de capteurs. Le système est également déployé sur six navires et compte entre 150 et 200 utilisateurs. Le coût de la plateforme et la date de sa mise en service au Maroc n’ont pas été précisés, tout comme la nature exacte des infrastructures marocaines protégées.
Hichem Moatadhid, chercheur spécialiste des questions de stratégie et de sécurité, a déclaré à The Arab Weekly que le Maroc s’investit de plus en plus dans le transfert de technologie et la formation de personnel à l’exploitation et la maintenance de systèmes avancés.
Selon lui, l’IA militaire, les drones, les communications modernes du champ de bataille et la cyberdéfense constituent désormais des priorités. En effet, l’intrusion dans un réseau militaire peut perturber les communications, tandis que la manipulation des données issues des capteurs est susceptible d’influencer la prise de décision militaire de manière plus significative que les armes conventionnelles. Dans la guerre moderne, les cybermenaces peuvent compromettre la sécurité avant même que ne surviennent des affrontements physiques.
« Dans cette optique, l’intégration de la cyberdéfense aux systèmes de commandement et de contrôle, aux capteurs et à l’intelligence artificielle place le Maroc sur la voie de la création d’une architecture de combat interconnectée, où les données elles-mêmes deviennent une composante de la puissance militaire », écrit The Arab Weekly dans une analyse.
Selon Lyntris, le Maroc exploite également la plateforme de commandement et contrôle (C2) Garda, qui intègre les données provenant de divers capteurs pour fournir une situation opérationnelle unifiée. Cela permet aux commandants et aux opérateurs de suivre l’évolution de la situation sur le terrain en temps réel. En avril, Lyntris a indiqué que le personnel des Forces armées royales marocaines avait suivi une formation de deux semaines sur ce système à San Diego.
L’utilisation des systèmes Garda par le Maroc intervient alors que Rabat et Washington étendent leur coopération militaire au-delà des simples contrats d’armement et des exercices conjoints. Il a récemment été décidé de construire au Maroc le Centre africain d’entraînement et d’expérimentation multi-domaine (AMTEC).
Prévu pour ouvrir ses portes à Tan-Tan en 2030, l’AMTEC comprendra une zone d’entraînement multi-domaine, une académie des drones ainsi qu’un centre d’innovation et d’expérimentation. Les FAR et l’état-major unifié des États-Unis pour l’Afrique (AFRICOM) ont signé un protocole d’accord au quartier général de l’AFRICOM le 13 juillet.
La zone d’entraînement multi-domaine disposera d’un complexe de champs de tir destiné à préparer les soldats à l’utilisation des systèmes d’armes, des systèmes de défense et des plateformes de communication. L’académie des drones formera des opérateurs, des instructeurs et des planificateurs, marocains et provenant d’autres nations africaines, afin de renforcer leurs capacités face aux menaces terroristes en Afrique de l’Ouest.
L’AMTEC vise à nouer des partenariats avec le monde universitaire en intégrant des experts et des institutions au sein d’équipes de conception pluridisciplinaires. Sa première démonstration de tir réel impliquant les forces marocaines et américaines s’est déroulée du 3 au 7 août.
« L’objectif est de faire [de l’AMTEC] un centre régional d’innovation, de coopération stratégique et de développement industriel, ainsi qu’un centre d’excellence dédié à l’expérimentation, à la validation, à l’évaluation et au développement des technologies de pointe », a déclaré le colonel marocain Zouhair El Hamdani, officier de coordination des FAR, dans un article publié par le département de la Défense des États-Unis. « Cette première démonstration de tir réel marque une étape importante dans la concrétisation de cette vision. »
