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    Les Hommes, Pas Les Machines

    L’entraînement, le soutien holistique et le mentorat développent le capital humain des SOF
    ADFBy ADF24 septembre 2026Updated:28 septembre 202612 Mins Read
    Les soldats des forces spéciales de Côte d’Ivoire marchent à Grand-Bassam lors d’un défilé pour célébrer la fête de l’Indépendance. REUTERS
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    À mesure que le rôle de la technologie augmente dans les missions des forces d’opérations spéciales (SOF), les dirigeants pensent toujours que ce sont les humains, et non pas le matériel, qui font la différence.

    Les opérateurs bien entraînés utilisent leur courage, leur éthique et leur adaptabilité pour prendre instantanément des décisions sur le champ de bataille. Parmi les bouleversements dus aux outils tels que l’intelligence artificielle (IA), les professionnels africains de la sécurité mettent l’accent sur l’importance de garder le « capital humain » au cœur de la planification des SOF.

    Le major-général Mohamed Ali Barise de l’Armée de terre nationale somalienne a déclaré pendant la conférence « Silent Warrior » de 2025 à Nairobi : « Pour les SOF, le facteur déterminant est le personnel, l’être humain. La façon dont vous vous entraînez, la façon dont vous endoctrinez, façonnez et formez : c’est cela qui déterminera le succès de la mission. »

    Mais quelle est la meilleure façon de développer ces opérateurs ? Les experts pensent que c’est une combinaison de sélection rigoureuse, d’entraînement adaptatif, de mentorat et de soutien tout au long de la carrière.

    Un membre des Forces spéciales tunisiennes demande qu’un blessé simulé soit évacué pendant l’exercice African Lion à Bizerte. FORCES ARMÉES TUNISIENNES

    Un processus de sélection supérieur

    L’entraînement SOF est réputé être exténuant. Les nouvelles recrues sont poussées à leurs limites physiques et psychologiques pour les préparer aux combats. Les unités SOF sont connues pour leurs taux d’attrition les plus élevés des forces armées. Certains groupes d’élite admettent seulement 10 % environ des candidats.

    Par exemple, les célèbres « Recces » sud-africaines doivent passer un test appelé le défi ultime, qui consiste à marcher dans le désert tout en transportant des blocs ou des sacs de sable, en plus de la survie dans les régions sauvages et la privation de sommeil. Les experts pensent que les SOF ne devraient pas se détourner de ces difficultés. En fait, cela devrait être une marque d’honneur utilisée pour attirer les jeunes désireux de se mettre à l’épreuve.

    « Amenez les agents à un certain point, presque à un point de rupture : ainsi, lorsqu’ils seront sur le terrain et atteindront ce même point, ils n’abandonneront pas », déclare le colonel Charles Mugo, chef adjoint du commandement des Forces d’opérations spéciales du Kenya.

    Lors de Silent Warrior 25, conférence annuelle des forces spéciales, un commandant s’est souvenu d’une situation dans laquelle une patrouille en Somalie a été sujette à une embuscade et plusieurs soldats ont été séparés du groupe. Ils ont passé des semaines à survivre dans la région sauvage, en comptant sur leur entraînement pour rester en vie. L’entraînement doit préparer les agents des SOF à de telles difficultés, a déclaré le commandant aux participants.

    Les SOF ne devraient pas seulement chercher des candidats aptes physiquement, mais aussi des candidats solutionneurs de problèmes et des leaders mentalement résistants et créatifs.

    « Considérez le processus de recrutement, dit le colonel Mugo. Recrutez des volontaires qui comprennent la nature des efforts qu’ils vont affronter. »

    Les nouveaux membres de la brigade somalienne d’élite Danab démontrent les tactiques de terrain pendant une cérémonie de remise des diplômes à l’aéroport militaire de Baledogle (Somalie).  SERGENT D’ÉTAT-MAJOR ENRIQUE BARCELO/ARMÉE DE L’AIR DES ÉTATS-UNIS

    Un entraînement progressif

    Le colonel Jérôme Francis Nko’o Ella, commandant de l’opération Alpha du Bataillon d’intervention rapide (BIR) d’élite du Cameroun, connaît l’importance des unités SOF bien entraînées. Son pays fait face au terrorisme et au banditisme dans l’extrême Nord, aux séparatistes dans l’Ouest et à la piraterie sur le littoral, ce qui veut dire que les agents du BIR doivent être prêts à affronter divers terrains et ensembles de problèmes. Pour rafraîchir leurs aptitudes et maintenir leur habileté, les opérateurs du BIR retournent tous les deux ans pour un entraînement supplémentaire afin d’acquérir de nouvelles capacités et assumer de nouvelles responsabilités.

    Le colonel Nko’o Ella déclare que l’accent mis sur l’entraînement est important. « Dans d’autres régions du monde, ils mettent l’accent sur la technologie et le matériel ; en Afrique, nous n’avons pas autant d’argent, donc nous devons mettre l’accent sur l’entraînement des soldats plutôt que sur le matériel », a-t-il dit à ADF pendant Silent Warrior. Il ajoute que le besoin existe pour travailler avec les partenaires extérieurs, de façon que la formation qu’ils fournissent soit progressive. Cela veut dire que, chaque fois qu’un partenaire étranger assure une formation, elle est bâtie sur ce que l’on avait appris précédemment. En fin de compte, le résultat est un modèle consistant à « former le formateur » pour développer la capacité interne du Cameroun.

