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Le chaos au Mali rend incertain l’avenir de la Minusma

PERSONNEL D’ADF

Une attaque récente par des militants dans la région centrale du Mali illustre les défis extrêmes que la mission de maintien de la paix des Nations unies (Minusma) doit relever et son avenir incertain dans le pays rongé par la violence.

Trois voitures kamikazes piégées et des tirs soutenus ont fracturé le silence du petit-matin dans la ville de Sévaré, région de Mopti, le 22 avril.

Les militants extrémistes ont pris pour cible un camp de réfugiés, l’aéroport stratégiquement important de la ville et le camp adjacent de l’armée malienne qui, selon des rapports, hébergeait des mercenaires du groupe Wagner de Russie.

Un contingent de gardiens de la paix de la Minusma originaire du Sénégal a riposté et repoussé les attaquants.

Le lendemain, deux civils de la mission de l’ONU ont été attaqué alors qu’ils évaluaient les dommages subis par le camp Serema pour déplacés internes.

Fati Kaba, porte-parole de la Minusma, a déclaré sur Radio France Internationale le 23 avril : « Il y a eu de la violence, des jeunes ont jeté des cailloux, des morceaux de bois, nos collègues s’en sont sortis, mais malheureusement on a un véhicule qui est endommagé. »

Elle dit qu’une campagne de désinformation coordonnée sur les réseaux sociaux, qui s’est propagée, prétend faussement que la mission onusienne organise les attaques terroristes et cherche à légitimer la présence des organisations extrémistes violentes.

« Ces messages sont dangereux, poursuit Fati Kaba. Qui pourrait croire ces accusations absurdes contre la Minusma ? Il n’y a absolument rien qui justifie ni qui excuse ce type d’actions. Nous sommes déployés ici avec l’assentiment et l’accord du gouvernement malien, et nous avons pour mandat d’appuyer les efforts des autorités maliennes. »

« Si les appels à la violence continuent, cela pourrait être dangereux pour nos collègues, qui font un travail pour la paix et la sécurité. »

Avec un mélange volatil de groupes extrémistes, d’ex-rebelles séparatistes, de milices locales et de mercenaires russes sans loi, la situation sécuritaire au Mali continue à empirer. En même temps, les perspectives d’avenir de la Minusma pourraient s’obscurcir.

Les membres du Conseil de sécurité de l’ONU ont demandé un réexamen de la mission et suggéré des changements profonds de son mandat, avec un vote prévu pour le mois de juin.

« Nous devrions être prêts à adapter et recadrer la mission, en examinant tout soutien qui présente des risques pour la crédibilité et la réputation de l’ONU », a déclaré Barbara Woodward, ambassadrice du Royaume-Uni à l’ONU, le 12 avril lors d’une réunion du Conseil de sécurité.

Les responsables de l’ONU et les membres du Conseil de sécurité sont devenus impatients face à la junte militaire qui dirige le gouvernement de transition au Mali et qui a engagé les mercenaires russes pour combattre les groupes militants extrémistes.

Au lieu d’enregistrer des progrès dans cette lutte, les combattants du groupe Wagner ont été accusés de crimes contre l’humanité, notamment des massacres de civils maliens.

Dans un rapport de l’ONU en début d’année, le secrétaire général António Guterres a déclaré : « La situation actuelle est insoutenable. La Minusma est une opération de maintien de la paix dans un lieu où il n’y a pas de paix à maintenir. »

Il a proposé trois options pour l’avenir de la mission de maintien de la paix : augmenter ses effectifs, réduire son empreinte ou retirer les soldats et les policiers et la transformer en mission politique.

Alex Vines du groupe de réflexion Chatham House croit que la Minusma devrait être limitée après le vote de juin sur son mandat.

« Elle a échoué de plus en plus à satisfaire à son mandat et la junte malienne l’utilise de plus en plus comme bouc émissaire à blâmer pour ses propres échecs », a-t-il dit au journal The National.

El-Ghassim Wane, chef de la Minusma, s’est montré diplomatique pendant et après la réunion du Conseil de sécurité du 12 avril, où il a abordé les nombreux problèmes de la mission.

Après cette réunion, il a déclaré aux journalistes : « Personne ne peut nier que la mission est affectée par des défis. Agir dans un territoire aussi grand que le Mali dans le climat sécuritaire actuel n’est pas une tâche facile. »

« Je pense que le simple fait que la mission ait été capable de travailler et d’agir correctement depuis son déploiement en 2013 en dit beaucoup sur les efforts, l’engagement et la polyvalence que cette mission a démontrés pendant son déploiement de dix ans. »

Il a énuméré les travaux de la mission sur le terrain : protection des civils, soutien aux autorités locales et nationales, développement des capacités dans plusieurs secteurs, promotion de la réconciliation, des droits civiques et de la cohésion sociale.

La Minusma est devenue la plus dangereuse de toutes les missions de maintien de la paix de l’ONU, avec 281 soldats tués. C’est aussi la mission la plus coûteuse de l’ONU, avec un coût annuel de 1,26 milliard de dollars.

Cette mission de maintien de la paix, avec des effectifs approximatifs de 14.000 personnes, anticipe un manque critique de personnel après le retrait prochain de près de 3.000 soldats du Bénin, de la Côte d’Ivoire, de l’Allemagne et de l’Angleterre.

Pour beaucoup de résidents, la mission doit faire plus. Pour les responsables onusiens, le problème principal du pays est ses chefs militaires et leur manque d’intérêt dans le développement de la paix, la sécurité et la gouvernance.

Le secrétaire général a souligné comment la junte malienne a imposé des « restrictions de déplacement et d’accès » contre la Minusma.

Un officiel de l’ONU au Mali qui souhaite l’anonymat a déclaré que la Minusma a eu un impact positif important sur la vie des civils malgré les problèmes du pays, en aidant à financer l’infrastructure, arbitrer les conflits entre les communautés et fournir un soutien logistique au système de santé et au secteur judiciaire.

« Quoi que l’on dise, la Minusma accomplit beaucoup de choses dans les domaines que l’état a abandonnés depuis longtemps à cause d’un manque de financement ou de volonté », a déclaré la source à l’Agence France-Presse.

El-Ghassim Wane a fait appel aux chefs de la junte pour qu’ils coopèrent avec la Minusma et la soutiennent mieux au lieu d’entraver ses mouvements et son accès dans le pays, de bloquer les investigations liées aux droits de l’homme et d’interdire son emploi des drones.

« Nous continuons à faire face à des défis concernant l’utilisation de nos drones. Ils sont cruciaux pour la sécurité de nos gardiens de la paix, mais aussi pour l’exécution de notre mandat visant à protéger les civils. Nous n’avons pas encore abouti à une situation satisfaisante. »

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