Un récent accord commercial de pêche entre la Somalie et la Chine est décrit comme une initiative qui encouragera la création des emplois et renforcera l’économie des océans du pays. Mais les analystes avertissent que les détails cruciaux de l’accord restent inconnus et, sans supervision appropriée, il pourrait dévaster les stocks de poissons de Somalie et la santé à long terme de son industrie de pêche artisanale.
Cet accord signé en juillet permet aux exportateurs somaliens de vendre le poisson aux consommateurs chinois, dont le nombre excède 1,4 milliard, sans nécessité de verser des droits d’importation.
Mais les observateurs mettent en garde contre les antécédent de la Chine dans la région, lesquels justifient une dose de scepticisme concernant l’accord.
« La triste réalité est la suivante : partout où la Chine conclut des accords liés à la pêche, l’environnement marin se détériore, la gouvernance est sapée, l’intégrité des chaînes d’approvisionnement se dégrade, les pêcheurs locaux font faillite, les communautés du littoral ont des périodes difficiles et la culture côtière axée sur la pêche est détruite », déclare à ADF l’analyste de la sécurité maritime Ian Ralby, président d’Auxilium Worldwide.
Bien que l’accord puisse offrir une assistance économique à court terme, il ajoute que « l’effondrement à long terme de l’environnement marin signifie que l’état paie bien plus que la valeur économique de l’accord ».
Les accords chinois sont bien connus pour leur opacité, et le Dr Ralby n’a pas eu connaissance de tout autre accord commercial de pêche équivalent signé par la Chine avec d’autres pays.
« On sait bien que la Chine est créative dans l’utilisation de divers avantages liés aux chaînes logistiques des ressources, afin de bonifier les accords qui lui fournissent souvent d’énormes bénéfices et provoquent d’énormes dommages à long terme pour l’autre état. »
La flotte de pêche chinoise en eau distante est la plus grande du monde. Elle pille depuis des dizaines d’années les eaux en Somalie et autour du continent. Ceci a conduit à de sérieuses diminutions des stocks de poissons, en particulier le thon albacore. Les agences régulatrices chinoises se conforment aussi à des normes internationales strictes de qualité et la Somalie n’a pas d’installations modernes de transformation du poisson.
Le site web d’actualité somalien Goobjoog News écrit dans un éditorial : « L’accès au marché chinois … ne garantit pas à lui seul une expansion immédiate des exportations. Les producteurs somaliens devront satisfaire aux exigences chinoises liées à la sécurité alimentaire, la qualité, la transformation, la traçabilité et la certification des exportations. Le pays nécessitera aussi des chaînes du froid et des connexions de transport fiables pour éviter les pertes entre les débarcadères et les points d’exportation. »
Depuis des années, les 90.000 pêcheurs somaliens artisanaux ont des difficultés pour survivre à cause de la pêche illégale, non déclarée et non réglementée (INN) qui fait perdre 300 millions de dollars par an au pays. Une grande partie de ce fléau est due à la Chine, qui est de loin le pire contrevenant mondial de la pêche illégale, selon l’Index de risque de pêche INN.
Les navires chinois commettent de nombreuses infractions de pêche, y compris le chalut de fond qui consiste à traîner un filet sur le sol océanique et ramasser systématiquement toute la faune marine. Ceci tue les poissons juvéniles, conduit à la réduction des stocks de poissons et détruit les écosystèmes cruciaux pour la vie aquatique.
Souvent, les navires chinois pêchent illégalement dans les zones économiques exclusives des pays et abusent les règles locales pour s’inscrire aux registres de pêche africains sous un pavillon local. Ceci s’appelle l’emprunt d’un « pavillon de complaisance » et aide les armateurs à éviter les frais financiers et autres règlements. L’objet de la déclaration de Mombasa est de lutter contre toutes ces infractions.
Le problème est extrême, à tel point que la pêche INN a été mentionnée comme justification des actes de piraterie par les pêcheurs somaliens. À la fin novembre 2024, une bande de pêcheurs somaliens armés et mécontents a saisi le Liao Dong Yu 578, chalutier de pêche chinois appartenant à la flotte de Liao Dong Yu. Les pirates ont libéré le navire et son équipage de 18 hommes vers la mi-janvier 2025 contre une rançon de 2 millions de dollars, selon des reportages. Le Liao Dong Yu 578 a été de nouveau détourné par les pirates somaliens en janvier 2026 et libéré en mars, après le versement par la Chine d’une rançon entre 1,2 et 1,5 million.
La Chine n’a signalé aucune tentative de répression de la pêche illégale. En juin, la Chine a refusé de signer la déclaration de Mombasa, accord ayant pour objet l’amélioration des efforts de lutte contre la pêche illégale. Sept pays africains (Cameroun, Gambie, Ghana, Guinée, Liberia, république du Congo et Somalie) ont signé l’accord au Kenya.