    « Nous autres, les destinataires de la formation, devrions sentir que nous améliorons vraiment nos capacités. Avec le temps, nous sommes mieux organisés, dit-il. Les formateurs externes doivent aussi savoir que, chaque fois qu’ils viennent, ils obtiennent plus en termes de capacités améliorées. »

    Les meilleurs modules de formation ont un cycle rapide de rétroaction qui utilise l’expérience aux combats pour actualiser l’instruction. Ceci est parfois appelé la formation adaptative ou « l’échec positif ». Il conserve les tactiques, techniques et procédures des SOF actualisées en fonction de ce que font les adversaires.

    Les leaders des SOF pensent que la meilleure façon de faire cela est d’ajouter une capacité de formation autarcique, d’origine locale, dans les pays africains. Un exemple en est l’Académie internationale pour la lutte contre le terrorisme de Côte d’Ivoire, inaugurée en 2021. Elle offre 19 programmes de formation des forces spéciales basés sur les défis du monde réel affrontés par les SOF d’Afrique de l’Ouest.

    « Afin d’avoir une formation dans le contexte sécuritaire africain, nous devons examiner les réalités africaines, déclare le colonel Mugo. Que notre formation soit basée sur les réalités que nous affrontons dans le contexte de sécurité africain, et que nous personnalisions tous notre formation en fonction de ce que nous éprouvons dans nos pays. L’analyse des menaces devrait servir de guide. »

    Il pense que la meilleure formation provient d’une doctrine bien conçue qui permet aux unités des forces spéciales de la Marine, l’Armée de l’air et l’Armée de terre, et au personnel de la police, de travailler ensemble. Cette doctrine, conforme aux meilleures pratiques, devrait être mise à jour au moins tous les cinq ans.

    « Tous ces défis qui sont affrontés pendant la formation des SOF proviennent surtout de la doctrine. Si vous avez une bonne doctrine, qui est commune aux agents spéciaux, vous pourrez alors avoir de bons leaders. »

    Un tireur d’élite du Bataillon d’intervention rapide du Cameroun est en observation, alors que son unité conduit une patrouille pendant l’exercice Flintlock 2025 à Daboya (Ghana).  SERGENT D’ÉTAT-MAJOR JAKE CARTER/ARMÉE DE L’AIR DES ÉTATS-UNIS

    Le mentorat

    Les forces armées reconnaissent que la meilleure formation n’est pas nécessairement acquise en salle de classe ou sur le terrain de tir. Certaines forces de combat parmi les plus efficaces considèrent aujourd’hui le mentorat comme un pilier stratégique du développement du corps des officiers.

    « Que ce soit dans les casernes, les collèges de guerre ou les déploiements de maintien de la paix, les commandants chevronnés guident de plus en plus les officiers subalternes non seulement dans les tactiques mais aussi dans l’éthique, la diplomatie, l’évolution de la nature du leadership dans les zones de conflit modernes de l’Afrique », écrit King Richard Igimoh pour le site web African Defence & Security.

    Lorsque de jeunes agents SOF sont plongés dans des environnements complexes qui évoluent rapidement, le mentorat peut être une force stabilisante. Il encourage le transfert intergénérationnel des connaissances, renforce l’éthique et bâtit l’esprit de corps.

    Plus de 12 pays africains ont des programmes de mentorat formels, et 62 % des officiers subalternes disent que le mentorat est crucial pour les promotions, selon un reportage d’African Defence & Security.

    Parmi les pays qui ont établi avec succès des programmes de mentorat, on compte :

    Les Forces rwandaises de défense, qui affectent des commandants de haut rang aux cadets au moment de l’obtention de leur diplôme, pour travailler avec eux pendant cinq ans.

    Les Forces armées du Ghana, qui désignent un officier de mentorat pour chaque bataillon, chargé d’affecter des mentors aux nouveaux lieutenants et capitaines.

    Au Kenya, le mentorat fait partie de l’École militaire d’éthique et de leadership, avec un accent spécial sur l’assurance que les officiers participant à des déploiements de maintien de la paix soient associés à des mentors. Les Forces de défense du Kenya organisent des forums après les déploiements pour enregistrer les leçons apprises et offrir un soutien aux officiers de retour,

    Une autre composante clé est le développement des sous-officiers qui sont chargés de former et soutenir une force prête pour les missions et d’exécuter des stratégies conçues par le corps des officiers. Dans la plupart des forces armées, une nouvelle recrue dépend d’un sous-officier pour la formation de base, l’entraînement et l’instruction dans les cérémonies, et pour maintenir
    l’ordre et la discipline.

