Les navires des « flottes fantômes » d’Iran et de Russie utilisent des sites web fictifs qui imitent les registres de navires africains, les administrations maritimes, les organisations de marins et les autres niveaux de conformité maritime pour échapper aux sanctions imposées aux exportations de pétrole.
Des sites web contrefaits liés à ces flottes sont probablement utilisés pour produire et corroborer de faux documents et certificats, selon un rapport récent d’Insikt Group, division de recherche des renseignements de menace de la société de cybersécurité Recorded Future. Ces sites web usurpent couramment l’identité des administrations maritimes nationales et des registres de navires au Bénin, au Cameroun, aux Comores, en Guinée équatoriale, au Malawi, au Tchad et en Zambie, et ils facilitent l’enregistrement sous faux pavillon dans plusieurs autres pays.
Les sites web fictifs permettent les fraudes maritimes et l’évasion des sanctions pour « former un réseau complexe impliquant des sociétés de façade, des individus et des navires », selon le rapport.
La Russie doit transporter son pétrole pour financer la guerre avec l’Ukraine. Selon le Centre for Research on Energy and Clean Air, la flotte fantôme de Moscou comprend jusqu’à 591 navires qui peuvent transporter 4,1 millions de barils de pétrole par jour, bien que certains transportent aujourd’hui du gaz naturel. Au total, la flotte produit des revenus annuels à hauteur de 100 milliards de dollars.
Le Robert Lansing Institute signale : « Pour Moscou, les pavillons africains sont devenus un moyen pratique de dissimuler les opérations de la flotte fantôme derrière une juridiction étrangère. Une fois que les navires naviguent sous la protection légale du registre d’un autre pays, la mise en application devient beaucoup plus complexe. »
L’Iran qui a aussi fortement recours aux exportations de pétrole gère environ 170 navires fantômes, selon la société de données financières et d’analytique S&P Global. Ses exportations de pétrole s’élevaient à environ 1,6 million de barils par jour en 2024 et 2025, une hausse comparé à 434.000 barils par jour en 2020. La flotte fantôme transporte la plupart du pétrole iranien. Les deux flottes sont surtout constituées de pétroliers vieillissants qui naviguent souvent sans couverture d’assurance correcte.
Insikt divise l’activité frauduleuse en trois groupes distincts. Dans chaque groupe, des sites web fictifs pratiquent le typosquattage, ou détournement d’URL, pour sembler crédible. Dans cette pratique, les arnaqueurs achètent des adresses Internet qui ressemblent à des noms de site web populaires, tout en contenant habituellement une petite erreur d’orthographe. Par exemple, un site web usurpe l’identité de l’administration maritime du Bénin et offre un outil libre-service pour créer des documents frauduleux du Bénin, des Comores et du Nicaragua.
D’autres sites web ciblant le Cameroun, les Comores et la Gambie prétendent être des « sociétés de classification de navire » établies sur les comptes de réseaux sociaux des plateformes traditionnelles, avec des identités de marque cohérentes, déclare le rapport.
Selon la Loyd’s List, plateforme numérique d’actualités maritimes, les sites web affiliés à marinegov.net apparaissent comme des registres de navires gouvernementaux fictifs ou des autorités nationales maritimes factices, y compris un site en Namibie qui prétend être actif en vertu du « Directorat général des transports maritimes », une organisation qui n’existe pas, et une « Administration maritime du Cameroun » illégitime qui gère un enregistrement de navires fictif et une agence de licence des navigateurs factice.
« Beaucoup d’entre eux partagent même des adresses d’URL presque identiques à celles des vrais registres et utilisent fréquemment des codes QR pour masquer les liens entre les documents des vrais et des faux sites web », selon le rapport de la Loyd’s List.
D’autres pages prétendent être des administrations maritimes nationales et des registres de navires au Bénin, en Guinée équatoriale, au Malawi, au Tchad et en Zambie.
Des registres de pavillon frauduleux associés à marinegov.net ont été identifiés au Bénin, au Cameroun, au Malawi, en Mauritanie et en Namibie. L’an dernier, la Lloyd’s List a révélé que la « Malawi Maritime Administration » (Administration maritime du Malawi) était frauduleuse, ce qui a incité le gouvernement du Malawi à émettre une mise en garde à l’Organisation maritime internationale. Le site web a été rapidement clôturé, mais auparavant 40 pétroliers s’étaient déjà enregistrés avec succès pour obtenir un faux pavillon malawien en moins d’un mois.
Le rapport d’Insikt exhorte les organisations maritimes à identifier de façon proactive l’infrastructure frauduleuse en ligne associée aux flottes d’Iran et de Russie et implore les gouvernements ciblés par les sites web fictifs de surveiller continuellement leurs registres de navires. Il recommande aussi aux gouvernements ciblés par la fraude de pavillon de conduire un partage d’information sur plusieurs juridictions « pour faciliter des réponses judiciaires et sécuritaires appropriées ».
