Le désaccord continue entre le Kenya et la Somalie, au sujet d’une zone maritime de 92.389 km carrés qui attire depuis longtemps l’attention des sociétés énergétiques internationales.
En 2021, la Cour internationale de justice (CIJ) des Nations unies a attribué à la Somalie le contrôle de la majorité de la zone, mais le Kenya a rejeté cette décision juridiquement contraignante pour laquelle la Cour n’a pas de pouvoirs d’application. Le différend entre les pays est basé sur la direction vers laquelle la frontière atteint l’océan Indien.
Les experts tels que Siyad Madey, avocat kényan et analyste de politique, déclare que le différend dépend de la quantité de richesse énergétique potentielle se trouvant sous les eaux contestées, qui forment une portion du bassin de Lamu s’étendant sur le littoral des deux pays. Des études du côté kényan du bassin indiquent qu’il pourrait contenir jusqu’à 3,7 milliards de barils de pétrole et plus de 280 milliards de mètres cubes de gaz. Les analystes déclarent que le bassin du côté somalien pourrait contenir des dizaines de milliards de barils de pétrole.
Siyad Madey écrit dans le Middle East Forum Observer : « Même si une portion seulement de ces ressources s’avère être commercialement récupérable, le potentiel combiné d’hydrocarbures du corridor marin Kenya-Somalie pourrait vraisemblablement produire une valeur de 200 à 500 milliards de dollars sur la durée de vie des ressources, en fonction des taux de récupération et des prix à long terme de l’énergie. De telles estimations aident à expliquer pourquoi ce qui aurait pu autrement rester un désaccord technique lié à la frontière maritime a évolué en confrontation géopolitique. »
Il affirme que l’impasse est devenue un test de souveraineté, confiance des investisseurs et posture stratégique régionale. Le résultat aidera à façonner les perceptions d’un ordre basé sur les règles dans l’océan Indien occidental.
La décision de la CIJ a réduit l’étendue opérationnelle de la Marine kényane, poussé vers le Nord le couloir de sécurité pour les routes internationales de navigation et sapé la situation concurrentielle du Kenya comme centre logistique de l’océan Indien, écrit le chercheur Jie Sun dans un article de politique publié par le journal académique Frontiers in Political Science.

« En termes d’influence régionale, la Somalie a lancé de nouveaux appels d’offres de pétrole et de gaz après la décision, et s’est associée à des acteurs externes tels que l’Éthiopie et Qatar pour reformuler la gouvernance maritime dans le Nord-Ouest de l’océan Indien », écrit-il.
Les préoccupations de sécurité maritime compliquent la situation. À cause de la fréquence des crimes maritimes tels que le trafic d’armes, la traite humaine, la pêche illégale, le crime organisé, la piraterie et le terrorisme, l’Association internationale de propriétaires de navires considère la zone contestée comme un lieu de haut risque.
Fred Jonyo et Philip Kaudo, respectivement professeur et maître de conférences à l’université de Nairobi, ont écrit l’an dernier dans le journal Strategic Review for Southern Africa : « Le Kenya craint que la continuation du trafic d’armes dans la zone contestée ne soit facilitée par la faible architecture de sécurité du régime somalien. La prolifération des armes légères et de petit calibre dans la région présente une possibilité que ces armes tombent entre les mains des criminels locaux et internationaux et des groupes d’autodéfense, à la fois sur terre et en mer, ce qui compromettrait ainsi la sécurité nationale du pays. »
Bien que la décision de 2021 de la CIJ ait envenimé les tensions diplomatiques de longue date entre le Kenya et la Somalie, il existe des indications de dégel des relations. En février, le président kényan William Ruto a annoncé la réouverture des frontières terrestres du pays avec la Somalie, prévue pour le mois d’avril. Ces frontières avaient été fermées depuis 15 ans et M. Ruto souhaite stimuler le commerce entre les deux pays.
Les zones frontalières continentales qui sont souvent poreuses, mal délimitées et négligées par les états présentent des défis de sécurité persistants. En Afrique du Nord et de l’Ouest par exemple, 23 % de tous les événements violents ont lieu à moins de 20 km d’une frontière. M. Ruto a dit que la présence policière serait renforcée et qu’une équipe de sécurité multi-agences patrouillerait la zone. Les plans de réouverture des frontières en mai 2023 ont été suspendus après une attaque des Chebabs qui a tué cinq civils et huit policiers dans la région.
L’analyste économique somalien Ahmed Khadar déclare que la coopération précédente en matière de sécurité entre le Kenya et la Somalie était « très réduite, peut-être à cause de la faiblesse du gouvernement somalien, et il y avait une époque en Somalie où il n’existait pas de gouvernement. »
« Les préoccupations de sécurité ne sont pas aussi fortes qu’elles ne l’étaient il y a dix ou quinze ans », dit Ahmed Khadar à DW.