    Un colonel ghanéen a résumé l’importance de la pratique lorsqu’il a déclaré à l’African Defence & Security : « Les rangs s’estompent, les médailles se rouillent, mais les leçons passées d’un soldat à l’autre : c’est l’héritage qui dure. »

    Un soldat des Forces spéciales ivoiriennes participe à l’exercice Flintlock 2025.  SERGENT D’ÉTAT-MAJOR ZACHARY WRIGHT/ARMÉE DE L’AIR DES ÉTATS-UNIS

    Les SOF pour l’avenir

    Alors que les chefs des SOF se préparent pour l’avenir, ils examinent des moyens de soutenir la santé et le bien-être des combattants. L’amélioration des taux de rétention peut être obtenue par le biais de programmes qui assurent des promotions et des encouragements basés sur le mérite pour les opérateurs qui continuent leur éducation et obtiennent des aptitudes critiques. Les unités SOF efficaces sont aussi focalisées sur le soutien à la vie de famille et la santé mentale des opérateurs.

    Mais à mesure que la formation des SOF s’adapte aux nouvelles menaces et à la nouvelle technologie, les experts pensent que les opérateurs devraient rester focalisés sur ce qui les rend uniques : leurs connaissances, leurs valeurs et leur adaptabilité.

    « La guerre est une entreprise humaine », a déclaré le vice-amiral américain Collin Green de DZYNE Technologies pendant Silent Warrior. Il a noté que les SOF sont au mieux le « tissu conjonctif » des forces armées avec une expertise régionale, une compréhension culturelle et des aptitudes linguistiques. Ces dernières sont acquises en étant sur le terrain dans les zones disputées, et « cela ne va pas disparaître », a-t-il dit.

    Alors qu’une route est conçue pour l’avenir, les leaders recommandent vivement aux SOF de doubler la mise sur leurs valeurs noyaux.

    Le général somalien Barise déclare : « L’opérateur SOF doit être bien entraîné et préparé à être une machine de combat, mais leur valeur est plus que ça. C’est l’idéologie, la doctrine, la raison pour laquelle ils portent l’uniforme. C’est la façon dont ils conduisent l’opération, la philosophie en laquelle ils croient, l’intégrité, le professionnalisme, le courage. Ce sont les facteurs déterminants pour qu’un soldat soit un soldat. »  


    Un modèle pour soutenir le combattant

    Alors que les leaders cherchent à soutenir le capital humain des SOF, un modèle utilisé globalement par les forces armées et les grandes organisations pourrait être utile. Cette structure pour identifier les solutions aux problèmes organisationnels complexes est connue sous son acronyme, DOTMLPFI, et peut être utile pour focaliser les efforts. Elle signifie :

    • Doctrine : Des principes fondamentaux, officiellement sanctionnés, qui guident comment les forces armées s’organisent, s’entraînent et utilisent les capacités pour atteindre les objectifs de sécurité nationaux. La doctrine est un cadre d’action partagé qui évolue constamment. Lorsque la doctrine n’est pas alignée sur les réalités de la mission, les opérateurs ont des difficultés pour réussir.
    • Organisation : C’est la façon dont les forces se battent dans les unités au sein d’une structure de commandement. Le soutien au développement du capital humain se traduit par l’offre aux opérateurs d’un parcours professionnel clair et d’une promotion basée sur le mérite au sein de leur organisation.
    • Formation : À son meilleur niveau, la formation des SOF intègre les leçons apprises et s’adapte aux réalités du terrain. Elle doit aussi être prospective et anticiper les tactiques de l’ennemi. La meilleure formation est progressive  plutôt que répétitive. Elle est aussi autarcique, conduite par les formateurs et les institutions du pays.
    • Matériel : Les opérateurs SOF adoptent rapidement les nouvelles armes et les outils de haute technologie pour faire face aux adversaires obscurs et asymétriques. Toutefois, déclarent les vétérans des SOF, le meilleur équipement n’est pas nécessairement le plus poussé ; c’est plutôt ce qui peut être régulièrement maintenu sur le terrain et réparé selon les besoins.
    • Leadership : Le leadership des SOF exige le courage moral, la discipline et la capacité de prendre rapidement des décisions dans le brouillard de la guerre et d’accepter la responsabilité de les avoir prises. Alors que les unités FOS cherchent à développer des leaders, elles encouragent de plus en plus les relations inter-
      générationnelles de mentorat.
    • Personnel : Développer le capital humain veut dire soutenir les guerriers loin du champ de bataille. Ceci exige un soutien aux familles, aux aspirations de carrière et à la santé physique et mentale.
    • Installations : Les agents efficaces sont façonnés dans les bases, les casernes, les champs d’entraînement et les institutions d’études supérieures. Pour soutenir leur capital humain, les SOF doivent avoir des installations adéquates.
    • Interopérabilité : À mesure que les menaces franchissent les frontières, il devient de plus en plus important pour les SOF d’être interopérables avec un vaste éventail de partenaires de sécurité. Il inclut les forces d’autres pays, les branches de leurs propres forces armées et d’autres agences de sécurité nationales.
    Le personnel des Forces spéciales nigérianes descend rapidement d’un hélicoptère en rappel pendant une démonstration militaire au Sommet des forces terrestres africaines, dans la caserne Général Ao Azazi de Gwagwalada (Nigeria). AFP/GETTY IMAGES
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